Les kiosques à danser, patrimoine de l'avesnois
22 Juin 2026 , Rédigé par Jean-Marie Allain
Ce dernier week-end, un peu partout en Europe, mais surtout en France, la Fête de la musique a célébré la plus courte nuit de l’année.
En avesnois, c’est parfois l’occasion de mettre en valeur les quelques kiosques à danser dont ce territoire, riche en kiosques à musique, a la particularité.
La première fois que j’ai entendu cette expression de « kiosque à danser », c’était au début des années 80, dans la bouche du chef de la philharmonie de Maubeuge, Monsieur Jous, que j’était venu interviewer dans le cadre d’une recherche que je menais pour la Mission du Patrimoine ethnologique du Ministère de la Culture.
Intéressé par la beauté énigmatique des kiosques à musique, j’avais obtenu un crédit de recherche pour l’Agence d’urbanisme qui m’employait.
Monsieur JOUS a introduit son entretien en distinguant dans les kiosques à musique, les « kiosques de concert et les kiosques à danser ».
Ayant été interrogé la semaine dernière par une journaliste de France Télévisions sur le sujet spécifique des « kiosques à danser », je confirme qu’il n’en existe qu’en Avesnois.
Le kiosque à danser se présente commune une miniaturisation du kiosque de concert, de forme ronde, rectangulaire ou carrée et surélevée par un ou plusieurs pieds.
Outre cette différence dans la forme, il existe, selon moi, une différence sur le sens de cet objet. Alors que le kiosque de concert s’inscrit dans le vaste mouvement d’éducation musicale du peuple après la défaite de 1870, le kiosque à danser renouvelle davantage la tradition festive du « ménétrier juché sur un tonneau » pour reprendre l’expression que m’avait soufflée mon ami André Pierrard, écrivain de l’Avesnois, me permettant de rebondir sur le schéma « bourdieusien » en désignant dans la distinction entre le kiosque de concert et le kiosque à danser, une opposition dans la culture des goûts où s’opposent la musique et le musette, la réserve et l’excentricité, la solennité et la gaieté, l’esprit et le corps.
Au concert, c’est l’écoute qui prévaut sur la danse, l’esprit sur le corps.
De leur côté, les kiosques à danser sont d’abord des kiosques à « guincher » et apparaissent en ce sens comme la transgression d’une certaine bienséance académique.
Leur localisation est fort probablement liée au bassin industriel de la vallée de la Sambre dont le bassin de main- d’œuvre rayonnait sur l’ensemble de l’arrondissement, majoritairement rural.
Spécifiques à l’avesnois, ces « turqueries » ou « chinoiseries » comme j’aime à les appeler (l’émergence des kiosques remontant à la mode de l’orientalisme), sont parties intégrantes de notre patrimoine architectural.
En 1985, il en restait 22 en Avesnois et je proposais qu’ils fassent l’objet d’une protection particulière.
L’exposition itinérante réalisée à l’époque par l’Ecomusée de Fourmies sur l’initiative enthousiaste de Marc Goujard, son directeur, après la lecture de mon rapport, a fortement contribué à mettre en exergue ce « petit » patrimoine, petit par son emprise mais riche par son originalité et sa rareté, et finalement à le préserver.
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