La culture industrielle, enjeu de la bataille de l'emploi en Sambre
Nombre de jeunes boudent localement les filières industrielles alors que des centaines d’emplois qualifiés et souvent bien payés restent non pourvus dans les industries sambriennes.
Ce paradoxe s’explique par une image de l’industrie qui souffre encore du poids dans l’imaginaire collectif sambrien de l’histoire du travail à l’usine et du désastre économique et social causé par la désindustrialisation, un mouvement suivi sur le plan spatial par l’éradication d’usines désaffectées.
Ainsi, alors qu’il est de plus en plus question de l’intérêt de l’histoire pour mieux comprendre le présent et réfléchir sur le futur, le Val de Sambre demeure sans aucun doute la partie de l’avesnois la plus orpheline.
Certes, il n’a manqué pas d’initiatives pour protéger et mettre en valeur des édifices de production de la période pré- industrielle (poterie de Ferrière-la-Petite, moulin de Marpent…) mais celle des cent cinquante glorieuses reste finalement timide au regard de son rôle déterminant dans le façonnage de notre paysage et sur les mentalités.
Pour quelles raisons une telle discrétion alors qu’en France la peinture, la littérature et la poésie ont su mettre en scène l’épopée industrielle et auraient de quoi assurer la fierté des habitants de notre région d’avoir été au cœur de cette vibrante aventure ?
Cette interrogation était sous-jacente à plusieurs tables rondes organisées à l’occasion de la récente journée « Industrie et Territoire : regards croisés en Sambre-Avesnois » organisée au « Pôle des Cultures Actuelles » à l’initiative de Nicolas Lambot, chargé de mission pour le tourisme industriel à l’Office de Tourisme en Avesnois, en partenariat avec l’Université polytechnique des Hauts de France.
La forte présence des friches et leur caractère récent, à l’inverse des anciennes manufactures de verre et de textile de notre arrondissement, explique sans aucun doute ce relatif retard de notre vallée dans la valorisation de son patrimoine industriel. A cela s’ajoute le fait que le caractère imposant de ces friches a nécessité, pour les traiter, de mobiliser des fonds européens, d’autant plus importants qu’ils étaient consacrés à leur éradication, le plus souvent en vue d’une requalification environnementale, bref une démarche qui ne s’embarrassait d’un regard sur l’esthétique industrielle.
Les bâtiments en friches ont ainsi été successivement et uniformément effacés le plus souvent du paysage et remplacés par des espaces verts, plus rarement reconvertis en équipements culturels (l’Espace Sculfort - La Luna à Maubeuge, le PCA et la Florentine à Aulnoye -Aymeries, la Gare numérique de Jeumont…). Quant aux reconversions à des fins industrielles, elles sont dispersées, majoritairement d’initiative privée et parfois exemplaires comme celle du centre de tri de l’entreprise Flamme sur la friche Vallourec.
Face à ces différentes logiques, les adeptes de la mémoire industrielle n’ont eu pour seul repli que de sauver ce qui pouvait l’être : des objets, des archives, des témoignages.
Saluons à cet égard le travail réalisé avec des moyens dérisoires par l’équipe du « Museam » de Louvroil autour de Dominique Lanthier, désormais reconnu au registre des lieux à visiter dans l’avesnois.
Loin d’être des palliatifs, ces objets peuvent être des points d’appui dans une démarche visant à retrouver la fierté perdue du territoire.
Le contexte de limitation drastique de l’artificialisation des sols va certainement contribuer à renforcer l’intérêt stratégique des friches, souvent implantées dans le tissu urbain.
C’est une raison supplémentaire pour en finir avec le grand effacement et préserver, lorsqu’il existe, le bâti industriel d’intérêt patrimonial qu’il nous reste.
Cela nécessite de trouver une voie médiane entre l'éradication aveugle et le fétichisme romantique des ruines pour identifier parmi les bâtiments désaffectés, ceux qu’il convient de démolir, ceux qui doivent être protégés et valorisés pour leur critère architectural, et ceux qui sont susceptibles de réaffectation ou de reconversion.
Passer du grand effacement au tri sélectif en quelque sorte…
La prise de conscience grandissante de cet enjeu de la patrimonialisation de l’héritage industriel, ou ce qu’il en reste, peut nous aider à retrouver sur quelques sites rescapés les chemins de l’émerveillement et d’une fierté légitime. L’aménagement du giratoire sur la RD121 à Hautmont est un très bel exemple. Une analyse des giratoires reste à faire sur le secteur…
Bien entendu, le dispatching d’Usinor, le fameux répartiteur de minerais inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel des Hauts de France et auquel les sambriens sont attachés, représente le bâtiment le plus emblématique du patrimoine industriel local et pourrait incarner le symbole de cette fierté retrouvée (cf photo du CAUE).
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Cet édifice reste, à bien des égards, énigmatique, ne serait-ce que sur les raisons de son abandon durant soixante ans, si l’on excepte l’ouverture d’une boîte de nuit dans les années 90.
Il y a 50 ans déjà, l’Agence d’urbanisme avait avancé l'idée de s’y délocaliser. Mais le coût de ce type de reconversion se révèle, on s’en doute, toujours disproportionné : normes de sécurité, chauffage, accessibilité…
Ne convient-il pas, plus simplement, d’officialiser cette œuvre d’art industriel, insolite et grandiose, dans ce rôle de marqueur identitaire de la Sambre ?
Avec son allure intrigante de structure extra-terrestre, le "dispatching" est le plus puissant des totems intercommunaux potentiels en termes de marketing territorial.
L’édifice est situé en plein cœur de notre agglomération, au croisement d’un réseau routier parmi les plus fréquentés de l'arrondissement. Or, son statut délaissé ne renvoie pas une bonne image de la période industrielle, ni plus globalement de la vallée.
Même si l’on peut toujours rêver d’une petite scénographie, la force de son architecture se suffit à elle-même.
Le maintenir dans un état de propreté avec des abords entretenus, une signalétique, quelques places de stationnement et un panneau pédagogique suffirait déjà amplement et pour un coût dérisoire, en attendant des jours meilleurs, à renvoyer une image positive de l’industrie dans notre territoire.
Faire partager notre fierté de la culture industrielle, c’est la condition pour réconcilier une partie de la jeunesse avec elle et accroître nos chances de gagner localement la bataille de l'emploi.
Les frontières, élément structurant du vote RN ?
Virginie Martin, co-fondatrice de l’institut « Spirales » considère que « Le vote RN est avant tout un vote de frontières » parce que « le parti réalise ses meilleurs scores à proximité des frontières belge, allemande, luxembourgeoise et italienne ».
