Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
Le blog de Jean-Marie Allain

Au chevet du livre

26 Juin 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Les chiffres du Conseil National du Livre attestent que le décrochage des jeunes dans la relation au livre s’accélère au fur et à mesure que le temps passé sur les écrans numériques augmente, faisant planer les risques d’affaiblissement des capacités de concentration et de mémoire.

Au gré de ses chroniques et entretiens, le philosophe Michel ONFRAY, s’appuyant sur ce constat, dresse un diagnostic impitoyable : pour  lui, « le livre est mort » et le cerveau performant que produisait l’école est devenu un fromage blanc dans lequel quelque neurones subsistent pour rédiger des textos en langue des cavernes.

Sur de nombreux points, je partage son constat.

Fini le temps où, avant de descendre du train en gare de Maubeuge ou de Jeumont, je ramassais les journaux abandonnés par les voyageurs pour découper les articles de politique étrangère.

Fini le temps où l’un de mes oncles me gardait les vieux numéros de « l'Express » et la revue « Spectacle du monde ».

Fini le temps des petites bibliothèques dont le parfum de papier vieilli a marqué notre mémoire olfactive autant qu'une madeleine de Proust.

Nombre de collectivités, pensant bien faire, ont accompagné ce mouvement d’affaiblissement du livre en succombant aux charmes de la modernité :

- transformations des bibliothèques en « médiathèques », point de départ d’une mise en retrait du livre,

- des ordinateurs installés parfois en ces lieux par les communes pour créer des classes numériques et faciliter l'accès aux livres mais rapidement tombés dans une obsolescence solitaire, suite à l'installation dans les classes de tablettes individuelles et de tableaux interactifs,

- municipalisation parfois de l’activité au lieu et place d’une association de bénévoles passionnés, entraînant un changement dans le mode de fonctionnement. Par exemple, la recherche d'un auteur classique dont la lecture contribue à façonner le socle commun de notre culture ancestrale devient très aléatoire tant il est vrai que la méthode moderne de « désherbage » des étagères tend à éliminer des ouvrages jugés démodés pour les remplacer par des bouquins d'un banal rayonnage de supermarché.

Ces mutations  n’ont pas inversé la tendance : les lecteurs se font rares, trop rares.

En dépit d’une politique tarifaire du livre qui permet de maintenir des prix modestes, les raisons nationales structurelles autour du » tout numérique » ont détourné une partie du public.

Pour Michel Onfray, la question n’est plus de savoir si le livre va mourir mais quand.
Dans l’attente, les lecteurs, de moins en moins nombreux, formeront une petite communauté et, en marginaux égarés et incompris, trouveront encore l’énergie nécessaire pour distraire, le temps d'une lecture inopinée dans un lieu public, à l'instar de l’insolite et remarquable « liseur du 6 h 27 »(de Jean-Paul Didierlaurent) ou le temps d'une « Nuit de la lecture « pour lancer, derrière un sourire de bonne humeur, un appel de détresse à un public ravi qui, pareil à la chanson de Giani Esposito, ne voit pas que le clown est en train de mourir.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer dans les communes le glissement qui s’opère lors de « la Nuit de la Lecture » où cette dernière s'estompe d'année en année derrière un spectacle musical ou une animation ludique.

Cela ne signifie pas que nous soyons condamnés à ne rien faire.

Le secrétaire général de L’Institut de France, Xavier Darcos, encourage à promouvoir la lecture, y compris par le biais de la BD.Toute initiative cherchant à réconcilier le peuple avec le livre doit en effet être encouragée, avec le souci de l’intelligence et de l’émotion, Michel Onfray expliquant que trop de livres ont, par le dogme, alimenté la haine et servi de prétexte à des massacres de masse.

L'installation de boîtes à livres entre dans ce cadre et, pour peu que la boîte présente un aspect original, soit bien et judicieusement fournie, et localisée sur un lieu fréquenté, elle peut séduire le public.

Les réseaux de lecture publique peuvent également contribuer à cette résilience s'ils parviennent à s'extraire d'une culture bureaucratique qui en fait quelquefois de coûteuses usines à gaz.

C'est ce que nous avons essayé de faire, à notre petite échelle, associant l’an passé les scolaires à « La nuit de la lecture », en créant une petite scénographie, couplée pour certains liseurs  avec les costumes appropriés et en réunissant les participants et le public autour d'une soupe à l'oignon préparée par les élus.

C'est aussi dans cet esprit que nous avons créé le prix « L'Oiseau Lyre » pour mettre chaque année à l’honneur les auteurs du territoire et désigner un lauréat qui se voit acheté 50 ouvrages par la municipalité, ouvrage qui sont offerts à des personnalités de passage et à des stagiaires.

Même si Michel Onfray, en lanceur d'alerte, a raison de grossir le trait, le livre ne vas pas mourir, en tout cas pas complètement.

Il deviendra un support parmi d'autres, même si c’est en subsistant à la marge, avec un air anachronique de raffinement distingué, à charge pour les collectivités que ce support n'entre pas dans une marginalité qui le limiterait aux personnes déjà dotées par leur statut social d'un capital culturel, ce qui ne ferait qu'accroître la fracture sociale dont souffre notre pays et plus particulièrement des territoires comme le nôtre.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :