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Le blog de Jean-Marie Allain
Articles récents

Mort du philosophe Raoul Vaneigem

5 Août 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Le philosophe Raoul Vaneigem est mort le 28 juillet 2026.

Figure de proue des intellectuels libertaires dans les années 70, il avait acquis sa notoriété en publiant en 1967 son « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » (Gallimard).

Cet ouvrage formalisait dans une écriture que l’on n’oublie pas, les idées et sentiments d’une partie de celles et ceux qui, quelques mois plus tard, animèrent les évènements de mai 1968.

Vaneigem réussissait à merveille à mettre l’élégance de son style au service de la formule. L’une d’entre elles, dès l’introduction du Traité, nous donne un aperçu de cette plume talentueuse :

« Nous ne voulons pas d’un monde où la garantie de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui ».

Certaines formules de son livre sonnent comme des aphorismes et demeurent d’une profonde actualité, comme par exemple  "L’idéologie est le mensonge du langage".

Raoul Vaneigem était né le 21 mars 1934 à Lessines, non loin de chez nous, dans le Hainaut belge. J’avais eu l’occasion de le croiser lors d’un évènement familial à Cousolre chez notre ami commun, le romancier André Pierrard.

L’écrivain Sébastien Lapaque lui consacre un article très intéressant dans le Figaro du 31 juillet où il explique que Vaneigem avait rejoint durant quelque temps le mouvement libertaire des « situationnistes » à l’invitation d’Henri Lefebvre, le philosophe connu dans les milieux de l’urbanisme pour son livre « Le droit à la ville », livre qui fut au demeurant mon précieux vadémécum à mes débuts professionnels.

Sébastien Lapaque pointe avec malice chez ce virtuose de l’écriture, « témoin au cœur pur » et partisan de l’autogestion généralisée, une contradiction entre le fait d’avoir été le prophète de l’hédonisme sans entrave (« un monde de jouissances à gagner » écrivait-il) et la récupération ultérieure de cette utopie par la publicité commerciale qu’il dénonçait pourtant dans sa critique du consumérisme.

La question que pose Vaneigem en quittant les situationnistes et que nous rappelle Sébastien Lapaque mérite d’être rappelée ici, tellement elle est importante et présente dans chaque aventure humaine : « Comment ce qu’il y avait de passionnant dans la conscience d’un propet commun a-t-il pu se transformer en un malaise d’être ensemble » ?

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Marc Blancpain, un thiérachien devenu un grand écrivain du XXe siècle

2 Août 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

 

Alors que cet été restera le plus marquant pour la sécheresse et les incendies de forêt, en particulier en Gironde, lorsque cette actualité est arrivée sur le devant de la scène estivale, j'étais en train de lire un roman dont l'essentiel se déroule dans la forêt du Nouvion.

Cet ouvrage « Le solitaire » fut écrit par Marc Blancpain et édité en 1945 chez Flammarion. L’auteur est né au Nouvion -en-Thiérache, cette commune située au nord de la Thiérache, terre  "gonflée de sève et de lait » comme le disait l’auteur, « chargée de l’humidité caressante des prairies, des vergers et des bois ».

Le livre raconte la vie de Georges, un homme à la solide carcasse, ombrageux, solitaire et bourru, qui renonce à un poste dans les PTT pour se marier avec Alice, la discrète fille du garde-chasse dont il est amoureux et dont il sait qu'elle ne quittera jamais la maison forestière car il allait de soi qu’Alice "appartenait" à la forêt, son ancrage existentiel en dehors duquel elle mourrait, asséchée de tristesse.

Le couplé s'installe dans la maison du garde au décès duquel Georges prendra la succession, une maison "perdue dans la richesse humide des arbres et des eaux, enveloppée de sèves et de sources", dont celle de la Sambre qui naît dans le bois de la Haie-Equiverlesse situé sur la petite commune de Fontenelle, à quelques mètres de la forêt du Nouvion.

Georges et Alice ont deux enfants et leur bonheur "coule, assuré comme le retour des saisons". Mais, dans l'intimité, Georges se lamente silencieusement qu'Alice se dérobe furtivement à ses tendresses "dans une impénétrable et douloureuse indifférence". 

La situation va évoluer de manière tragique avec la disparition mortelle en forêt de Louis, un cousin de Georges dont les sentiments amoureux pour Alice et réciproquement ne lui avaient pas échappés. 

La forêt thiérachienne est omni- présente dans une bonne partie de l’ouvrage et superbement décrite par un auteur qui lui voue une admiration profonde et en parle avec une maîtrise remarquable de la botanique forestière : les chênes vigoureux, les ormes au fût noir, les grands  frênes agités, les charmes musculeux, les coudriers étalant insolemment leurs branches, les creux humides où poussent les sorbiers et le sureau noir, les alisiers et les érables qui rivalisent de vigueur avec les grands rouvres à tête ronde, les frênes et rares bouleaux, les hêtres ne grandissant qu’en tuant leurs sous-bois,  les futaies et taillis dont on entend parfois le murmure…

Marc Blancpain connaît les arbres aussi bien que les lieux, tel l'univers des vergers de pommiers enclos de haies vives où il fait bon respirer un air à "la fraîcheur tranchante", ou le réseau hydrographique, citant au détour d'une phase la vieille Sambre ou le Noirieu, petite rivière prenant elle aussi sa source dans la forêt du Nouvion, à La Flamengrie, et alimentant le canal de la Sambre à L'Oise.

Cette Sambre qui ressemble aux sentiments que Georges éprouve durant sa captivité en Allemagne : calme et tendre, semblable "au cours de la rivière, enfouie dans l’argile grasse, voilée sous les herbes, qu’on ne voit pas, qu’en entend à peine… ».

La forêt du Nouvion-en-Thiérache (1451 ha) appartenait sous l'Ancien Régime au prince de Condé avant de passer à la famille d'Orléans, notamment au duc d'Aumale (1822-1897) et au comte de Paris, Henri d'Orléans (1908-1999). Elle est aujourd'hui gérée par la Compagnie forestière du Nouvion.