L’idée du « territoire dépossédé » serait ainsi un élément structurant – et même invariable- de la géographie électorale du Rassemblement National » (JDNews du 1er avril 2026)
La politologue en dit trop ou pas assez.
Ainsi formulée, sa phrase pourrait en effet laisser penser que ce sont les populations vivant de l’autre côté de la frontière qui suscitent ce sentiment de « dépossession ».
Si l’on considère le cas de la frontière belge, nombreuses sont les communes frontalières, dont celle où j’ai eu le plaisir d’être maire durant 25 ans, qui comptent une population belge de plus en plus importante en raison du coût plus abordable de l’immobilier. Or, cette cohabitation avec nos amis belges, contrairement à certains clichés cinématographiques, se passe sans aucun problème, bien au contraire. Le partage d’une histoire commune, celle du Hainaut, fait de nous un peuple commun au point de partager de nombreuses traditions culturelles, y compris gastronomiques comme la fameuse anguille à « l’escavèche » (héritage de l’occupation espagnole ! ) et la bière.
Cette histoire commune s’est prolongée avec la révolution industrielle qui s’est traduite par la création côté français de nombreuses entreprises belges. Ce sont elles qui ont donné naissance à la vallée industrielle de la Sambre employant par ailleurs de nombreux belges, mais aussi des ouvriers venus d’Italie, de Pologne, puis de l’Algérie et du Maroc.
La crise sidérurgique a mis fin dans les années 70 fin à cette épopée, faisant exploser le chômage au point que notre territoire deviendra le plus pauvre de France et compliquant l’intégration par l’emploi des enfants issues de ces générations de migrants.
Que la proximité d’une frontière soit de nature à « ouvrir les yeux » des habitants frontaliers sur l’ouverture à tous vents de biens et de personnes au point qu’elles puissent se sentir dépossédées de leur territoire est vraisemblable mais c’est plutôt dans la spécificité sociologique et culturelle de ces territoires précarisés, corrélée avec des logiques de regroupement communautaire (imposées à ces populations soit par la logique du parc immobilier privé, soit par des politiques d’attribution du logement social) qu’il convient de voir le principal déterminant du vote RN.
Le fantasme de la "civilisation française"
Des enjeux sociétaux comme l’explosion des incivilités dans l’espace public aux enjeux civilisationnels liés à la question migratoire ayant été au centre des débats publics depuis plusieurs années, on ne s’étonnera pas que le sujet de la « civilisation française» soit d’actualité depuis quelque temps, au risque parfois d’éprouver un sentiment de confusion.
En effet, l’utilisation de ce terme de « civilisation » prête à débat, même pour un pays aussi grand et riche d’histoire que le nôtre.
Rappelons qu’au 18e siècle, dans la conception occidentale, les civilisations étaient unanimement classées selon leur degré supposé d’avancement.
Au 19e, on retrouvera ainsi chez Marx cette conception synonyme de progrès lorsqu’il écrit « Tout comme l’homme primitif, l’homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie » (Le capital / III/ Conclusion) d’autant que « le nombre même des besoins dits naturels (…) dépend ainsi, en grande partie du degré de civilisation atteint (Le Capital, Deuxième section/ La force de travail), ou encore « Par suite du perfectionnement rapide des moyens de production et grâce à l’amélioration incessante des communications, la bourgeoise précipite dans la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares » (Manifeste Communiste/ « Bourgeois et prolétaires »),
Le transfert de ce concept de civilisation de la sphère de l’histoire (celle du temps long, dit « civilisationnel ») à l’espace, s’est opéré naturellement dans la mesure où les civilisations concernent des peuples, géographiquement localisés.
Au-début des années soixante, le concept de civilisation comme aire culturelle chez l’historien Fernand Braudel se définit d’ailleurs assez précisément de cette manière.
Quant au sociologue allemand Norbert Elias, dont deux ouvrages « La Civilisation des mœurs » et La Dynamique de l'Occident » écrits trois décennies plus tôt, sont publiés en France dans les années 70, il se situe à la charnière de ce transfert lorsqu’il analyse la civilisation occidentale, celle des hommes « civilisés » (interdiction des duels, langage raffiné…) comme le produit d'un long processus de domestication des pulsions humaines et qu’il considère que l'organisation sociale des cours royales européennes a joué un rôle majeur dans cette lente évolution qui s’élargira ensuite (on retrouve la notion d’aire géographique) à l’ensemble de la société devenue de la sorte « civilisée ».
L’un des chercheurs ayant le mieux cerner ce glissement de sens fut sans nul doute le sociologue britannique Arnold Toynbee (disparu en 1975) à qui Gérard Donnadieu, Professeur de théologie fondamentale au Collège des Bernardins et Vice- Président de l’AFSCET (Association Française de Science des Systèmes cybernétique, cognitifs et techniques) consacre une note éclairante ( « L’évolution en histoire ») dans laquelle il rappelle que, pour Toynbee, « ces unités de champ intelligible, qui émergent à l'aube des temps historiques, il les désigne sous le nom de civilisations », la civilisation étant "le véritable "atome social" depuis l'entrée dans la période historique (en gros, depuis 5 000 ans) ; les nations ou cités- Etats n'étant que des parties ou sous-systèmes de cet ensemble cohérent".
C’est en référence à ce temps long que les sciences humaines parleront des sociétés « civilisées », à ne pas confondre avec les « civilités » qui relèvent au contraire de l’immédiateté, même si elles plongent leurs causes dans les profondeurs de notre système social, notamment éducatif.
Contrairement donc – souligne Gérard Donnadieu - à l'historiographie traditionnelle (thèse dominante tout au long du 19ème siècle notamment), « la nation ne constitue pas pour Arnold Toynbee l'unité pertinente d'observation historique. Même pour des nations aussi anciennes que la France et l'Angleterre, il disqualifie cette prétention en montrant le dense réseau de leurs influences et emprunts réciproques. Pour lui, les champs intelligibles de l'étude de l'histoire "sont des sociétés qui ont une plus grande expansion, dans le temps et dans l'espace, que des nations ou des cités Etats ou que n'importe quelles autres communautés politiques".
On parle ainsi de civilisation pré - colombienne, amérindienne, gréco-romaine, asiatique, byzantine, chrétienne occidentale, mais pas, à ce stade, de civilisation allemande, espagnole ou française, encore moins européenne, l’histoire étant seule à même, dans plusieurs décennies, voire siècles, d’acter ou non ce statut.
