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Le blog de Jean-Marie Allain

La culture industrielle, enjeu de la bataille de l'emploi en Sambre

27 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Nombre de jeunes boudent localement les filières industrielles alors que des centaines d’emplois qualifiés et souvent bien payés restent non pourvus dans les industries sambriennes.

Ce paradoxe s’explique par une image de l’industrie qui souffre encore du poids dans l’imaginaire collectif sambrien de l’histoire du travail à l’usine et du désastre économique et social causé par la désindustrialisation, un mouvement suivi sur le plan spatial par l’éradication d’usines désaffectées.

Ainsi, alors qu’il est de plus en plus question de l’intérêt de l’histoire pour mieux comprendre le présent et réfléchir sur le futur, le Val de Sambre demeure sans aucun doute la partie de l’avesnois la plus orpheline.

Certes, il n’a manqué pas d’initiatives pour protéger et mettre en valeur des édifices de production de la période pré- industrielle (poterie de Ferrière-la-Petite, moulin de Marpent…) mais celle des cent cinquante glorieuses reste finalement timide au regard de son rôle déterminant dans le façonnage de notre paysage et sur les mentalités.

Pour quelles raisons une telle discrétion alors qu’en France la peinture, la littérature et la poésie ont su mettre en scène l’épopée industrielle et auraient de quoi assurer la fierté des habitants de notre région d’avoir été au cœur de cette vibrante aventure ?

Cette interrogation était sous-jacente à plusieurs tables rondes organisées à l’occasion de la récente journée « Industrie et Territoire : regards croisés en Sambre-Avesnois » organisée au « Pôle des Cultures Actuelles » à l’initiative de Nicolas Lambot, chargé de mission pour le tourisme industriel à l’Office de Tourisme en Avesnois, en partenariat avec l’Université polytechnique des Hauts de France.

La forte présence des friches et leur caractère récent, à l’inverse des anciennes manufactures de verre et de textile de notre arrondissement, explique sans aucun doute ce relatif retard de notre vallée dans la valorisation de son patrimoine industriel. A cela s’ajoute le fait que le caractère imposant de ces friches a nécessité, pour les traiter, de mobiliser des fonds européens, d’autant plus importants qu’ils étaient consacrés à leur éradication, le plus souvent en vue d’une requalification environnementale, bref une démarche qui ne s’embarrassait d’un regard sur l’esthétique industrielle.

Les bâtiments en friches ont ainsi été successivement et uniformément effacés le plus souvent du paysage et remplacés par des espaces verts, plus rarement reconvertis en équipements culturels (l’Espace Sculfort - La Luna à Maubeuge, le PCA et la Florentine à Aulnoye -Aymeries, la Gare numérique de Jeumont…). Quant aux reconversions à des fins  industrielles, elles sont dispersées, majoritairement d’initiative privée et parfois exemplaires comme celle du centre de tri de l’entreprise Flamme sur la friche Vallourec.

Face à ces différentes logiques, les adeptes de la mémoire industrielle n’ont eu pour seul repli que de sauver ce qui pouvait l’être : des objets, des archives, des témoignages.

Saluons à cet égard le travail réalisé avec des moyens dérisoires par l’équipe du « Museam » de Louvroil autour de Dominique Lanthier, désormais reconnu au registre des lieux à visiter dans l’avesnois.

Loin d’être des palliatifs, ces objets peuvent être des points d’appui dans une démarche visant à retrouver la fierté perdue du territoire.

Le contexte de limitation drastique de l’artificialisation des sols va certainement contribuer à renforcer l’intérêt stratégique des friches, souvent implantées dans le tissu urbain.

C’est une raison supplémentaire pour en finir avec le grand effacement et préserver, lorsqu’il existe, le bâti industriel d’intérêt patrimonial qu’il nous reste.

Cela nécessite de trouver une voie médiane entre l'éradication aveugle et le fétichisme romantique des ruines pour identifier parmi les bâtiments désaffectés, ceux qu’il convient de démolir, ceux qui doivent être protégés et valorisés pour leur critère architectural, et ceux qui sont susceptibles de réaffectation ou de reconversion.