Dans les années 80, cette dernière adopte un mode de gestion qui vise à se rapprocher de celle rencontrée dans les forêts naturelles, en abandonnant les peuplements mono-spécifiques et en maintenant d’une part une diversité d'essences et d’autre part des arbres âgés pour garantir l'habitat de nombreuses espèces nécessaires au maintien des équilibres naturels.

La forêt du Nouvion constitue, à bien des égards, une forêt conciliant la rentabilité économique avec les impératifs écologiques.

Sa diversité fait contraste avec les pinèdes du sud - ouest plantées à partir de 1857 sous Napoléon III pour assécher les landes (marécages) au nom de l'hygiénisme et fixer les dunes de sable.

Les drames de cet été viennent nous rappeler que la disparition des zones humides et la monoculture de résineux, un temps synonyme de progrès, ne sont pas des ingrédients pour des forêts durables.  

Pourtant, un avocat bordelais, professeur d’économie politique, Jean-Baptiste Lescarret, dans une étude de mœurs intitulée « le dernier pasteur des Landes 1858-1890 », rejoint plus tard par l’un de ses élèves, l’ethnologue Félix Arnaudin, contestait dès 1858 la politique mise œuvre par l'empereur au nom de l’hygiénisme (ouvrage réédité en 1999 aux éditions CAIRN).

La position de Lescarret garde encore aujourd’hui ses défenseurs, notamment autour de la revue indépendante « La relève et la peste » qu’avaient parrainée Edgar Morin et Amnesty International.

L’hymne littéraire de Marc Blancpain à la Thiérache forestière a reçu en 1945 le grand prix du roman de l'Académie française, prix obtenu avant lui par des écrivains comme François Mauriac, Joseph KESSEL, Georges Bernanos ou encore Antoine de Saint - Exupéry.

Diplômé de Normale Sup, il eut une brillante carrière de journaliste et d’enseignant, à Genève et au Caire, avant de présider l'Alliance française, organisation indépendante qui oeuvre à la défense de la culture française et de sa langue.

Décédé à Neuilly en 2001 à l'âge de 92 ans, il repose au cimetière du Nouvion - en - Thiérache, sa commune natale qui lui a rendu hommage en nommant une rue de son nom ainsi qu'un centre d'accueil pour les sportifs.

A côté de deux autres natifs célèbres de cette même commune Ernest Lavisse, l'historien dont certains français se souviennent des manuels scolaires et le comte de Paris, Marc Blancpain, auteur de nombreuses publications et auréolé de nombreuses distinctions, incarne l’un des grands écrivains français du XXe siècle.

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Dénommer les lieux publics, un exercice qui demande un minimum d'adresse

22 Juillet 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

La décision de la mairie de Paris ce 12 juillet 2026, à l’occasion de la Journée nationale de commémoration nationale pour Alfred Dreyfus, de débaptiser la place Maurice Barrès pour la renommer « place Lucie Dreyfus » a suscité des étonnements, voire de la réprobation chez certains, comme Michel Guénaire, avocat et écrivain, auteur d’un ouvrage sur « Maurice Barrès, le grand écrivain retrouvé ».

La décision de la mairie de Paris vise à gommer la mémoire de cet écrivain qui avait commis une faute, celle de prendre le parti des accusateurs du capitaine Dreyfus, une décision qui plongea Léon Blum dans une profonde tristesse.

« Barres – écrit Léon Bum - était pour moi, comme pour la plupart de mes camarades, non seulement le maître mais le guide. Nous formions autour de lui une école, presque une cour ».
Venu chercher son appui pour protester contre la condamnation du capitaine Dreyfus, Barrès demande à réfléchir avant de faire l’autre choix. Blum vit ce moment « comme un deuil. Quelque chose était brisé, fini ; une de mes avenues de ma jeunes était close » (« Souvenirs sur l’Affaire / Gallimard).

On peut ne pas adhérer à toutes les positions de celui qui fut également député mais admettre que la qualité de son écriture a influencé les plus grandes plumes de son époque et qu’il savait apprécier les qualités humaines de ses adversaires.

Bien qu’aux antipodes de Jaurès, il le considérait comme un adversaire fraternel.
Le 31 juillet 1914, un fanatique assassine Jaures. Barres va s’incliner  devant sa dépouille et notera : « Quand je pense qu’il ya chaque semaine un crétin pour me reprocher d’avoir salué Jaurès mort (…), je détestais les idées de Jaures, j’aimais sa personne » (« Mes Cahiers »).

Barrès fut l’un de nos plus grands écrivains, celui qui a mis en exergue dans «La colline inspirée » la formule chère à François Mitterrand « il est des lieux où souffle l’esprit », et eut droit pour cette raison en 1923 à des funérailles nationales

Son nom fut donné à cette place quelques mois après sa mort, dans un moment de « concorde républicaine » selon l’expression de Michel Guénaire.Une centaine de villes françaises firent de même.

Il ne manquait pas de lieux à Paris pour rendre hommage à la femme admirable qu’était Lucie Dreyfus.

Certes, la question du changement de nom de certains lieux publics est légitime.

Je me suis la suis posée au cours de mon second mandat au sujet de la rue Thiers de ma commune car j’avais gardé en mémoire le rôle cet homme politique dans le massacre des communards lors de l’insurrection de la Commune de Paris en 1871, faisant 20 000 morts lors de cette semaine sanglante,

J’avais pris la précaution de consulter les élus du conseil municipal qui, à vrai dire, n’avaient pas d’opinion tranchée sur le sujet, hormis le plus jeune conseiller qui était favorable à une nouvelle appellation.

Le sujet en est resté là et méritait sans doute une réflexion plus approfondie sur Adolphe Thiers qui est aussi l’homme qui s’est opposé au coup d’Etat du 2 décembre 1851 lorsque Louis Napoléon Bonaparte, élu président de la république, décida de se nommer Empereur sous le nom de  Napoléon III.

Ayant donc refusé de se rallier au Second Empire, Thiers, élu en Paris en 1863, devint un des principaux orateurs de l'opposition libérale et s'opposa à la guerre franco-allemande de 1870.