Fort opportunément, Eugénie Bastié, dans sa chronique du « Figaro » du 16 avril 2026 consacré aux « ennemis de l’Occident » cite le géo-politologue américain Samuel Huntington, qui avait publié à la fin des années 90, « le choc des civilisations », et s’inscrivait dans une démarche analogue lorsqu’il décrit les aspects qui, selon lui, définissent une civilisation, à savoir « la religion, la langue, l'histoire, les valeurs, les habitudes et les institutions », ce qui l’amène à définir la civilisation occidentale comme l’aire géographique culturellement issue du catholicisme romain, et dont les peuples ont traversé et connu la féodalité, la Renaissance , la Réforme, et ont été à l’origine de l’expansion maritime et du colonialisme avant de faire émerger les Lumières et l’Etat-nation.
Eugénie Bastié, avec intelligence et subtilité, rappelle que, pour Huntington, la frontière de cette civilisation passe à l’intérieur de l’Ukraine et sépare le monde occidental et le monde orthodoxe, celui-ci étant rattaché à la Russie, étrangère à la plupart des critères énumérés ci-dessus.
Voilà un regard qui permet de mieux comprendre la guerre qui se déroule entre les deux pays.
Aujourd’hui, selon cette définition, la civilisation désigne donc de grandes entités humaines, parfois disparues, regroupant un ensemble de peuples, et définies par leurs caractères socio - culturels, très souvent adossés à la religion comme le soulignait André Malraux en 1956 dans sa « Note sur l’Islam » : « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion ».
En ce sens, impossible de suivre notre cher Boualem Sansal lorsqu’il avance que « la languie française a créé une civilisation française -francophone à l’échelle de la planète (cf entretien avec Philippe De Villiers / Journal du dimanche du 12 avril 2026).
En d’autres termes, il ne suffit pas d’un territoire national, d’une histoire et d’une langue pour faire une civilisation, sauf à dire que chaque pays ou Etat - nation est une civilisation, ce qui devient absurde.
Au vu de ces éléments, la France n’est pas une civilisation mais un sous-ensemble de la civilisation occidentale, et l’on peut légitimement s’interroger sur le choix du terme de « civilisation » dans la période récente plutôt que sur celui de nation ou de culture.
La civilisation ne peut se confondre avec un pays, c’est un espace qui se présente comme un miroir à deux faces avec d’un côté l’opposition du binôme « progrès / retard » (discutable au demeurant depuis les découvertes de l’ethnologie) relevant du temps long et de l’autre côté l’opposition du binôme « civilités / incivilités » relevant au contraire de l’immédiateté.
On remarquera cependant que la maîtrise de ces deux enjeux passe par l’Education, d’un côté pour permettre de gravir les marches du « progrès », et de l’autre pour donner les capacités à respecter les règles de vie en société.
Ce double sens du terme « civilisation » explique probablement la confusion qui règne sur le sujet et que révèle cette expression de « civilisation française », que je perçois comme une discordance venant obscurcir le débat plutôt qu'elle ne l'éclaire.
La victoire de la lutte contre l’ensauvagement de notre société permettrait de vivre mieux dans celle-ci, devenue plus « civilisée ». La France pourrait y retrouver de la grandeur sans tomber pour autant dans le fantasme de la « civilisation française » qui reste marqué par le côté "prétentieux" dont parlait Toynbee.
Le droit de retrait civique, signal d'alerte dans le rural, après le faible taux de participation aux municipales
La baisse de la participation électorale dans les communes rurales, enregistrée à l'occasion des récentes élections municipales, d’autant plus importante que la population est jeune, résulte de plusieurs facteurs, bien circonscrits dans étude pour la Fondation Jean Jaurès par le politologue Jérôme Fourquet, tels que la fin du panachage, le moindre ancrage des néo-ruraux, mais surtout la diminution du nombre de listes et la perte de proximité provoquée par la montée en puissance des communautés d’agglomération qui détiennent aujourd’hui l’essentiel des compétences et décident du quotidien des habitants.
Concernant la diminution du nombre de listes, la règle se confirme dans notre arrondissement avec toutefois une exception pour les villes : Fourmies, 44,95 % d’abstention avec 2 listes - Aulnoye, 45, 83 % d’abstention avec 3 listes – Maubeuge, 54,20 % d’abstention avec 4 listes ! mais l’absence dans ces villes de listes déclarées RN peut expliquer que les électeurs de ce parti , arrivant généralement en tête aux autres élections, aient préféré ne pas aller voter, alors que dans les villages, bien que néanmoins en hausse, l’abstention plus visible, puisque tout le monde ou presque se connait, se traduit peut-être par l’alternative du vote blanc ou nul (à étudier…).
Concernant la perte de proximité provoquée par la montée en puissance des communautés d’agglomération, elle remet au centre de l’actualité le débat sur l’élection au suffrage universel des exécutifs de ces intercommunalités, aujourd’hui élus au deuxième degré puisque les électrices et les électeurs votent, pour des représentants à l’intercommunalité (communauté de communes ou communauté d’agglomération), ces représentants élisant ensuite le Président et les vice-présidents qui vont constituer le Bureau.
Ce système amène donc les électrices et les électeurs à remettre aux élus municipaux qui siègeront dans les intercommunalités, le choix de voter pour ces prétendants à la Présidence et au Bureau, alors que durant la campagne électorale cette question ne pouvait être abordée puisque personne ne connait à ce stade la composition de la future intercommunalité.
Ils votent donc en faveur d'une liste pour la gestion de la commune et, à leur corps défendant, en même temps pour les candidats fléchés pour l’intercommunalité sans connaître la plupart du temps leurs intentions sur leur choix quant à la désignation du Président et des membres du Bureau.
Et puis, on peut après tout aussi considérer qu’un prétendant « fléché » peut rassembler toutes les qualités pour siéger au conseil municipal mais pas pour autant à l’intercommunalité (ou l’inverse), au point que ce type de raisonnement peut justifier un vote « blanc » ou « nul ».
Il y a donc quelque chose de peu lisible mais aussi de malsain dans ce système qui éloigne le corps électoral de la démarche démocratique au point de justifier un « droit de retrait civique », ce qui n’en rend que plus salutaire de replacer au centre du débat la question de l’élection au suffrage universel des exécutifs intercommunaux.
Malheureusement, il n’y a pas de consensus sur le sujet, nombreux maires et tout particulièrement de communes rurales, via l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), craignant qu’une telle mesure donne une légitimité plus forte à ces exécutifs et n’enlève aux maires des petites communes les quelques prérogatives qu’ils détiennent encore.
Pourtant, ces exécutifs intercommunaux n’attendent pas de recevoir cette légitimité démocratique pour prendre des engagements importants dans le cadre des délégations de dépenses ou de dossier stratégiques pour le territoire. C’est la raison pour laquelle, et bien que fondateur de l’Association des Maires Ruraux du Nord, j’ai toujours fait part à l’AMRF de mon désaccord avec eux sur ce point.