Passer du grand effacement au tri sélectif en quelque sorte…

La prise de conscience grandissante de cet enjeu de la patrimonialisation de l’héritage industriel, ou ce qu’il en reste, peut nous aider à retrouver sur quelques sites rescapés les chemins de l’émerveillement et d’une fierté légitime. L’aménagement du giratoire sur la RD121 à Hautmont est un très bel exemple. Une analyse des giratoires reste à faire sur le secteur…

Bien entendu, le dispatching d’Usinor, le fameux répartiteur de minerais inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel des Hauts de France et auquel les sambriens sont attachés, représente le bâtiment le plus emblématique du patrimoine industriel local et pourrait incarner le symbole de cette fierté retrouvée (cf photo du CAUE).

Cet édifice reste, à bien des égards, énigmatique, ne serait-ce que sur les raisons de son abandon durant soixante ans, si l’on excepte l’ouverture d’une boîte de nuit dans les années 90.

Il y a 50 ans déjà, l’Agence d’urbanisme avait avancé l'idée de s’y délocaliser. Mais le coût de ce type de reconversion se révèle, on s’en doute, toujours disproportionné : normes de sécurité, chauffage, accessibilité…

Ne convient-il pas, plus simplement, d’officialiser cette œuvre d’art industriel, insolite et grandiose, dans ce rôle de marqueur identitaire de la Sambre ?

Avec son allure intrigante de structure extra-terrestre, le "dispatching" est le plus puissant des totems intercommunaux potentiels en termes de marketing territorial.

L’édifice est situé en plein cœur de notre agglomération, au croisement d’un réseau routier parmi les plus fréquentés de l'arrondissement. Or, son statut délaissé ne renvoie pas une bonne image de la période industrielle, ni plus globalement de la vallée.

Même si l’on peut toujours rêver d’une petite scénographie, la force de son architecture se suffit à elle-même.

Le maintenir dans un état de propreté avec des abords entretenus, une signalétique, quelques places de stationnement et un panneau pédagogique suffirait déjà amplement et pour un coût dérisoire, en attendant des jours meilleurs, à renvoyer une image positive de l’industrie dans notre territoire.

Faire partager notre fierté de la culture industrielle, c’est la condition pour réconcilier une partie de la jeunesse avec elle et accroître nos chances de gagner localement la bataille de l'emploi.

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Les frontières, élément structurant du vote RN ?

20 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Virginie Martin, co-fondatrice de l’institut « Spirales » considère que « Le vote RN est avant tout un vote de frontières » parce que « le parti réalise ses meilleurs scores à proximité des frontières belge, allemande, luxembourgeoise et italienne ».

L’idée du « territoire dépossédé » serait ainsi un élément structurant – et même invariable- de la géographie électorale du Rassemblement National » (JDNews du 1er avril 2026)

La politologue en dit trop ou pas assez.

Ainsi formulée, sa phrase pourrait en effet laisser penser que ce sont les populations vivant de l’autre côté de la frontière qui suscitent ce sentiment de « dépossession ».

Si l’on considère le cas de la frontière belge, nombreuses sont les communes frontalières, dont celle où j’ai eu le plaisir d’être maire durant 25 ans, qui comptent une population belge de plus en plus importante en raison du coût plus abordable de l’immobilier. Or, cette cohabitation avec nos amis belges, contrairement à certains clichés cinématographiques, se passe sans aucun problème, bien au contraire. Le partage d’une histoire commune, celle du Hainaut, fait de nous un peuple commun au point de partager de nombreuses traditions culturelles, y compris gastronomiques comme la fameuse anguille à « l’escavèche » (héritage de l’occupation espagnole ! ) et la bière.

Cette histoire commune s’est prolongée avec la révolution industrielle qui s’est traduite par la création côté français de nombreuses entreprises belges. Ce sont elles qui ont donné naissance à la vallée industrielle de la Sambre employant par ailleurs de nombreux belges, mais aussi des ouvriers venus d’Italie, de Pologne, puis de l’Algérie et du Maroc.

La crise sidérurgique a mis fin dans les années 70 fin à cette épopée, faisant exploser le chômage au point que notre territoire deviendra le plus pauvre de France et compliquant l’intégration par l’emploi des enfants issues de ces générations de migrants.

