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Le blog de Jean-Marie Allain

La culture industrielle, enjeu de la bataille de l'emploi en Sambre

27 Avril 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Nombre de jeunes boudent localement les filières industrielles alors que des centaines d’emplois qualifiés et souvent bien payés restent non pourvus dans les industries sambriennes.

Ce paradoxe s’explique par une image de l’industrie qui souffre encore du poids dans l’imaginaire collectif sambrien de l’histoire du travail à l’usine et du désastre économique et social causé par la désindustrialisation, un mouvement suivi sur le plan spatial par l’éradication d’usines désaffectées.

Ainsi, alors qu’il est de plus en plus question de l’intérêt de l’histoire pour mieux comprendre le présent et réfléchir sur le futur, le Val de Sambre demeure sans aucun doute la partie de l’avesnois la plus orpheline.

Certes, il n’a manqué pas d’initiatives pour protéger et mettre en valeur des édifices de production de la période pré- industrielle (poterie de Ferrière-la-Petite, moulin de Marpent…) mais celle des cent cinquante glorieuses reste finalement timide au regard de son rôle déterminant dans le façonnage de notre paysage et sur les mentalités.

Pour quelles raisons une telle discrétion alors qu’en France la peinture, la littérature et la poésie ont su mettre en scène l’épopée industrielle et auraient de quoi assurer la fierté des habitants de notre région d’avoir été au cœur de cette vibrante aventure ?

Cette interrogation était sous-jacente à plusieurs tables rondes organisées à l’occasion de la récente journée « Industrie et Territoire : regards croisés en Sambre-Avesnois » organisée au « Pôle des Cultures Actuelles » à l’initiative de Nicolas Lambot, chargé de mission pour le tourisme industriel à l’Office de Tourisme en Avesnois, en partenariat avec l’Université polytechnique des Hauts de France.

La forte présence des friches et leur caractère récent, à l’inverse des anciennes manufactures de verre et de textile de notre arrondissement, explique sans aucun doute ce relatif retard de notre vallée dans la valorisation de son patrimoine industriel. A cela s’ajoute le fait que le caractère imposant de ces friches a nécessité, pour les traiter, de mobiliser des fonds européens, d’autant plus importants qu’ils étaient consacrés à leur éradication, le plus souvent en vue d’une requalification environnementale, bref une démarche qui ne s’embarrassait d’un regard sur l’esthétique industrielle.

Les bâtiments en friches ont ainsi été successivement et uniformément effacés le plus souvent du paysage et remplacés par des espaces verts, plus rarement reconvertis en équipements culturels (l’Espace Sculfort - La Luna à Maubeuge, le PCA et la Florentine à Aulnoye -Aymeries, la Gare numérique de Jeumont…). Quant aux reconversions à des fins  industrielles, elles sont dispersées, majoritairement d’initiative privée et parfois exemplaires comme celle du centre de tri de l’entreprise Flamme sur la friche Vallourec.

Face à ces différentes logiques, les adeptes de la mémoire industrielle n’ont eu pour seul repli que de sauver ce qui pouvait l’être : des objets, des archives, des témoignages.

Saluons à cet égard le travail réalisé avec des moyens dérisoires par l’équipe du « Museam » de Louvroil autour de Dominique Lanthier, désormais reconnu au registre des lieux à visiter dans l’avesnois.

Loin d’être des palliatifs, ces objets peuvent être des points d’appui dans une démarche visant à retrouver la fierté perdue du territoire.

Le contexte de limitation drastique de l’artificialisation des sols va certainement contribuer à renforcer l’intérêt stratégique des friches, souvent implantées dans le tissu urbain.

C’est une raison supplémentaire pour en finir avec le grand effacement et préserver, lorsqu’il existe, le bâti industriel d’intérêt patrimonial qu’il nous reste.

Cela nécessite de trouver une voie médiane entre l'éradication aveugle et le fétichisme romantique des ruines pour identifier parmi les bâtiments désaffectés, ceux qu’il convient de démolir, ceux qui doivent être protégés et valorisés pour leur critère architectural, et ceux qui sont susceptibles de réaffectation ou de reconversion.

Passer du grand effacement au tri sélectif en quelque sorte…

La prise de conscience grandissante de cet enjeu de la patrimonialisation de l’héritage industriel, ou ce qu’il en reste, peut nous aider à retrouver sur quelques sites rescapés les chemins de l’émerveillement et d’une fierté légitime. L’aménagement du giratoire sur la RD121 à Hautmont est un très bel exemple. Une analyse des giratoires reste à faire sur le secteur…

Bien entendu, le dispatching d’Usinor, le fameux répartiteur de minerais inscrit à l’inventaire du patrimoine culturel des Hauts de France et auquel les sambriens sont attachés, représente le bâtiment le plus emblématique du patrimoine industriel local et pourrait incarner le symbole de cette fierté retrouvée (cf photo du CAUE).

Cet édifice reste, à bien des égards, énigmatique, ne serait-ce que sur les raisons de son abandon durant soixante ans, si l’on excepte l’ouverture d’une boîte de nuit dans les années 90.

Il y a 50 ans déjà, l’Agence d’urbanisme avait avancé l'idée de s’y délocaliser. Mais le coût de ce type de reconversion se révèle, on s’en doute, toujours disproportionné : normes de sécurité, chauffage, accessibilité…

Ne convient-il pas, plus simplement, d’officialiser cette œuvre d’art industriel, insolite et grandiose, dans ce rôle de marqueur identitaire de la Sambre ?

Avec son allure intrigante de structure extra-terrestre, le "dispatching" est le plus puissant des totems intercommunaux potentiels en termes de marketing territorial.

L’édifice est situé en plein cœur de notre agglomération, au croisement d’un réseau routier parmi les plus fréquentés de l'arrondissement. Or, son statut délaissé ne renvoie pas une bonne image de la période industrielle, ni plus globalement de la vallée.

Même si l’on peut toujours rêver d’une petite scénographie, la force de son architecture se suffit à elle-même.

Le maintenir dans un état de propreté avec des abords entretenus, une signalétique, quelques places de stationnement et un panneau pédagogique suffirait déjà amplement et pour un coût dérisoire, en attendant des jours meilleurs, à renvoyer une image positive de l’industrie dans notre territoire.

Faire partager notre fierté de la culture industrielle, c’est la condition pour réconcilier une partie de la jeunesse avec elle et accroître nos chances de gagner localement la bataille de l'emploi.

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