L’impressionnante chute de la participation dans les communes rurales depuis trente ans est synonyme d’érosion de la vitalité démocratique pour reprendre les termes de Jérôme Fourquet et menace à terme la légitimité des maires élus avec une part de plus en plus infime des inscrits sur les listes électorales.
L’élection au suffrage universel des exécutifs des intercommunalités est devenue un enjeu majeur pour la démocratie locale.
Grandeur et Misère de la morale en politique
Dans sa Chronique du "Figaro" du 26 mars 2026, Luc Ferry s'appuie sur les " accords de la honte" conclus pour le second tour des élections municipales pour souligner le lien indéfectible entre morale et politique, celle-ci pouvant basculer à tout moment dans les profondeurs les plus nauséabondes si elle se coupe du socle des valeurs dites "non négociables" de l'universalisme humaniste, valeurs héritées de la rationalité rayonnante du XVIIIe siècle et incarnées selon lui par quelques évènements fondateurs comme la Déclaration d’Indépendance de l’Amérique de 1776 ou la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789.
Cette victoire de la rationalité, acquise plus souvent d’ailleurs par la violence que par le raisonnement, s’est prolongée par une volonté d'émancipation à vocation universelle dont nous devons aussi reconnaître qu'elle passa souvent par la maltraitance d’êtres humains en raison de la couleur de leur peau comme le maintien de l’esclavage en Amérique après l'indépendance (la démocratie grecque s’était déjà parfaitement accommodée de l’esclavage, rappelait Luc Ferry dans « Vaincre les peurs » chez Odile Jacob) , par la terreur jacobine de 1789 à 1794 à l’encontre des récalcitrants à la révolution, par le massacre génocidaire vendéen entre 1793 et 1796, par la colonisation de territoires dont les peuples continuaient à être considérés comme inférieurs, à l’image de l’occupation par la France de l’Algérie à partir de 1830.
Il convient, à ce propos, de souligner le rôle positif de l'anthropologie par les ethnologues, révolution silencieuse et pacifique venue enrichir de façon décisive, par la démarche rationnelle, la connaissance des peuples autochtones et de leurs cultures, comme l'a compris et intégré l'Unesco dans ses programmes d’actions.
A cet égard, la critique du relativisme reprise par Luc Ferry, bien que moins excessive que celle d’Alain Finkielkraut à l’encontre de Lévi-Strauss dans on ouvrage "La défaite de la pensée", reste une critique à mauvais escient dans la mesure où la découverte de la diversité des cultures sur la planète, intervenue malheureusement trop tardivement pour les indiens d’Amérique, permit un pas en avant décisif vers la compréhension du monde et la défense de ces peuples, valeurs elles aussi universelles et non négociables.
D’autres conquêtes sont venues ultérieurement s’ajouter à ces réussites, comme ce fut le cas en France contre la maltraitance longtemps légale à l’égard des femmes puisqu’elles durent attendre 1944 pour obtenir, au nom de la valeur de l’égalité, le droit de vote et plus tard encore l’égalité civique avec la notion d’autorité parentale et non plus du « chef de famille » dans le Code civil.
Mais, encore aujourd’hui, certaines des valeurs promues par ces grands textes ne sont pas respectées et l’on ne peut s’empêcher de penser à la distinction qu’opérait Michel Foucault entre la morale comme système de valeurs et l’éthique qui décline ce système de valeurs au niveau des actes.
A titre d’exemple, la liberté en France de refuser en toute lucidité une transfusion sanguine parce qu’un tel choix ne porte pas atteinte à l’intérêt général, relève d’une valeur morale, en l’occurrence la liberté fondamentale du patient. Et pourtant, dans une ordonnance du 16 août 2002, le Conseil d'État a considéré que si « le droit pour le patient majeur de donner, lorsqu'il se trouve en état de l'exprimer, son consentement à un traitement médical revêt le caractère d'une liberté fondamentale », les médecins ne portent pas pour autant une atteinte grave et manifestement illégale à celle-ci lorsque, au nom de leur éthique médicale, « avoir tout mis en œuvre pour convaincre un patient d'accepter les soins indispensables, ils accomplissent, dans le but de tenter de le sauver, un acte indispensable à sa survie et proportionné à son état ».
En d’autres termes, l’éthique peut amener à faire l’inverse de ce que promeut la morale.
En ce sens, les accords sulfureux qui ont occupé le champ médiatique entre les deux tours des élections municipales, au-delà des arguments politiques censés s’appuyer sur des valeurs, ont révélé chez les cocontractants une absence totale d’éthique de l’action politique.
Les français qui, en majorité, ont désapprouvé ces accords du déshonneur ne s'y sont pas trompés : ils ont essentiellement mobilisé leur conscience morale, celle dont est doté tout être normalement constitué, pour peu qu'il ne l'ait pas perdue en politique, celle-ci faisant hélas rarement bon ménage avec celle-là.
Les obscurantismes idéologiques
Il faut relire sur cette thématique un ouvrage d’Alain FINKIELKRAUT, dont j’apprécie par ailleurs la brillance intellectuelle et l’esprit critique, intitulé « La défaite de la pensée », publié chez Gallimard en 1987.
Ce livre met toutefois le lecteur très mal à l’aise dans le chapitre consacré à « la trahison généreuse ».
Comme point de départ de sa réflexion, le philosophe affirme à juste titre l’importance de la lutte contre les obscurantismes idéologiques et nous renvoie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte d’un monde encore ébranlé par l’idéologie fasciste, à la création de l’Unesco pour développer l’éducation et la culture afin d’en finir avec tout obscurantisme, projet qui trouverait, ses fondements, selon l’auteur, dans la résurgence de l’esprit de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, qui se donnait pour mission universelle d’avoir des hommes « libres et éclairés ».
Mais les Lumières avaient aussi leur zone d’ombre. Au nom du principes de liberté, cette philosophie a certes eu le mérite de condamner l’esclavage, mais elle n’a pas pour autant remis en cause la logique coloniale qui portait en elle l’accaparement des richesses et le développement du commerce, bien davantage que l’émancipation culturelle des territoires occupés par des populations que l’affranchissement de l’esclavage ne rendait pas pour autant égales aux autres aux yeux des colons.
L’histoire montrera que ce postulat occidental pouvait se traduire par une version brutale et obscurantiste (« ils sont affranchis mais restent inférieurs ») ou une version « progressiste », celle des Lumières, dont la préoccupation fut de leur faire rattraper leur retard en les éduquant à notre image, celle-ci pouvant parfois inclure les croyances religieuses.