Son opposition s’avèrera clairvoyante puisque la France sort vaincue après la défaite de Sedan qui entraine la chute du Second Empire.
Thiers devient chef du gouvernement et négocie le traité de paix avec Bismarck
. Devenu président de la république, il organise notamment l'emprunt national qui permet l'évacuation anticipée du territoire par les troupes d'occupation.

A ce titre, en mars 1873, il sera salué par l'Assemblée nationale comme « le libérateur du territoire ».

Quand à la rue Henri Barbusse, autre rue de la commune, la question pouvait également se poser. Ce communiste du Nord remporta le Prix Goncourt en 1916 avec son roman « Le feu », relatant sa vie au front durant la guerre, mais n’en fut pas moins ultérieurement  le calomniateur de ceux qui, comme Albert Camus ou l’écrivain roumain de langue française Panaït Istrati, furent les premiers à dénoncer avec courage les horreurs du stalinisme.

Cette question, on le voit, est plus difficile qu’il n’y parait au point que d’aucuns pourraient demander à ce que les rues ou places « François Mitterrand » soient débaptisées sous prétexte qu’il avait été décoré de la francisque de Pétain, oubliant son rôle dans la résistance lors de la seconde guerre mondiale et sa carrière politique ultérieure.

En tout état de cause, sachant que nombre de responsables politiques ont leur « part d’ombre » pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Edwy Plénel à propos justement de François Mitterrand, c’est aux conseils municipaux de chaque commune qu’il  revient de décider librement de ces questions, avec le souci que ces décisions s’inscrivent dans la recherche de la «concorde républicaine ».

 

 

 

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France-Angleterre : le match inoubliable

18 Juillet 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Les rapports dans le passé entre l’Angleterre et la France ont longtemps été conflictuels.
 

Les tensions remontent au Moyen- Age lorsque le duc de Normandie (duché peuplé de normands, venus des pays scandinaves avec leur fameux chefs vikings), profitant d’une crise de succession au trône d’Angleterre, gagne la bataille d’Hastings en 1066 et devient « roi d’Angleterre », alias « Guillaume 1er le Conquérant ».

Ce dernier aura quatre fils dont Henri 1er roi d’Angleterre, qui maria son fils Guillaume à la fille du comte d’Anjou, « Plantagenêt ».
A la mort de son fils Guillaume, il marie sa fille Mathilde à Geoffroy d’Anjou, héritier du comte d’Anjou,

Avec son duché et son nouveau royaume, Henri 1er 

, roi d’Angleterre et vassal du roi de Roi de France, devient en réalité beaucoup plus puissant que ce dernier.

Son fils Henri II hérite ainsi de son père de l’Anjou, du Maine et de la Touraine et de sa mère Mathilde, la Normandie et la couronne d’Angleterre tandis que son épouse Aliénor d’Aquitaine (répudiée par le roi de France Louis VII) lui amène l’Aquitaine, le Limousin, la Gascogne, le Poitou et l’Auvergne !

La Bretagne n’est pas dans la liste mais c’est tout simplement parce que l’un de ses fils a épousé la duchesse de Bretagne.

Les Plantagenêts, avec cette stratégie matrimoniale, vont devenir une véritable menace pour ce qui est alors le minuscule Royaume de France.

Ainsi, le roi d’Angleterre Edouard III Plantagenêt, petit-fils par sa mère du roi Philippe le Bel, revendique à la mort du dernier fils de Philippe le Bel, la couronne de France détenue par Philippe de Valois.

C’est le début d’une longue série de conflits que les historiens ont qualifié de « guerre de cent ans ».

Cette guerre entre la France et l’Angleterre va se nourrir par ailleurs d’une rivalité ancestrale entre les Armagnacs (emmenés par le duc d’Armagnac et les partisans du duc d’Orléans) et les Bourguignons, emmenés par le duc de Bourgogne, « Jean sans peur » dont l’unique ambition est de renverser le trône de France.

Le plus drôle dans cette rivalité, c’est que l’épouse de notre roi Charles VI, dit « le fou », n’est autre que la reine Isabeau de Bavière, sœur du duc de Bourgogne…

Et lorsque ce dernier sera assassiné par les Armagnacs en vue d’installer son fils, le dauphin, futur Charles VII, personne n’imagine les conséquences gravissimes de ce meurtre.

Profitant de ces rivalités entre les Bourguignons  et les Armagnacs, l’Angleterre s’allie avec Philippe III de Bourgogne et remporte la victoire à la bataille d'Azincourt (1415), ce qui amène à la signature du traité de Troyes en 1420, par lequel, pour se venger de l’assassinat de son frère, la reine Isabeau de Bavière acte que le roi d'Angleterre devient l'héritier légitime du roi de France !
L'intervention de Jean d'Arc  lors du siège d'Orléans (1428-1429), redonne espoir aux Français, permettant au Dauphin d'être finalement couronné à Reims sous le nom de Charles VII. Malgré la capture et la mort de Jeanne en 1431, la signature du traité d'Arras (1435) met fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

Les Anglais sont chassés de tout le territoire français, sauf Calais, qui reste en leur possession jusqu’en 1558. Louis XI et Edouard IV signent le traité de Picquigny en 1475, scellant la fin de ce conflit entre la France et Angleterre…

Ce fut plus tard la Réforme protestante qui remit ces deux puissances face à face.

Henri IV avait promulgué (et payé de sa vie) l'édit de Nantes reconnaissant la liberté de culte aux protestants mais ces derniers avaient des revendications plus ambitieuses comme la création d’une république autonome autour de La Rochelle, leur place forte d’où ils reçoivent par mer l’aide logistique des anglais.

Ils rentreront dans le rang après le siège de La Rochelle organisé par le Richelieu, ministre du roi Louis XIII, fils d’Henri IV.
Mais son successeur Louis XIV, en révoquant l’Edit de Nantes le 22 octobre 1685 pour satisfaire la frange la plus radicale des catholiques, rend le protestantisme illégal en France et se met à dos l’Europe protestante… dont l’Angleterre fait partie.

Il faut attendre le règne de Louis XV pour connaître une courte période réconciliation.

A vrai dire, Louis XV étant trop jeune pour gouverner, c’est le duc d’Orléans qui fut en charge de la Régence et prit l’initiative de faire la paix avec l’Angleterre, paix de courte durée puisque les visées expansionnistes de Louis XV vers la Flandre et au-delà étaient insupportables pour l’Autriche et ses alliées…dont l’Angleterre.

