Le droit de retrait civique, signal d'alerte dans le rural, après le faible taux de participation aux municipales
5 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain
La baisse de la participation électorale dans les communes rurales, enregistrée à l'occasion des récentes élections municipales, d’autant plus importante que la population est jeune, résulte de plusieurs facteurs, bien circonscrits dans étude pour la Fondation Jean Jaurès par le politologue Jérôme Fourquet, tels que la fin du panachage, le moindre ancrage des néo-ruraux, mais surtout la diminution du nombre de listes et la perte de proximité provoquée par la montée en puissance des communautés d’agglomération qui détiennent aujourd’hui l’essentiel des compétences et décident du quotidien des habitants.
Concernant la diminution du nombre de listes, la règle se confirme dans notre arrondissement avec toutefois une exception pour les villes : Fourmies, 44,95 % d’abstention avec 2 listes - Aulnoye, 45, 83 % d’abstention avec 3 listes – Maubeuge, 54,20 % d’abstention avec 4 listes ! mais l’absence dans ces villes de listes déclarées RN peut expliquer que les électeurs de ce parti , arrivant généralement en tête aux autres élections, aient préféré ne pas aller voter, alors que dans les villages, bien que néanmoins en hausse, l’abstention plus visible, puisque tout le monde ou presque se connait, se traduit peut-être par l’alternative du vote blanc ou nul (à étudier…).
Concernant la perte de proximité provoquée par la montée en puissance des communautés d’agglomération, elle remet au centre de l’actualité le débat sur l’élection au suffrage universel des exécutifs de ces intercommunalités, aujourd’hui élus au deuxième degré puisque les électrices et les électeurs votent, pour des représentants à l’intercommunalité (communauté de communes ou communauté d’agglomération), ces représentants élisant ensuite le Président et les vice-présidents qui vont constituer le Bureau.
Ce système amène donc les électrices et les électeurs à remettre aux élus municipaux qui siègeront dans les intercommunalités, le choix de voter pour ces prétendants à la Présidence et au Bureau, alors que durant la campagne électorale cette question ne pouvait être abordée puisque personne ne connait à ce stade la composition de la future intercommunalité.
Ils votent donc en faveur d'une liste pour la gestion de la commune et, à leur corps défendant, en même temps pour les candidats fléchés pour l’intercommunalité sans connaître la plupart du temps leurs intentions sur leur choix quant à la désignation du Président et des membres du Bureau.
Et puis, on peut après tout aussi considérer qu’un prétendant « fléché » peut rassembler toutes les qualités pour siéger au conseil municipal mais pas pour autant à l’intercommunalité (ou l’inverse), au point que ce type de raisonnement peut justifier un vote « blanc » ou « nul ».
Il y a donc quelque chose de peu lisible mais aussi de malsain dans ce système qui éloigne le corps électoral de la démarche démocratique au point de justifier un « droit de retrait civique », ce qui n’en rend que plus salutaire de replacer au centre du débat la question de l’élection au suffrage universel des exécutifs intercommunaux.
Malheureusement, il n’y a pas de consensus sur le sujet, nombreux maires et tout particulièrement de communes rurales, via l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), craignant qu’une telle mesure donne une légitimité plus forte à ces exécutifs et n’enlève aux maires des petites communes les quelques prérogatives qu’ils détiennent encore.
Pourtant, ces exécutifs intercommunaux n’attendent pas de recevoir cette légitimité démocratique pour prendre des engagements importants dans le cadre des délégations de dépenses ou de dossier stratégiques pour le territoire. C’est la raison pour laquelle, et bien que fondateur de l’Association des Maires Ruraux du Nord, j’ai toujours fait part à l’AMRF de mon désaccord avec eux sur ce point.
L’impressionnante chute de la participation dans les communes rurales depuis trente ans est synonyme d’érosion de la vitalité démocratique pour reprendre les termes de Jérôme Fourquet et menace à terme la légitimité des maires élus avec une part de plus en plus infime des inscrits sur les listes électorales.
L’élection au suffrage universel des exécutifs des intercommunalités est devenue un enjeu majeur pour la démocratie locale.
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