Or, pour Finkielkraut, ce projet émancipateur et civilisationnel des Lumières et de l’Unesco sera perturbé après-guerre par l’irruption, somme toute involontaire, de l’ethnologie, en particulier par Lévi-Strauss dont l’étude des peuples indigènes a démontré qu’elles fonctionnaient sur la base d’une cosmogonie complexe, illustrant ainsi la pluralité des modèles de société et faisant émerger la notion de « cultures » au pluriel et de « relativisme culturel ».
Finkielkraut considère que cette approche, toute "généreuse" qu’elle fut dans ses intentions, a remis en cause les prétentions universalistes de l’Occident en se substituant à la représentation hiérarchique qui prédominait jusqu’alors dans le monde culturel occidental, y compris celui des Lumières, qui formalisait l’évolution humaine comme le passage du stade « sauvage » » vers la civilisation : « l’enjeu n’est plus d’ouvrir ces peuples à la raison mais d’ouvrir l’homme occidental à la raison des autres » accuse Finkielkraut.
Un tel doute aurait entrainé, selon l’académicien, la « défaite de la pensée » rationnelle , au point que le terme de « société primitive », qui désignait jusque- là ces peuples indigènes, deviendra ainsi, par un curieux retour des choses, une forme d’ignorance que les ethnologues appellent l’ethnocentrisme.
Cette notion signifie une façon de tout ramener à sa culture par une incompréhension basée sur la méconnaissance de l’autre ,sans tomber dans la condescendance ou le sentiment de supériorité culturelle.
La tentation est grande, convenons-en, d’associer l’effritement de la vision émancipatrice au succès du relativisme culturel mais une telle tentation ne serait pas fondée sur une base rationnelle, puisque, comme le savent les statisticiens, le constat d’une corrélation entre deux phénomènes ne prouve en rien qu’il y ait une relation causale.
Rien ne permet davantage d’affirmer que l’effritement de la vision émancipatrice, à supposer qu’il soit lié causalement au succès du relativisme culturel, serait exclusivement induit par ce facteur. La capacité de résilience de l’idéologie fasciste pourrait être un second facteur, auquel cas cela exigerait une réflexion sur les raisons d’une telle résilience….
Cela étant, si l’on souhaite ne pas mettre la charrue avant les bœufs, revenons - en à la thèse initiale d’A. Finkielkraut : qui peut prouver aujourd’hui que la pensée anti-obscurantiste a perdu le combat contre l’idéologie fasciste ? Tout laisse en effet penser le contraire lorsqu’on constate que cette idéologie n’est revendiquée que par quelques minuscules groupes néofascistes. Cette réussite est justement à mettre à l’actif des démarches éducatives de multiples acteurs tout au long des huit décennies qui nous séparent de la fin de la guerre.
Dans son ressentiment, le philosophe rend coupable la philosophie des Lumières de ce qu'il considère comme « défaite » (mais coupable de quoi ?) et règle ses comptes avec Lévi-Strauss en lui reprochant un « travail de sape opéré par les enquêtes sur les lointaines tribus d’Amazonie ». En précisant « lointaines », notons qu’il renforce le caractère « étranger » de ces tribus alors que le structuralisme montre que ces sociétés, bien que « lointaines », partagent certains invariants culturels avec la culture occidentale. Les ouvrages de François Laplantine sur l’anthropologie de la santé abondent à ce sujet d’exemples passionnants.
La condamnation de Lévi-Strauss par Alain Finkielkraut surprend par sa sévérité excessive parce qu’injustifiée.
En effet, l’ethnologie, en découvrant la réalité et la richesse des diversités culturelles, a permis d’enrichir une pensée rationnelle parfois prétentieuse, il est vrai, dans ses visées planétaires. C’est la raison pour laquelle nous devons nous féliciter que l’Unesco en ait tenu compte dans ses programmes pour la défense des peuples autochtones et leur environnement, démontrant que la lutte contre l’obscurantisme idéologique est tout - à - fait compatible avec le relativisme culturel.
« Les peuples autochtones jouent un rôle essentiel dans la préservation de la diversité culturelle et biologique de notre planète. Pourtant, nombre d'entre eux sont encore confrontés à la marginalisation, à une pauvreté extrême et à de graves violations de leurs droits. L'UNESCO s'engage à relever ces défis en promouvant une éducation inclusive, en préservant les langues autochtones, en valorisant les savoirs traditionnels et en soutenant leur participation pleine et entière aux processus de décision. Grâce à ses partenariats et à des initiatives telles que la Décennie internationales des langues autochtones (2022-2032), l'UNESCO place les besoins et les droits des peuples autochtones au cœur de son action ».
Assainissement des eaux usées... et des règles de police concernant les raccordements
La question du non raccordement des eaux usées au réseau collectif d’assainissement est un problème qui n’a jamais été résolu, pour le grand dommage de la qualité de nos eaux souterraines ou de surface.
Le constat est manifeste : le pouvoir de police, qu’il soit communal ou transféré à l’intercommunalité, n‘est jamais utilisé en France car sa mise en oeuvre s’avère impossible compte-tenu de ses modalités d’application.
En effet, les textes précisent que si le propriétaire n’a pas raccordé son bien à l’issue des deux ans de pose du réseau collectif, il devra « s’acquitter d’une astreinte du montant de la redevance d’assainissement payée par les propriétaires raccordés avec une majoration de 100 % maximum » selon la décision de la collectivité compétente (article L1331-8 du Code de la santé publique).
De plus, après mise en demeure, la collectivité peut réaliser ou faire réaliser d’office les travaux à la charge du propriétaire.
Ecrire un texte est une chose. La mettre en oeuvre en est une autre.
Tout d’abord, en cas de location, c’est le locataire qui reçoit les factures d’eau, pas le propriétaire qui devra demander à son locataire les factures pour que la collectivité puisse calculer le montant de son astreinte. Bon courage puisque la consommation d’eau relève de la vie privée et que le locataire est donc libre de ne pas lui fournir.
Ensuite, le terme d’astreinte est ambigu mais on peut penser qu’il signifie qu’après mis en demeure accompagné d’un délai, l’inexécution des travaux entraîne le paiement d’une pénalité, le cas échéant couplé avec un malus par jour de retard.