La victoire française à la bataille dans la plaine de Fontenoy à Antoing, ville du Hainaut belge (alors située dans les Pays-Bas autrichiens), mit un terme à cette première guerre de sept ans.
 

La seconde guerre de sept ans fut motivée par la défense des colonies françaises, convoitées par l’Angleterre. C’est elle qui sortira victorieuse grâce à sa supériorité navale qui lui permet au Traité de Paris d’obtenir l’Inde et le Canada.

A contrario, sous Louis XVI, l’Angleterre devra admettre sa défaite devant la révolte des colonies anglaises d’Amérique du Nord, soutenues par la France qui permit ainsi, sous l’égide de La Fayette, l’indépendance de l’Amérique et la récupération pour la France d’une partie des colonies perdues au traité de Paris.

Napoléon au pouvoir, l’Angleterre n’en continuait pas moins d’être hostile à l’occupation par la France de la Belgique et de la rive gauche du Rhin… et coulera à Trafalgar les vaisseaux français que l’empereur attendait à Boulogne pour attaquer les côtes anglaises.

Battu mais pas abattu, Napoléon tente de coaliser une majorité d’Etats européens pour organiser un blocus et affamer les anglais.

Faute d’adhésions à ce projet, il se lance à la conquête de l’Europe, aventure qui le mènera, à la défaite de Waterloo… encore face aux anglais.

Après la guerre de 1870 (et la défaite de la France contre l’Allemagne), considérant la menace grandissante de cette dernière, la Russie l’Angleterre et la France créent l’Entente Cordiale.

Cette entente s’avéra être prémonitoire puisque l’Allemagne déclara la guerre à la France, alliée à 26 autres nations et victorieuse après quatre années de guerre et 10 millions de morts.

Ressassant son humiliation, l’Allemagne hitlérienne s’arma lourdement et commença par annexer l’Autriche et la Tchécoslovaquie avant d’occuper la Pologne le 1er septembre 1939.

La France et l’Angleterre, après avoir sommé l’Allemagne de retirer ses troupes, déclarent la guerre le 3 septembre 1939.

La capitulation de la France par le Maréchal Pétain, majoritairement soutenu par les français, annonçait à terme l’annexion de la France par l’Allemagne.

Nous devons notre salut principalement à deux hommes : au Général de Gaulle, habité par une vision, certes solitaire mais tellement salutaire, de regrouper à Londres des forces pour créer une armée de la France libre et au premier ministre du Royaume Uni, Winston Churchill, pour l’avoir accueilli et soutenu dans cette résistance, merveilleusement mise en scène dans le film d’Antonin Baudry, « La bataille de Gaulle ».

Cette épreuve, après tant de conflits qui les avaient opposés, a créé à jamais une communauté d’intérêts entre nos deux peuples et une fraternité ancrée dans le sang versé de nos victimes respectives.

S'il est de bon de rappeler que l'histoire trouve dans l'économie et les structures sociales et culturelles des éléments explicatifs, il est bon aussi parfois de souligner le rôle décisif que peuvent jouer dans le déroulement de cette histoire des individualités d'envergure, du côté du bien comme du côté du mal d'ailleurs.

Pour la chance de nos deux pays, Winston Churchill et Charles de Gaulle étaient du côté du bien.

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Au chevet du livre

26 Juin 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Les chiffres du Conseil National du Livre attestent que le décrochage des jeunes dans la relation au livre s’accélère au fur et à mesure que le temps passé sur les écrans numériques augmente, faisant planer les risques d’affaiblissement des capacités de concentration et de mémoire.

Au gré de ses chroniques et entretiens, le philosophe Michel ONFRAY, s’appuyant sur ce constat, dresse un diagnostic impitoyable : pour  lui, « le livre est mort » et le cerveau performant que produisait l’école est devenu un fromage blanc dans lequel quelque neurones subsistent pour rédiger des textos en langue des cavernes.

Sur de nombreux points, je partage son constat.

Fini le temps où, avant de descendre du train en gare de Maubeuge ou de Jeumont, je ramassais les journaux abandonnés par les voyageurs pour découper les articles de politique étrangère.

Fini le temps où l’un de mes oncles me gardait les vieux numéros de « l'Express » et la revue « Spectacle du monde ».

Fini le temps des petites bibliothèques dont le parfum de papier vieilli a marqué notre mémoire olfactive autant qu'une madeleine de Proust.

Nombre de collectivités, pensant bien faire, ont accompagné ce mouvement d’affaiblissement du livre en succombant aux charmes de la modernité :

- transformations des bibliothèques en « médiathèques », point de départ d’une mise en retrait du livre,

- des ordinateurs installés parfois en ces lieux par les communes pour créer des classes numériques et faciliter l'accès aux livres mais rapidement tombés dans une obsolescence solitaire, suite à l'installation dans les classes de tablettes individuelles et de tableaux interactifs,

- municipalisation parfois de l’activité au lieu et place d’une association de bénévoles passionnés, entraînant un changement dans le mode de fonctionnement. Par exemple, la recherche d'un auteur classique dont la lecture contribue à façonner le socle commun de notre culture ancestrale devient très aléatoire tant il est vrai que la méthode moderne de « désherbage » des étagères tend à éliminer des ouvrages jugés démodés pour les remplacer par des bouquins d'un banal rayonnage de supermarché.

Ces mutations  n’ont pas inversé la tendance : les lecteurs se font rares, trop rares.

En dépit d’une politique tarifaire du livre qui permet de maintenir des prix modestes, les raisons nationales structurelles autour du » tout numérique » ont détourné une partie du public.

Pour Michel Onfray, la question n’est plus de savoir si le livre va mourir mais quand.
Dans l’attente, les lecteurs, de moins en moins nombreux, formeront une petite communauté et, en marginaux égarés et incompris, trouveront encore l’énergie nécessaire pour distraire, le temps d'une lecture inopinée dans un lieu public, à l'instar de l’insolite et remarquable « liseur du 6 h 27 »(de Jean-Paul Didierlaurent) ou le temps d'une « Nuit de la lecture « pour lancer, derrière un sourire de bonne humeur, un appel de détresse à un public ravi qui, pareil à la chanson de Giani Esposito, ne voit pas que le clown est en train de mourir.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer dans les communes le glissement qui s’opère lors de « la Nuit de la Lecture » où cette dernière s'estompe d'année en année derrière un spectacle musical ou une animation ludique.