Que la proximité d’une frontière soit de nature à « ouvrir les yeux » des habitants frontaliers sur l’ouverture à tous vents de biens et de personnes au point qu’elles puissent se sentir dépossédées de leur territoire est vraisemblable mais  c’est plutôt dans la spécificité sociologique et culturelle de ces territoires précarisés, corrélée avec des logiques de regroupement communautaire (imposées à ces populations soit par la logique du parc immobilier privé, soit par des politiques d’attribution du logement social) qu’il convient de voir le principal déterminant du vote RN.

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Le fantasme de la "civilisation française"

11 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Des enjeux sociétaux comme l’explosion des incivilités dans l’espace public aux enjeux civilisationnels liés à la question migratoire ayant été au centre des débats publics depuis plusieurs années, on ne s’étonnera pas que le sujet de la « civilisation française» soit d’actualité depuis quelque temps, au risque parfois d’éprouver un sentiment de confusion.

En effet, l’utilisation de ce terme de « civilisation » prête à débat, même pour un pays aussi grand et riche d’histoire que le nôtre.

Rappelons qu’au 18e siècle, dans la conception occidentale, les civilisations étaient unanimement classées selon leur degré supposé d’avancement.
Au 19e, on retrouvera ainsi chez Marx cette conception synonyme de progrès lorsqu’il écrit 
« Tout comme l’homme primitif, l’homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie » (Le capital / III/ Conclusion) d’autant que « le nombre même des besoins dits naturels (…) dépend ainsi, en grande partie du degré de civilisation atteint (Le Capital, Deuxième section/ La force de travail), ou encore « Par suite du perfectionnement rapide des moyens de production et grâce à l’amélioration incessante des communications, la bourgeoise précipite dans la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares » (Manifeste Communiste/ « Bourgeois et prolétaires »),

Le transfert de ce concept de civilisation de la sphère de l’histoire (celle du temps long, dit « civilisationnel ») à l’espace, s’est opéré naturellement dans la mesure où les civilisations concernent des peuples, géographiquement localisés.

Au-début des années soixante, le concept de civilisation comme « aire culturelle » chez l’historien Fernand Braudel se définit d’ailleurs assez précisément de cette manière.

Quant au sociologue allemand Norbert Elias,  dont deux  ouvrages « La  Civilisation des mœurs » et La Dynamique de l'Occident » écrits trois décennies plus tôt, sont publiés en France dans les années 70), il se situe à la charnière de ce transfert lorsqu’il analyse la civilisation occidentale, celle des hommes «  civilisés »  (interdiction des duels, langage raffiné…) comme le produit d'un long processus de domestication des pulsions humaines et qu’il considère que l'organisation sociale des cours royales européennes a joué un rôle majeur dans cette lente évolution qui s’élargira ensuite (on retrouve la notion d’aire géographique) à l’ensemble de la société devenue de la sorte « civilisée ».

L’un des chercheurs ayant le mieux cerner ce glissement de sens fut sans nul doute le sociologue britannique Arnold Toynbee (disparu en 1975)  à qui Gérard Donnadieu, Professeur de théologie fondamentale au Collège des Bernardins et Vice- Président de l’AFSCET (Association Française de Science des Systèmes cybernétique, cognitifs et techniques) consacre une note éclairante ( « L’évolution en histoire ») dans laquelle il rappelle que, pour Toynbee,  « ces unités de champ intelligible, qui émergent à l'aube des temps historiques, il les désigne sous le nom de civilisations », la civilisation étant "le véritable "atome social" depuis l'entrée dans la période historique (en gros, depuis 5 000 ans) ; les nations ou cités- Etats n'étant que des parties ou sous-systèmes de cet ensemble cohérent".

C’est en référence à ce temps long que les sciences humaines parleront des sociétés « civilisées », à ne pas confondre avec les « civilités » qui relèvent au contraire de l’immédiateté, même si elles plongent leurs causes dans les profondeurs de notre système social, notamment éducatif.

Contrairement donc – souligne Gérard Donnadieu - à l'historiographie traditionnelle (thèse dominante tout au long du 19ème siècle notamment), « la nation ne constitue pas pour Arnold Toynbee l'unité pertinente d'observation historique. Même pour des nations aussi anciennes que la France et l'Angleterre, il disqualifie cette prétention en montrant le dense réseau de leurs influences et emprunts réciproques. Pour lui, les champs intelligibles de l'étude de l'histoire "sont des sociétés qui ont une plus grande expansion, dans le temps et dans l'espace, que des nations ou des cités Etats ou que n'importe quelles autres communautés politiques".