Par ailleurs, le Code précise, avec ce caractère énigmatique du vocabulaire de l’administration, toujours encline, pour rester dans l’univers aquatique, à faire une baignoire de mousse avec un gramme de savon, que le montant de l’astreinte se base sur celui de la redevance d’assainissement payée par les propriétaires raccordés… sauf que les propriétaires raccordés ne paient pas la même redevance puisqu’ils ne consomment les mêmes quantités d’eau… à moins de faire une moyenne dans un périmètre donné… ou de prendre un échantillon de logements de même type… et on en arrive vite à construire une usine gaz digne du « made in France » car ce n’est pas fini : « montant de la redevance d’assainissement payée par les propriétaires raccordés » certes mais à quel moment ? Le semestre précédent ? L’année précédente ? En, effet doubler la taxe suppose d’en connaître le montant mais comme le montant varie à chaque facture….
Enfin, « après mise en demeure, la collectivité peut réaliser ou faire réaliser d’office les travaux à la charge du propriétaire ». Cette fois, on plonge dans un océan d’absurdité.
Réaliser des travaux d’office de raccordement nécessite souvent des travaux à l’intérieur du logement comme la casse du carrelage pour relier les toilettes au réseau extérieur, raison pour laquelle d’ailleurs certains propriétaires modestes renoncent à se raccorder.
Tout pourrait pourtant être plus simple : la redevance se composant actuellement de deux parties, l’une variable et calculée sur la consommation d'eau et l’autre fixe calculée sur l’amortissement des frais fixes d’infrastructures, pourquoi ne pas baser la pénalité sur cette seconde composante ?
Ne revient-il pas au législateur de mettre en place une règle claire afin que le pouvoir de police puisse enfin être mis en œuvre ?
Dans l’attente, les logements non raccordés au réseau d’assainissement collectif restent en l’état et c’est la qualité des eaux qui en pâtit.
Plaisirs des villes et bonheur des champs
Samedi soir, la commune de Marpent, à mi-chemin entre la campagne et la ville, a fait quelques détours par l’une et par l’autre.
Une façon de s’inscrire pleinement dans le thème retenu cette année par les instances nationales de la Nuit de la Lecture, à savoir « Villes et campagnes ».
Côté Ville, symbolisé par un décor de panneaux de signalisation routière et de maquettes suspendues de maisons fabriquées par les enfants du groupe scolaire, Nacéra lut le texte de la chanson de Pierre Perrin, composée en 1961, « Le clair de lune à Maubeuge », prétexte à une petite balade dans quelques villes du Plat Pays alors que Monique s’appuya sur un extrait du livre de Louis Aragon, « Les beaux quartiers », pour suivre avec le public les déambulations des deux frères Edmond et Edgar, en quête de plaisirs inavouables, dans plusieurs rues de Paris à la découverte de l’architecture des bâtiments, des parcs et jardins, de la Tour Eiffel, du Trocadéro, des Champs Elysées et de l’Arc de Triomphe.
Côté Campagne, et devant un décor de ballots de paille et de lapins, Lucia puisa dans l’almanach 2012 une mine de dictons liés à l’observation de la faune et de la flore, que ce soit à l’œil nu, à la jumelle ou à la loupe, dont le rôle était de dévoiler le ciel du lendemain.
Lucie fit partager un extrait du roman de Georges SAND « La mare au diable » qui décrit, dans le détail, la scène du labour, image ordinaire d’un métier extraordinaire tandis que Jean-Marie invita le public dans « les rêveries du promeneur solitaire » de Jean-Jacques Rousseau, rappelant pour conclure sa lettre à Mirabeau dans laquelle il confie que si la dure nécessité devait le rappeler à jamais au séjour des villes, ce ne serait que pour s’y faire enterrer.
De leur côté, Laure et Marie-Odile lurent en duo deux extraits du livre « Mes nuits avec Emma.B » de Rafaëla Da Fonseca, lauréate 2025 du « prix L’oiseau-lyre » attribué par la médiathèque marpentoise et emmenèrent pour quelques minutes le public en balade au cœur du bocage normand, là où Flaubert imagina le décor de son roman « Madame Bovary ».
Avec Angélique, c’est Racine qui fut mis à l’honneur dans la lecture de sa lettre « Le soleil est toujours riant » dans laquelle l’auteur utilise la beauté de la campagne pour imager le bonheur de vivre.
Quant à Alexandre, vêtu de son béret et de sa veste de berger, il nous conta « La Montagne » de Jean Ferrat dont les vers expriment le regret de voir les jeunes fuir la campagne ardéchoise pour rejoindre la ville et son prétendu progrès.
Bourg urbain ou bourg rural, les élèves de Mme Marie-Odile Froment avaient choisi un texte à plusieurs voix pour présenter les différentes rues de la commune et faire du même coup mieux connaissance avec la géographie de Marpent et avec son histoire.
L’exercice était périlleux mais s’est remarquablement bien passé, sous le regard ému des parents et l’œil satisfait du directeur Eric Painchart.
Comme on dit en sport, « l’essentiel est de participer », et si l’on peut être admiratif devant un enfant dont la diction est parfaite, on peut non moins admirer avec une pointe d’émotion celui dont l’élocution est moins performante mais dont le visage s’emplit de bonheur d’avoir réussi à surmonter ses difficultés.
Bravo donc à Lola, Gabriel, Héloïse, Ylona, Assya, Isaac, Joy, Alonzo, Saïd, Marvin, Zoé, Sophie, Marion, Victoire, Camille, Paryss, Rayan, Luana, Axelle, Dargann, William et Emmanuel !
Comme pour dépasser l’opposition, « ville- campagne », Simon récita la fable de La Fontaine « Le rat des villes et le rat des champs », où le premier invite le second à festoyer en ville.
Les villes offrent, il est vrai, des services plus sophistiqués et plus abondants que la campagne. Mais ces services marchands, s’ils procurent du plaisir, sont souvent fugitifs et superficiels et n’amènent pas forcément le bonheur, qui requiert l'union de l’homme et de la nature.
D’ailleurs, pour trouver le calme, le rat de la fable admet que la campagne s’avère au final comme le lieu idéal pour se restaurer tout à loisir entre les urbains et les ruraux, ce que ne manqua pas de faire, plus modestement, le public, venu en nombre, en partageant la traditionnelle soupe à l’oignon.
Plaisirs des villes et bonheur des champs, les rats de La Fontaine gardent étonnamment leur grande vertu démonstrative.
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25 années de mandat, et la passion toujours au coeur de l'action (5 et fin)
Parmi ces actions singulières d’Appellation marpentoise Protégée, toutes uniques en leur genre, il y en a SEPT que je n’ai pas encore véritablement présentées parce qu’elles occupent pour moi une place à part : ce sont les 7 merveilles coups de cœur, des petites folies au sens « d’extravagances » que ce mot avait au 17e siècle, véritables marqueurs de la commune qui participent fortement à notre singularité.