Cela ne signifie pas que nous soyons condamnés à ne rien faire.

Le secrétaire général de L’Institut de France, Xavier Darcos, encourage à promouvoir la lecture, y compris par le biais de la BD.Toute initiative cherchant à réconcilier le peuple avec le livre doit en effet être encouragée, avec le souci de l’intelligence et de l’émotion, Michel Onfray expliquant que trop de livres ont, par le dogme, alimenté la haine et servi de prétexte à des massacres de masse.

L'installation de boîtes à livres entre dans ce cadre et, pour peu que la boîte présente un aspect original, soit bien et judicieusement fournie, et localisée sur un lieu fréquenté, elle peut séduire le public.

Les réseaux de lecture publique peuvent également contribuer à cette résilience s'ils parviennent à s'extraire d'une culture bureaucratique qui en fait quelquefois de coûteuses usines à gaz.

C'est ce que nous avons essayé de faire, à notre petite échelle, associant l’an passé les scolaires à « La nuit de la lecture », en créant une petite scénographie, couplée pour certains liseurs  avec les costumes appropriés et en réunissant les participants et le public autour d'une soupe à l'oignon préparée par les élus.

C'est aussi dans cet esprit que nous avons créé le prix « L'Oiseau Lyre » pour mettre chaque année à l’honneur les auteurs du territoire et désigner un lauréat qui se voit acheté 50 ouvrages par la municipalité, ouvrage qui sont offerts à des personnalités de passage et à des stagiaires.

Même si Michel Onfray, en lanceur d'alerte, a raison de grossir le trait, le livre ne vas pas mourir, en tout cas pas complètement.

Il deviendra un support parmi d'autres, même si c’est en subsistant à la marge, avec un air anachronique de raffinement distingué, à charge pour les collectivités que ce support n'entre pas dans une marginalité qui le limiterait aux personnes déjà dotées par leur statut social d'un capital culturel, ce qui ne ferait qu'accroître la fracture sociale dont souffre notre pays et plus particulièrement des territoires comme le nôtre.

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Les kiosques à danser, patrimoine de l'avesnois

22 Juin 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Ce dernier week-end, un peu partout en Europe, mais surtout en France, la Fête de la musique a célébré la plus courte nuit de l’année.

En avesnois, c’est parfois l’occasion de mettre en valeur les quelques kiosques à danser dont ce territoire, riche en kiosques à musique, a la particularité.

La première fois que j’ai entendu cette expression de « kiosque à danser », c’était au début des années 80, dans la bouche du chef de la philharmonie de Maubeuge, Monsieur Jous, que j’était venu interviewer dans le cadre d’une recherche que je menais pour la Mission du Patrimoine ethnologique du Ministère de la Culture.

 

Intéressé par la beauté énigmatique des kiosques à musique, j’avais obtenu un crédit de recherche pour l’Agence d’urbanisme qui m’employait.

Monsieur JOUS a introduit son entretien en distinguant dans les kiosques à musique, les « kiosques de concert et les kiosques à danser ».

Ayant été interrogé la semaine dernière par une journaliste de France Télévisions sur le sujet spécifique des « kiosques à danser », je confirme qu’il n’en existe qu’en Avesnois.

Le kiosque à danser se présente commune une miniaturisation du kiosque de concert, de forme ronde, rectangulaire ou carrée et surélevée par un ou plusieurs pieds.

Outre cette différence dans la forme, il existe, selon moi, une différence sur le sens de cet objet. Alors que le kiosque de concert s’inscrit dans le vaste mouvement d’éducation musicale du peuple après la défaite de 1870, le kiosque à danser renouvelle davantage la tradition festive du « ménétrier juché sur un tonneau » pour reprendre l’expression que m’avait soufflée mon ami André Pierrard, écrivain de l’Avesnois, me permettant de rebondir sur le schéma « bourdieusien » en désignant dans la distinction entre le kiosque de concert et le kiosque à danser, une opposition dans la culture des goûts où s’opposent la musique et le musette, la réserve et l’excentricité, la solennité et la gaieté, l’esprit et le corps.

Au concert, c’est l’écoute qui prévaut sur la danse, l’esprit sur le corps.

De leur côté, les kiosques à danser sont d’abord des kiosques à « guincher » et apparaissent en ce sens  comme la transgression d’une certaine bienséance académique.

Leur localisation est fort probablement liée au bassin industriel de la vallée de la Sambre dont le bassin de main- d’œuvre rayonnait sur l’ensemble de l’arrondissement, majoritairement rural.

Spécifiques à l’avesnois, ces « turqueries » ou « chinoiseries » comme j’aime à les appeler (l’émergence des kiosques remontant à la mode de l’orientalisme), sont parties intégrantes de notre patrimoine architectural.
En 1985, il en restait 22 en Avesnois et je proposais qu’ils fassent l’objet d’une protection particulière.

L’exposition itinérante réalisée à l’époque par l’Ecomusée de Fourmies sur l’initiative enthousiaste de Marc Goujard, son directeur, après la lecture de mon rapport, a fortement contribué à mettre en exergue ce « petit » patrimoine, petit par son emprise mais riche par son originalité et sa rareté, et finalement à le préserver.

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L'absence de Conseil de Développement en Val de Sambre

18 Juin 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

La loi NOTRe du 7 août 2015 a rendu obligatoire la création d’un conseil de développement dans les communautés dont la population est supérieure à 50 000 habitants

Pour mémoire, notre agglomération compte 120 000 habitants.

Le conseil communautaire fixe lui-même, par délibération, la composition du Conseil de Développement, avec le souci de la parité et d’une représentation sur le plan géographique, démographique et socio –professionnelle, avec des représentants des milieux économiques, culturels, éducatifs, scientifiques, environnementaux et associatifs situés dans le périmètre intercommunal.