On parle ainsi de civilisation pré - colombienne, amérindienne, gréco-romaine, asiatique, byzantine, chrétienne occidentale, mais pas, à ce stade, de civilisation allemande, espagnole ou française.

La question de la civilisation européenne peut faire débat, Eric Zemmour lui-même reconnaissant, après lecture de l’historien belge Henri Pirenne (1862-1935), que ces pays sont culturellement interdépendants, et de citer deux exemples relatés par cet historien, celui de la lettre de change inventée par les banquiers lombards du XIe siècle et celui du gothique né en France au siècle suivant, pouvant montrer l’existence d’une « matrice civilisationnelle commune » (JD News du 20 mai 2026).

Fort opportunément, Eugénie Bastié, dans sa chronique du « Figaro » du 16 avril 2026 consacré aux « ennemis de l’Occident » cite le géo-politologue  américain Samuel Huntington, qui avait publié à la fin des années 90, «  le choc des civilisations », et s’inscrivait dans une démarche analogue lorsqu’il décrit les aspects qui, selon lui, définissent une civilisation, à savoir « la religion, la langue, l'histoire, les valeurs, les habitudes et les institutions », ce qui l’amène à définir la civilisation occidentale comme l’aire géographique culturellement issue du catholicisme romain, et dont les peuples ont traversé et connu la féodalité, la Renaissance , la Réforme, et ont été à l’origine de  l’expansion maritime et du colonialisme avant de faire émerger les Lumières et l’Etat-nation.

Eugénie Bastié, avec intelligence et subtilité, rappelle que, pour Huntington, la frontière de cette civilisation passe à l’intérieur de l’Ukraine et sépare le monde occidental et le monde orthodoxe, celui-ci étant rattaché à la Russie, étrangère à la plupart des critères énumérés ci-dessus.

Voilà un regard qui permet de mieux comprendre la guerre qui se déroule entre les deux pays.

Aujourd’hui, selon cette définition, la civilisation désigne donc de grandes entités humaines, parfois disparues, regroupant un ensemble de peuples, et définies par leurs caractères socio - culturels, très souvent adossés à la religion comme le soulignait André Malraux en 1956 dans sa « Note sur l’Islam » : « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion ».

En ce sens, impossible de suivre notre cher Boualem Sansal lorsqu’il avance que «  la langue française a créé une civilisation française - francophone à l’échelle de la planète (cf entretien avec Philippe De Villiers / Journal du dimanche du 12 avril 2026).

En d’autres termes, il ne suffit pas d’un territoire national, d’une histoire et d’une langue pour faire une civilisation, sauf à dire que chaque pays ou Etat - nation est une civilisation, ce qui devient absurde.

Au vu de ces éléments, la France n’est pas une civilisation mais un sous-ensemble de la civilisation  occidentale, et l’on peut légitimement s’interroger sur le choix du terme de « civilisation » dans la période récente plutôt que sur celui de nation ou de culture.

La civilisation ne peut se confondre avec un pays, c’est un espace qui se présente comme un miroir à deux faces avec d’un côté l’opposition du binôme « progrès / retard » (discutable au demeurant depuis les découvertes de l’ethnologie) relevant du temps long et de l’autre côté l’opposition du binôme « civilités / incivilités » relevant au contraire de l’immédiateté.

On remarquera cependant que la maîtrise de ces deux enjeux passe par l’Education, d’un côté pour permettre de gravir les marches du « progrès », et de l’autre pour donner les capacités à respecter les règles de vie en société.

Ce double sens du terme « civilisation » explique probablement la confusion qui règne sur le sujet et que révèle cette expression de « civilisation française », que je perçois comme une discordance venant obscurcir le débat plutôt qu'elle ne l'éclaire.