-1èr coup de cœur « Le moulin de la Folie », situé à la Parapette, au lieu-dit « la folie d’en haut », sans doute parce qu’il était un peu audacieux, voire un peu foldingue à l’époque d’aller construire un moulin à vent dans un territoire plus traditionnellement habitué aux moulins à eau.
Et il nous a fallu nous aussi un grain de folie pour nous lancer dans la rénovation étalée sur deux mandats de ce bel édifice, le plus vieux moulin à vent de l’arrondissement et seul moulin Berton au nord de Paris, aventure qui a commencé en 2003 et le concours du magazine Le Pèlerin pour le trophée « Patrimoine de Pays » qui a été remis au Musée Carnavalet à Paris, par le Ministre de la culture, M. DONNEDIEU DE VABRE au maire de Marpent.
De quoi stimuler durant les dix années qui ont suivi les bénévoles des Amis du moulin et des Bribeux pour organiser la « Fête de Mon moulin » jusqu'à l’achèvement des travaux, la gestion de l’équipement étant ensuite assurée par la précieuse équipe du Moulin d’antan et ses meuniers.
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-2e coup de cœur : «Une oasis de poésie», qui n’est autre que cette sympathique gloriette située au croisement des rues les plus fréquentées de la commune, rachetée sur un coup de cœur pour une bouchée de pain chez un brocanteur où elle périssait sous la rouille, restaurée par nos agents techniques et qui rayonne de fraîcheur, de délicatesse et de poésie pour donner au carrefour le charme discret qu’on lui connaît.
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-3e coup de cœur : « le fabuleux trésor retrouvé » : un trésor qui n’est pas de l’or mais qui vaut plus que de l’or, je veux parler de la statue de Saint Eloi, coulée à l’aciérie de Baume Marpent par l’ancien maire de Boussois, René Vronhoove, et dont le moule qui se trouve à l’église, fut sculpté par Jacques POUILLON, devenu Grand Prix de Rome et créateur au début des années 60, à la demande du gouvernement, du mémorial de Malpasset, dans le Var, suite à la rupture du barrage de Fréjus qui avait fait 423 morts.
C’est un marpentois aujourd’hui décédé, qui m’informa que cette statue avait été vendue aux enchères à un collectionneur privé, M DESPIEGHEL de Louvroil.
Le lendemain, j’écrivais une lettre à ce collectionneur qui, en réponse, et avec une noblesse de coeur admirable, accepta de la déposer « in eternam » dans notre commune. Chapeau M.DESPIEGHEL !
C’était pour la commune, un don exceptionnel, tant que le plan artistique que patrimonial.
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-4e coup de cœur : « Le corridor d’Hector », encore appelé le passage de la place, qui a consisté, pour apporter sécurité et confort aux piétons, à transformer le sordide passage souterrain de la voie ferrée.
Celles et ceux qui l’empruntent étant souvent des gens très modestes, il était important qu’ils échappent à ce que Camus appelait « la double humiliation de la pauvreté et de la laideur ». En réalisant un passage lumineux dans le style « Art nouveau » des bouches de métro parisien d’Hector Guimard, nous ne les avons pas rendus moins pauvres mais nous avons remplacé la laideur du décor par la lumière.
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-5e coup de cœur : «Le joyau culturel marpentois », je veux parler de l’auditorium. Ancien cinéma, il était menacé de fermeture définitive, d’abord pour des raisons de sécurité, ensuite pour une question d’accessibilité PMR.
Soucieux de garder un équipement pour développer l’accès à la culture musicale et artistique, nous avons acheté les fauteuils anti-feu et les rideaux anti-feu (1er mandat) et pour l’accessibilité, nous avons profité des travaux de la mairie durant le 2e mandat pour que l’ascenseur soit installé dans l’ancien escalier de secours du cinéma et desserve ainsi les deux bâtiments, mairie et auditorium.
Depuis quelques semaines, l’installation des équipements scéniques permet d’accueillir des artistes professionnels, par exemple dans le cadre de la scène nationale du Manège.
Cet auditorium de 200 places est un joyau culturel de notre arrondissement.
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-6e coup de cœur : « La halte du bonheur », avec la création de la Plage Verte, seul projet sur l’Agglomération qui s’est vu soutenu par la Région dans le Contrat de Rayonnement Touristique Avesnois Thiérache et seul site de loisirs labellisé « accueil vélos » sur le linéaire de la Sambre française.
Cette idée originale a suscité l’adhésion des collègues qui ont mis la main à la pâte.
Le projet a dès le départ suscité l’engouement des financeurs et partenaires (Département, Agglomération, OTA, VNF…) et de celles et ceux venus découvrir ce lieu avenant où se croisent à la belle saison, des marpentois, des habitants de l’avesnois, des familles de la métropole , du Pas de Calais, des camping caristes, des cyclotouristes, bref, plus de 3000 visiteurs français, belges, néerlandais allemands, britanniques, italiens qui trouvent chez nous et vous le disent « la halte du bonheur ».
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-7e coup de cœur : « Le boulanger que le village attendait ».Après le rachat d’un immeuble face à la mairie, la conception des plans par Pascal, la mobilisation d’une subvention régionale et d’un fonds de concours de l’Agglomération, puis la consultation des entreprises, la création de la boulangerie et de son logement, l’acquisition et l’installation du matériel, nous sommes partis à la recherche du boulanger et nous nous sommes heurtés à une série de difficultés jusqu’au jour où sont arrivés de Normandie Eric et Emilie MELLET dont la motivation, l’expérience et la qualité des produits n’ont pas tardé à séduire les clients qui sont venus ou revenus plus vite que nous ne pensions.
Ce fut pour nous un chemin escarpé et semé d’embûches, pénible même par moments mais au final nous y sommes parvenus et c’est aussi grâce à eux.
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25 années de mandat, et la passion toujours au coeur de l'action (4)
A côté des actions facultatives et que l’on peut retrouver dans d’autres communes confrontées à des problématiques semblables, il existe une 3ecatégorie, ce sont les actions singulières.
N’oublions pas que Marpent, comme son nom l’indique, « mar pen », fut un village celte il y a plus de 2000 ans, et que les guerriers celtes avaient donné du fil à retordre aux soldats de César à la fois par leur bravoure mais aussi parce qu’ils avaient une panoplie guerrière, notamment la côte de maille, innovation celte, qui leur donnaient davantage de souplesse que les lourdes armures des légionnaires romains.
Il en va de même pour un territoire : moins il dispose de moyens, plus il doit sortir du mimétisme et des sentiers battus et se distinguer par l’ingéniosité, la créativité, l’originalité pour faire émerger des initiatives innovantes et singulières, qui en font des actions uniques en leur genre sur le territoire et parfois au-delà.