Si les textes précisent que les conseilleurs communautaires ne peuvent y siéger, rien n’interdit, sur le principe, qu’il compte des élus ne siégeant pas au conseil communautaire.

Quelles sont les missions du conseil de développement ?

La loi prévoit trois grands domaines d’intervention :

  • Le conseil de développement est consulté sur le projet de territoire

  • Il émet un avis sur les documents de prospective et de planification : plan local d’urbanisme intercommunal, schéma de cohérence territoriale, programme local de l’habitat, plan de déplacement urbain,…

  • Il contribue à la conception et à l’évaluation des politiques locales de promotion du développement durable, notamment dans le cadre du « plan climat air énergie territorial » et des « contrats de transition écologique ».

  • Ce cadre laisse la possibilité d’émettre des avis ou de conduire des réflexions sur toute question intéressant le territoire, préalablement à la définition et la mise en œuvre d’une politique publique ou ultérieurement dans le cadre d’une évaluation.

C’est en s’appuyant sur le dynamisme de chaque conseil que se définit l’organisation concrète de leur travail et les relations qu’ils établissent, d’une part, avec les responsables des intercommunalités et des territoires de projet et d’autre part, avec le territoire et la population.

Comment fonctionne le conseil de développement ?

Le conseil de développement s’organise librement. Il est présidé par un de ses membres.

Le Conseil doit tenir deux sessions au minimum par an dont l’une est consacrée au vote du rapport d’activités.

Il peut également donner son avis ou être consulté sur toute question relative au territoire.

Cette instance participative peut donc contribuer, à son niveau, à réduire la distance entre les citoyens et les politiques publiques locales.

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La culture industrielle, enjeu de la bataille de l'emploi en Sambre

27 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Nombre de jeunes boudent localement les filières industrielles alors que des centaines d’emplois qualifiés et souvent bien payés restent non pourvus dans les industries sambriennes.

Ce paradoxe s’explique par une image de l’industrie qui souffre encore du poids dans l’imaginaire collectif sambrien de l’histoire du travail à l’usine et du désastre économique et social causé par la désindustrialisation, un mouvement suivi sur le plan spatial par l’éradication d’usines désaffectées.

Ainsi, alors qu’il est de plus en plus question de l’intérêt de l’histoire pour mieux comprendre le présent et réfléchir sur le futur, le Val de Sambre demeure sans aucun doute la partie de l’avesnois la plus orpheline.

Certes, il n’a manqué pas d’initiatives pour protéger et mettre en valeur des édifices de production de la période pré- industrielle (poterie de Ferrière-la-Petite, moulin de Marpent…) mais celle des cent cinquante glorieuses reste finalement timide au regard de son rôle déterminant dans le façonnage de notre paysage et sur les mentalités.

Pour quelles raisons une telle discrétion alors qu’en France la peinture, la littérature et la poésie ont su mettre en scène l’épopée industrielle et auraient de quoi assurer la fierté des habitants de notre région d’avoir été au cœur de cette vibrante aventure ?

Cette interrogation était sous-jacente à plusieurs tables rondes organisées à l’occasion de la récente journée « Industrie et Territoire : regards croisés en Sambre-Avesnois » organisée au « Pôle des Cultures Actuelles » à l’initiative de Nicolas Lambot, chargé de mission pour le tourisme industriel à l’Office de Tourisme en Avesnois, en partenariat avec l’Université polytechnique des Hauts de France.

La forte présence des friches et leur caractère récent, à l’inverse des anciennes manufactures de verre et de textile de notre arrondissement, explique sans aucun doute ce relatif retard de notre vallée dans la valorisation de son patrimoine industriel. A cela s’ajoute le fait que le caractère imposant de ces friches a nécessité, pour les traiter, de mobiliser des fonds européens, d’autant plus importants qu’ils étaient consacrés à leur éradication, le plus souvent en vue d’une requalification environnementale, bref une démarche qui ne s’embarrassait d’un regard sur l’esthétique industrielle.

Les bâtiments en friches ont ainsi été successivement et uniformément effacés le plus souvent du paysage et remplacés par des espaces verts, plus rarement reconvertis en équipements culturels (l’Espace Sculfort - La Luna à Maubeuge, le PCA et la Florentine à Aulnoye -Aymeries, la Gare numérique de Jeumont…). Quant aux reconversions à des fins  industrielles, elles sont dispersées, majoritairement d’initiative privée et parfois exemplaires comme celle du centre de tri de l’entreprise Flamme sur la friche Vallourec.

Face à ces différentes logiques, les adeptes de la mémoire industrielle n’ont eu pour seul repli que de sauver ce qui pouvait l’être : des objets, des archives, des témoignages.

Saluons à cet égard le travail réalisé avec des moyens dérisoires par l’équipe du « Museam » de Louvroil autour de Dominique Lanthier, désormais reconnu au registre des lieux à visiter dans l’avesnois.

Loin d’être des palliatifs, ces objets peuvent être des points d’appui dans une démarche visant à retrouver la fierté perdue du territoire.

Le contexte de limitation drastique de l’artificialisation des sols va certainement contribuer à renforcer l’intérêt stratégique des friches, souvent implantées dans le tissu urbain.

C’est une raison supplémentaire pour en finir avec le grand effacement et préserver, lorsqu’il existe, le bâti industriel d’intérêt patrimonial qu’il nous reste.

Cela nécessite de trouver une voie médiane entre l'éradication aveugle et le fétichisme romantique des ruines pour identifier parmi les bâtiments désaffectés, ceux qu’il convient de démolir, ceux qui doivent être protégés et valorisés pour leur critère architectural, et ceux qui sont susceptibles de réaffectation ou de reconversion.

Passer du grand effacement au tri sélectif en quelque sorte…

La prise de conscience grandissante de cet enjeu de la patrimonialisation de l’héritage industriel, ou ce qu’il en reste, peut nous aider à retrouver sur quelques sites rescapés les chemins de l’émerveillement et d’une fierté légitime. L’aménagement du giratoire sur la RD121 à Hautmont est un très bel exemple. Une analyse des giratoires reste à faire sur le secteur…

Bien entendu, le dispatching d’Usinor, le fameux répartiteur de minerais inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel des Hauts de France et auquel les sambriens sont attachés, représente le bâtiment le plus emblématique du patrimoine industriel local et pourrait incarner le symbole de cette fierté retrouvée (cf photo du CAUE).