La victoire de la lutte contre l’ensauvagement de notre société permettrait de vivre mieux dans celle-ci, devenue plus « civilisée ». En espérant que la France pourrait y retrouver de la grandeur sans tomber pour autant dans le fantasme de la « civilisation française » qui reste marqué par le côté "prétentieux" dont parlait Toynbee…

 

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Le droit de retrait civique, signal d'alerte dans le rural, après le faible taux de participation aux municipales

5 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

La baisse de la participation électorale dans les communes rurales,  enregistrée à l'occasion des récentes élections municipales, d’autant plus importante que la population est jeune, résulte de plusieurs facteurs, bien circonscrits dans étude pour la Fondation Jean Jaurès par le politologue Jérôme Fourquet, tels que la fin du panachage, le moindre ancrage des néo-ruraux, mais surtout la diminution du nombre de listes et la perte de proximité provoquée par la montée en puissance des communautés d’agglomération qui détiennent aujourd’hui l’essentiel des compétences et décident du quotidien des habitants.

Concernant la diminution du nombre de listes, la règle se confirme dans notre arrondissement avec toutefois une exception pour les villes : Fourmies, 44,95 % d’abstention avec 2 listes -  Aulnoye, 45, 83 % d’abstention avec 3 listes – Maubeuge, 54,20  % d’abstention avec 4 listes ! mais l’absence dans ces villes de listes déclarées RN peut expliquer que les électeurs de ce parti , arrivant généralement en tête aux autres élections, aient préféré ne pas aller voter, alors que dans les villages, bien que néanmoins en hausse, l’abstention plus visible, puisque tout le monde ou presque se connait, se traduit peut-être par l’alternative du vote blanc ou nul (à étudier…).

Concernant la perte de proximité provoquée par la montée en puissance des communautés d’agglomération, elle remet au centre de l’actualité le débat sur l’élection au suffrage universel des exécutifs de ces intercommunalités, aujourd’hui élus au deuxième degré puisque les électrices et les électeurs votent, pour des représentants à l’intercommunalité (communauté de communes ou communauté d’agglomération), ces représentants élisant ensuite le Président et les vice-présidents qui vont constituer le Bureau.

Ce système amène donc les électrices et les électeurs à remettre aux élus municipaux qui siègeront dans les intercommunalités, le choix de voter pour ces prétendants à la Présidence et au Bureau, alors que durant la campagne électorale cette question ne pouvait être abordée puisque personne ne connait à ce stade la composition de la future intercommunalité.

Ils votent donc en faveur d'une liste pour la gestion de la commune et, à leur corps défendant, en même temps pour les candidats fléchés pour l’intercommunalité sans connaître la plupart du temps leurs intentions sur leur choix quant à la désignation du Président et des membres du Bureau.

Et puis, on peut après tout aussi considérer qu’un prétendant « fléché » peut rassembler toutes les qualités pour siéger au conseil municipal mais pas pour autant à l’intercommunalité (ou l’inverse), au point que ce type de raisonnement peut justifier un vote « blanc » ou « nul ».

Il y a donc quelque chose de peu lisible mais aussi de malsain dans ce système qui éloigne le corps électoral de la démarche démocratique au point de justifier un « droit de retrait civique », ce qui n’en rend que plus salutaire de replacer au centre du débat la question de l’élection au suffrage universel des exécutifs intercommunaux.
Malheureusement, il n’y a pas de consensus sur le sujet, nombreux maires et tout particulièrement de communes rurales, via l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), craignant qu’une telle mesure donne une légitimité plus forte à ces exécutifs et n’enlève aux maires des petites communes les quelques prérogatives qu’ils détiennent encore.

Pourtant, ces exécutifs intercommunaux n’attendent pas de recevoir cette légitimité démocratique pour prendre des engagements importants dans le cadre des délégations de dépenses ou de dossier stratégiques pour le territoire. C’est la raison pour laquelle, et bien que fondateur de l’Association des Maires Ruraux du Nord, j’ai toujours fait part à l’AMRF de mon désaccord avec eux sur ce point.

L’impressionnante chute de la participation dans les communes rurales depuis trente ans est synonyme d’érosion de la vitalité démocratique pour reprendre les termes de Jérôme Fourquet et menace à terme la légitimité des maires élus avec une part de plus en plus infime des inscrits sur les listes électorales.

L’élection au suffrage universel des exécutifs des intercommunalités est devenue un enjeu majeur pour la démocratie locale.