Ces initiatives, ce sont un peu nos Appellations Marpentoises d’Origine Protégée et couvrent des domaines très divers :
Le développement économique
-L’aménagement de locaux pour 12 micro-entreprises de services : une onglerie, un tatoueur, un restaurateur (local de stockage),un transporteur pour livraison rapides, une orthophoniste, quatre infirmiers, un hypnothérapeute, un psychologue, un concepteur fabricant de mobilier pour les parcours des personnes âgées dépendantes
-La création d’une boulangerie,
-La défense de notre pharmacie avec mon intervention prise en compte par l’ARS pour que les marpentois entrant à l’EHPAD puissent garder le choix de leur officine.
Le lien social
-L’offre d’un petit cadeau à chaque naissance remis à domicile.
-La WIFI gratuite sur une quinzaine d’équipements publics (financé à 100 % par le Programme européen wifi 4 E et dossier porté par Bruno).
-La présence d’un élu lors de chaque intervention d’une entreprise de pompes funèbres dans le cimetière.
-L’initiative, au moment du Covid, d’un atelier de fabrication de masques dans la salle des fêtes, sur proposition de nos agents ATSEM, initiative qui a nous a valu une page dans Paris-Match.
-La mise à disposition gratuite des marpentois de plusieurs livrets ciblés comme le livret des séniors, celui de la Petite Enfance, celui des nouveaux arrivants ou encore celui de la rentrée scolaire.
-La consultation citoyenne sur la Salmagne, démarche citée en exemple par un parlementaire à l’assemblée nationale.
-L’habitat, avec la réalisation du lotissement « le Pré Fleuri », une réalisation entièrement communale avec l’acquisition du terrain, son aménagement, la revente des lots et le suivi financier, les déclarations de TVA calculée selon la méthode dite « à la marge ».
La jeunesse
-Le cadeau du Père Noël à chaque enfant de la maternelle.
-La mise en place des ateliers théâtre pour enfants.
-La création d’une garderie le matin et de l’aide aux devoirs le soir.
-La remise d’un livre cadeau pour les enfants qui partent au CP d’une calculette pour ceux qui partent en 6e.
-La création d’un Pass -loisirs pour les jeunes de 6 à 18 ans d’une valeur de 48 € / an
-L’échange de jeunes avec l’Albanie (financés à 100 % par l’Europe / Erasmus +)
- La mise en place, en lien avec la plage verte, d’une formation au Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education populaire et Sportive APT (BP JEPS), par le Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement de la Canche et de l’Authie.
Les personnes âgées
-L’installation de 26 bancs dans la commune (financés à 100 % par le Réseau des Villes amies des aînés)
-Les ateliers numériques des séniors (financés à 100 % par le Département au titre de la lutte contre l’isolement des personnes âgées), -L’organisation d’un repas mensuel pour les aînés au prix de 3,50 € (transport compris) et servi par les élus.
-La création d’une brigade vermeil emmenée par ces mêmes élus et intégrant des personnes de la société civile. Cette brigade fait des visites à domicile des personnes seules qui le souhaitent et permet de répondre avec rapidité à des demandes urgentes.
-Le ciné des aînés, avec transport possible pour un prix de 2 € au lieu de 3 € 50.
-Le colis de Noël des aînés, préparé et distribué par les élus, et qui serait, selon une enquête de la Voix du Nord en 2024, l’un des plus remarquables du Département,
-Le repas annuel des aînés (c’est banal) mais servi par les élus (c’est assez original).
Le cadre de vie
-La création d’un programme d’aide à la rénovation des façades
-L’installation du totem du moulin au square de la Parapette
Les économies d’énergie
-Depuis 2009, l’exonération durant trois ans de 50% de la part communale du foncier bâti pour les gros travaux d’économie d’énergie (unique dans l’arrondissement)
La santé
-L’ouverture d’un cabinet municipal de télé - consultation médicale : on y vient de Marpent mais plus largement d’un rayon de 15 kilomètres…c’est bien pour la santé… et le commerce local.
L’art et la culture
-La réalisation d’une fresque murale « le coq et le renard »
-L’organisation chaque année du prix littéraire L’oiseau lyre
-L’organisation de « la nuit de la lecture », sans aucune sous - traitance et en lien cette année avec le groupe scolaire.
-La création d’un pôle artistique et musical (avec Salut l’Artiste, Rock in Progress, Loisirs et Culture et l’Harmonie communale),
L’innovation technologique
-L’installation avec ICE, d’une station météo sur le toit de la mairie, d’une girouette électronique au moulin, la réparation en cours de l’orgue de l’église.
-Le PV électronique, rarissime pour une commune de notre taille et installée sans passer par un prestataire.
-Pour le CCAS, quelques produits également spécifiques comme les prêts d’honneur aux jeunes pour passer le BAFA ou le permis de conduire, la prise en charge partielle sur le tarif des repas séniors à domicile, la création du Foyer Victor Vannoppen , en souvenir de ce marpentois qui a fait don de 954 000 €, et qui sera dès le mois prochain un lieu où les personnes devront se sentir bien, un point de rencontre pour discuter autour d’un café, lire le journal, faire une partie de cartes ou de scrabble.
La configuration de ce lieu lui permet d’accueillir une multitude d’activités au gré des circonstances : expositions, réunions d’initiatives citoyennes, réunion de quartier, réunion d’une association qui ne dispose pas de local, permanences sociales, rencontres pour jeux de société, halte - garderie durant les spectacles de l’auditorium, rencontres post funérailles, locations modiques pour commerces éphémères …Toute autre utilisation qui va dans le sens du renforcement de la fraternité et de la solidarité.
Vous allez dire, c’est notre travail et c’est ainsi que je l’entends mais avec la particularité que la voie de démarcation que nous avons choisie n’est pas toujours la plus facile, ni la moins exposée à la critique.
J’en profite pour remercier les collègues qui nous ont permis de relever collectivement ces défis.
Pour toutes ces actions, je souligne également la contribution de notre personnel dont, pour la plupart, le savoir -faire et la disponibilité honore le service public,
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qu’il s’agisse des missions d’entretien et de maintenance assurés par nos agents des ateliers pour les espaces publics sous la responsabilité de Philippe ARCICASA et par nos agents de nettoyage féminins pour les bâtiments municipaux.
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ou qu’il s’agisse de la qualité de l’accueil dans nos services administratifs comme en attestent les retours fréquents de même que les services liés aux accueils de loisirs, aux activités scolaires (ATSEM) et péri- scolaires.