Cet édifice reste, à bien des égards, énigmatique, ne serait-ce que sur les raisons de son abandon durant soixante ans, si l’on excepte l’ouverture d’une boîte de nuit dans les années 90.

Il y a 50 ans déjà, l’Agence d’urbanisme avait avancé l'idée de s’y délocaliser. Mais le coût de ce type de reconversion se révèle, on s’en doute, toujours disproportionné : normes de sécurité, chauffage, accessibilité…

Ne convient-il pas, plus simplement, d’officialiser cette œuvre d’art industriel, insolite et grandiose, dans ce rôle de marqueur identitaire de la Sambre ?

Avec son allure intrigante de structure extra-terrestre, le "dispatching" est le plus puissant des totems intercommunaux potentiels en termes de marketing territorial.

L’édifice est situé en plein cœur de notre agglomération, au croisement d’un réseau routier parmi les plus fréquentés de l'arrondissement. Or, son statut délaissé ne renvoie pas une bonne image de la période industrielle, ni plus globalement de la vallée.

Même si l’on peut toujours rêver d’une petite scénographie, la force de son architecture se suffit à elle-même.

Le maintenir dans un état de propreté avec des abords entretenus, une signalétique, quelques places de stationnement et un panneau pédagogique suffirait déjà amplement et pour un coût dérisoire, en attendant des jours meilleurs, à renvoyer une image positive de l’industrie dans notre territoire.

Faire partager notre fierté de la culture industrielle, c’est la condition pour réconcilier une partie de la jeunesse avec elle et accroître nos chances de gagner localement la bataille de l'emploi.

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Les frontières, élément structurant du vote RN ?

20 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Virginie Martin, co-fondatrice de l’institut « Spirales » considère que « Le vote RN est avant tout un vote de frontières » parce que « le parti réalise ses meilleurs scores à proximité des frontières belge, allemande, luxembourgeoise et italienne ».

L’idée du « territoire dépossédé » serait ainsi un élément structurant – et même invariable- de la géographie électorale du Rassemblement National » (JDNews du 1er avril 2026)

La politologue en dit trop ou pas assez.

Ainsi formulée, sa phrase pourrait en effet laisser penser que ce sont les populations vivant de l’autre côté de la frontière qui suscitent ce sentiment de « dépossession ».

Si l’on considère le cas de la frontière belge, nombreuses sont les communes frontalières, dont celle où j’ai eu le plaisir d’être maire durant 25 ans, qui comptent une population belge de plus en plus importante en raison du coût plus abordable de l’immobilier. Or, cette cohabitation avec nos amis belges, contrairement à certains clichés cinématographiques, se passe sans aucun problème, bien au contraire. Le partage d’une histoire commune, celle du Hainaut, fait de nous un peuple commun au point de partager de nombreuses traditions culturelles, y compris gastronomiques comme la fameuse anguille à « l’escavèche » (héritage de l’occupation espagnole ! ) et la bière.

Cette histoire commune s’est prolongée avec la révolution industrielle qui s’est traduite par la création côté français de nombreuses entreprises belges. Ce sont elles qui ont donné naissance à la vallée industrielle de la Sambre employant par ailleurs de nombreux belges, mais aussi des ouvriers venus d’Italie, de Pologne, puis de l’Algérie et du Maroc.

La crise sidérurgique a mis fin dans les années 70 fin à cette épopée, faisant exploser le chômage au point que notre territoire deviendra le plus pauvre de France et compliquant l’intégration par l’emploi des enfants issues de ces générations de migrants.

Que la proximité d’une frontière soit de nature à « ouvrir les yeux » des habitants frontaliers sur l’ouverture à tous vents de biens et de personnes au point qu’elles puissent se sentir dépossédées de leur territoire est vraisemblable mais  c’est plutôt dans la spécificité sociologique et culturelle de ces territoires précarisés, corrélée avec des logiques de regroupement communautaire (imposées à ces populations soit par la logique du parc immobilier privé, soit par des politiques d’attribution du logement social) qu’il convient de voir le principal déterminant du vote RN.

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Le fantasme de la "civilisation française"

11 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Des enjeux sociétaux comme l’explosion des incivilités dans l’espace public aux enjeux civilisationnels liés à la question migratoire ayant été au centre des débats publics depuis plusieurs années, on ne s’étonnera pas que le sujet de la « civilisation française» soit d’actualité depuis quelque temps, au risque parfois d’éprouver un sentiment de confusion.

En effet, l’utilisation de ce terme de « civilisation » prête à débat, même pour un pays aussi grand et riche d’histoire que le nôtre.

Rappelons qu’au 18e siècle, dans la conception occidentale, les civilisations étaient unanimement classées selon leur degré supposé d’avancement.
Au 19e, on retrouvera ainsi chez Marx cette conception synonyme de progrès lorsqu’il écrit 
« Tout comme l’homme primitif, l’homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie » (Le capital / III/ Conclusion) d’autant que « le nombre même des besoins dits naturels (…) dépend ainsi, en grande partie du degré de civilisation atteint (Le Capital, Deuxième section/ La force de travail), ou encore « Par suite du perfectionnement rapide des moyens de production et grâce à l’amélioration incessante des communications, la bourgeoise précipite dans la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares » (Manifeste Communiste/ « Bourgeois et prolétaires »),

Le transfert de ce concept de civilisation de la sphère de l’histoire (celle du temps long, dit « civilisationnel ») à l’espace, s’est opéré naturellement dans la mesure où les civilisations concernent des peuples, géographiquement localisés.

Au-début des années soixante, le concept de civilisation comme « aire culturelle » chez l’historien Fernand Braudel se définit d’ailleurs assez précisément de cette manière.