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Grandeur et Misère de la morale en politique

1 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Dans sa Chronique du "Figaro" du 26 mars 2026, Luc Ferry s'appuie sur les " accords de la honte" conclus pour le second tour des élections municipales pour souligner le lien indéfectible entre morale et politique, celle-ci pouvant basculer à tout moment dans les profondeurs les plus nauséabondes si elle se coupe du socle des valeurs dites "non négociables" de l'universalisme humaniste, valeurs héritées de la rationalité rayonnante du XVIIIe siècle et incarnées selon lui par quelques évènements fondateurs comme la Déclaration d’Indépendance de l’Amérique de 1776  ou la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789.

Cette victoire de la rationalité, acquise plus souvent d’ailleurs par la violence que par le raisonnement, s’est prolongée par une volonté d'émancipation à vocation universelle dont nous devons aussi reconnaître qu'elle passa souvent par la maltraitance d’êtres humains en raison de la couleur de leur peau comme  le maintien de l’esclavage en Amérique après  l'indépendance (la démocratie grecque s’était déjà parfaitement accommodée de l’esclavage, rappelait Luc Ferry dans « Vaincre les peurs » chez Odile Jacob) , par la terreur jacobine de 1789 à 1794 à l’encontre des récalcitrants à la révolution, par le massacre génocidaire vendéen  entre 1793 et 1796, par la colonisation de territoires dont les peuples continuaient à être considérés comme inférieurs, à l’image de l’occupation par la France de l’Algérie à partir de 1830.

Il convient, à ce propos, de souligner le rôle positif de l'anthropologie par les ethnologues, révolution silencieuse et pacifique venue enrichir de façon décisive, par la démarche rationnelle, la connaissance des peuples autochtones et de leurs cultures, comme l'a compris et intégré l'Unesco dans ses programmes d’actions.

A cet égard,  la critique du relativisme reprise par Luc Ferry, bien que moins excessive que celle d’Alain Finkielkraut à l’encontre de Lévi-Strauss dans on ouvrage "La défaite de la pensée", reste une critique à mauvais escient dans la mesure où la découverte de la diversité des cultures sur la planète, intervenue malheureusement trop tardivement pour les indiens d’Amérique, permit un pas en avant décisif vers la compréhension du monde et la défense de ces peuples, valeurs elles aussi universelles et non négociables.

D’autres conquêtes sont venues ultérieurement s’ajouter à ces réussites, comme ce fut le cas en France contre la maltraitance longtemps légale à l’égard des femmes puisqu’elles durent attendre 1944 pour obtenir, au nom de la valeur de l’égalité, le droit de vote et plus tard encore l’égalité civique avec la notion d’autorité parentale et non plus du « chef de famille » dans le Code civil.

Mais, encore aujourd’hui, certaines des valeurs promues par ces grands textes ne sont pas respectées et l’on ne peut s’empêcher de penser à la distinction qu’opérait Michel Foucault entre la morale comme système de valeurs et l’éthique qui décline ce système de valeurs au niveau des actes.

A titre d’exemple, la liberté en France de refuser en toute lucidité une transfusion sanguine parce qu’un tel choix ne porte pas atteinte à l’intérêt général, relève d’une  valeur morale, en l’occurrence la liberté fondamentale du patient. Et pourtant, dans une ordonnance du 16 août 2002, le Conseil d'État a considéré que si « le droit pour le patient majeur de donner, lorsqu'il se trouve en état de l'exprimer, son consentement à un traitement médical revêt le caractère d'une liberté fondamentale », les médecins ne portent pas pour autant une atteinte grave et manifestement illégale à celle-ci  lorsque, au nom de leur éthique médicale,  « avoir tout mis en œuvre pour convaincre un patient d'accepter les soins indispensables, ils accomplissent, dans le but de tenter de le sauver, un acte indispensable à sa survie et proportionné à son état ».

En d’autres termes, l’éthique peut amener à faire l’inverse de ce que promeut la morale.

En ce sens, les accords sulfureux qui ont occupé le champ médiatique entre les deux tours des élections municipales, au-delà des arguments politiques censés s’appuyer sur des valeurs, ont révélé chez les cocontractants une absence totale d’éthique de l’action politique.

Les français qui, en majorité, ont désapprouvé ces accords du déshonneur ne s'y sont pas trompés : ils ont essentiellement mobilisé leur conscience morale, celle dont est doté tout être normalement constitué, pour peu qu'il ne l'ait pas perdue en politique, celle-ci faisant hélas rarement bon ménage avec celle-là.

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