Quant au sociologue allemand Norbert Elias,  dont deux  ouvrages « La  Civilisation des mœurs » et La Dynamique de l'Occident » écrits trois décennies plus tôt, sont publiés en France dans les années 70), il se situe à la charnière de ce transfert lorsqu’il analyse la civilisation occidentale, celle des hommes «  civilisés »  (interdiction des duels, langage raffiné…) comme le produit d'un long processus de domestication des pulsions humaines et qu’il considère que l'organisation sociale des cours royales européennes a joué un rôle majeur dans cette lente évolution qui s’élargira ensuite (on retrouve la notion d’aire géographique) à l’ensemble de la société devenue de la sorte « civilisée ».

L’un des chercheurs ayant le mieux cerner ce glissement de sens fut sans nul doute le sociologue britannique Arnold Toynbee (disparu en 1975)  à qui Gérard Donnadieu, Professeur de théologie fondamentale au Collège des Bernardins et Vice- Président de l’AFSCET (Association Française de Science des Systèmes cybernétique, cognitifs et techniques) consacre une note éclairante ( « L’évolution en histoire ») dans laquelle il rappelle que, pour Toynbee,  « ces unités de champ intelligible, qui émergent à l'aube des temps historiques, il les désigne sous le nom de civilisations », la civilisation étant "le véritable "atome social" depuis l'entrée dans la période historique (en gros, depuis 5 000 ans) ; les nations ou cités- Etats n'étant que des parties ou sous-systèmes de cet ensemble cohérent".

C’est en référence à ce temps long que les sciences humaines parleront des sociétés « civilisées », à ne pas confondre avec les « civilités » qui relèvent au contraire de l’immédiateté, même si elles plongent leurs causes dans les profondeurs de notre système social, notamment éducatif.

Contrairement donc – souligne Gérard Donnadieu - à l'historiographie traditionnelle (thèse dominante tout au long du 19ème siècle notamment), « la nation ne constitue pas pour Arnold Toynbee l'unité pertinente d'observation historique. Même pour des nations aussi anciennes que la France et l'Angleterre, il disqualifie cette prétention en montrant le dense réseau de leurs influences et emprunts réciproques. Pour lui, les champs intelligibles de l'étude de l'histoire "sont des sociétés qui ont une plus grande expansion, dans le temps et dans l'espace, que des nations ou des cités Etats ou que n'importe quelles autres communautés politiques".

On parle ainsi de civilisation pré - colombienne, amérindienne, gréco-romaine, asiatique, byzantine, chrétienne occidentale, mais pas, à ce stade, de civilisation allemande, espagnole ou française.

La question de la civilisation européenne peut faire débat, Eric Zemmour lui-même reconnaissant, après lecture de l’historien belge Henri Pirenne (1862-1935), que ces pays sont culturellement interdépendants, et de citer deux exemples relatés par cet historien, celui de la lettre de change inventée par les banquiers lombards du XIe siècle et celui du gothique né en France au siècle suivant, pouvant montrer l’existence d’une « matrice civilisationnelle commune » (JD News du 20 mai 2026).

Fort opportunément, Eugénie Bastié, dans sa chronique du « Figaro » du 16 avril 2026 consacré aux « ennemis de l’Occident » cite le géo-politologue  américain Samuel Huntington, qui avait publié à la fin des années 90, «  le choc des civilisations », et s’inscrivait dans une démarche analogue lorsqu’il décrit les aspects qui, selon lui, définissent une civilisation, à savoir « la religion, la langue, l'histoire, les valeurs, les habitudes et les institutions », ce qui l’amène à définir la civilisation occidentale comme l’aire géographique culturellement issue du catholicisme romain, et dont les peuples ont traversé et connu la féodalité, la Renaissance , la Réforme, et ont été à l’origine de  l’expansion maritime et du colonialisme avant de faire émerger les Lumières et l’Etat-nation.

Eugénie Bastié, avec intelligence et subtilité, rappelle que, pour Huntington, la frontière de cette civilisation passe à l’intérieur de l’Ukraine et sépare le monde occidental et le monde orthodoxe, celui-ci étant rattaché à la Russie, étrangère à la plupart des critères énumérés ci-dessus.

Voilà un regard qui permet de mieux comprendre la guerre qui se déroule entre les deux pays.

Aujourd’hui, selon cette définition, la civilisation désigne donc de grandes entités humaines, parfois disparues, regroupant un ensemble de peuples, et définies par leurs caractères socio - culturels, très souvent adossés à la religion comme le soulignait André Malraux en 1956 dans sa « Note sur l’Islam » : « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion ».

En ce sens, impossible de suivre notre cher Boualem Sansal lorsqu’il avance que «  la langue française a créé une civilisation française - francophone à l’échelle de la planète (cf entretien avec Philippe De Villiers / Journal du dimanche du 12 avril 2026).

En d’autres termes, il ne suffit pas d’un territoire national, d’une histoire et d’une langue pour faire une civilisation, sauf à dire que chaque pays ou Etat - nation est une civilisation, ce qui devient absurde.

Au vu de ces éléments, la France n’est pas une civilisation mais un sous-ensemble de la civilisation  occidentale, et l’on peut légitimement s’interroger sur le choix du terme de « civilisation » dans la période récente plutôt que sur celui de nation ou de culture.

La civilisation ne peut se confondre avec un pays, c’est un espace qui se présente comme un miroir à deux faces avec d’un côté l’opposition du binôme « progrès / retard » (discutable au demeurant depuis les découvertes de l’ethnologie) relevant du temps long et de l’autre côté l’opposition du binôme « civilités / incivilités » relevant au contraire de l’immédiateté.

On remarquera cependant que la maîtrise de ces deux enjeux passe par l’Education, d’un côté pour permettre de gravir les marches du « progrès », et de l’autre pour donner les capacités à respecter les règles de vie en société.

Ce double sens du terme « civilisation » explique probablement la confusion qui règne sur le sujet et que révèle cette expression de « civilisation française », que je perçois comme une discordance venant obscurcir le débat plutôt qu'elle ne l'éclaire.

La victoire de la lutte contre l’ensauvagement de notre société permettrait de vivre mieux dans celle-ci, devenue plus « civilisée ». En espérant que la France pourrait y retrouver de la grandeur sans tomber pour autant dans le fantasme de la « civilisation française » qui reste marqué par le côté "prétentieux" dont parlait Toynbee…

 

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