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Le blog de Jean-Marie Allain
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1975-2010 : l'Adus, le sociologue et le territoire (1)

2 Juin 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #AGGLO INTERCOMMUNALITE

 

L’EMERGENCE DES AGENCES

 

La Loi d’Orientation foncière de 67 crée les Plans d’Occupation des Sols (POS) et les Schémas Directeurs d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU), des documents qui doivent être élaborés de manière concertée, en particulier entre le services de l’Etat et les élus locaux.

Ces derniers, dans la foulée de la grande contestation de mai 68, commencent justement à remettre en cause l’omnipotence de l’Etat dans les affaires communales et, dans la perspective de cette concertation, veulent se doter d’outils capables de faire contrepoids aux agents de la DDE.

C’est Hubert Dubedout, maire de Grenoble, emmenant la liste socialiste autogestionnaire qui, le premier, relève le défi et crée la première agence d’urbanisme.

L’Etat acceptera de participer financièrement au fonctionnement des agences, trop heureux de siéger ainsi dans les Conseils d’Administration pour s’offrir à peu de frais une veille sur le territoire et éviter que ces jeunes équipes pluridisciplinaires ne tombent trop sous l’influence du pouvoir politique local.

 

La genèse de L’AUBS et la Présidence de Jean JOUANNOT

 

L’Agence d’Urbanisme du Bassin de la Sambre (AUBS) est née dans ce contexte en 1975, sous l’impulsion du géographe Philippe Creach et de l’économiste Jean Gobron, transfuge de l’Agence de Reims et originaire de Rousies.

Ils réussiront à convaincre le docteur Pierre Forest, maire de Maubeuge et Président du Syndicat Intercommunal du Bassin de la Sambre.

L’Agence se donne pour Président Jean Jouannot, chef d’entreprise, socialiste et premier-adjoint au docteur Forest avec qui il collabore depuis 1947.

 

Elle est d’abord dirigée par M.Davant, ingénieur DDE.

L’équipe s’adjoint rapidement un architecte, Didier Garnaud.

 

Cette Agence d’Urbanisme du Bassin de la Sambre (AUBS), installée rue Roméo Frémy à Louvroil

(ancienne école maternelle), s’inscrit dans l’esprit de la loi d’Orientation Foncière de 1969.

 

C’est Jean JOUANNOT, premier - adjoint du Docteur Forest, qui  met sur les fonds baptismaux cet outil original, majoritairement géré par les élus désignés par le SIBS et que l’Etat accepte de financer compte - tenu de l’intérêt qu’il peut tirer de ses travaux dans le cadre de ses politiques publiques.

La DDE co-préside d’ailleurs l’agence quelque temps et, à l’image des autres agglomérations, souhaitait maintenir à la direction un ingénieur de cette administration.

C’était sans compter sur la pugnacité de Jean JOUANNOT qui réussit à réfuter cette option et nomme Jean Gobron, ancien ajusteur mais aussi économiste et sambrien.

 

C’est également Jean JOUANNOT qui me recrute sur un CDD d’un an à temps partiel pour animer une exposition itinérante sur les Plans d’Occupation des Sols.

Titulaire d’une maîtrise en ethno-sociologie, j’étais destiné à la filière recherche et l’un de mes professeurs lillois (Jean-René Tréanton) avait déjà tracé ma voie vers le Musée des Arts et Traditions Populaires.

J’ai toujours gardé cette «  fibre » et cette attirance pour l’ethnologie comme on le verra par la suite.

Cela étant, je découvre en lisant la Voix du Nord qu’une agence d’urbanisme vient de se créer dans le bassin de la Sambre et que la petite équipe est appelée à s’étoffer d’un sociologue.

Soucieux de saisir l’opportunité de rester sur mon territoire, j’envoie, en dépit de l’amertume de mon professeur, un courrier appuyé par un autre enseignant de sociologie (Gabriel Gosselin) et un an plus tard je suis embauché.

Avouant pourtant mon ignorance de l’urbanisme (c’est un paradoxe mais Lille 1 boudait à l’époque la sociologie urbaine), le directeur me rassure en me montrant les bouquins que j’aurais le temps de lire avant de partir faire le circuit des communes où je découvre le contact avec le public et avec les élus.

 

Au terme de l’exposition, Jean Gobron et son compère l’architecte Didier Garnaud me proposent de rester.

J’endosse le gilet du soldat qui fait ses classes, c’est-à-dire qui réalise des Plans d’Occupation des Sols (POS), sous l’égide de mon responsable géographe Philippe Creach.

C’est en effet une immersion dans le territoire extrêmement bénéfique.

Elaborer un POS, c’est apprendre à faire du terrain (connaître et sentir les lieux), c’est aussi rencontrer et dialoguer avec les élus, c’est encore faire des analyses statistiques et notamment des projections démographiques.

Au cours de ces premiers mois, je me familiarise avec la règle à calcul et les graphiques semi-logarithmiques.

Jean Gobron se fait un plaisir tendrement masochiste à me tendre des pièges pour mieux me préparer à partir au combat.

Je me souviens qu’un jour il m’a demandé d’estimer le nombre d’enfants de moins de 5 ans qu’il y aurait sur une commune cinq ans plus tard.

Le calcul était apparemment simple : il suffit d’appliquer aux tranches d’âge des femmes fécondables les taux de natalité respectifs des années précédentes et faire « glisser », c’est-=à-dire vieillir virtuellement ces mêmes femmes (déduction faite de la mortalité !) sur n + 5.

Mais Jean Gobron me fit remarquer que le recensement ayant lieu en février, le calcul du taux de natalité annuel était faussé si on le calculait à partir du le nombre d’enfants donné par le recensement car il manquait les naissances intervenues de mars à décembre.

Il fallait donc corriger les données en faisant « accoucher » virtuellement les femmes fécondables sur la période qu’il nous manquait.

Autre piège celui-là que de donner une progression démographique sur 7 ans et de demander le taux de progression annuel… sachant qu’on ne peut diviser par 7 puisqu’il existe chaque un effet cumulatif (comme pour les taux bancaires) exigeant là encore le recours à la règle à calcul.

Loin d’être des mesquineries méthodologiques, ces petites habitudes aident l’esprit à se construire dans la rigueur.

On devient ensuite plus prudent et on apprend à chercher les failles comme par exemple ces augmentations de population (réussite apparente) qui peuvent cacher une augmentation du nombre de logements vides ou ces diminutions de la part de logements insalubres uniquement liée au fait que le nombre de logements neufs a augmenté.

 

Didier Garnaud, l’architecte libertaire et épicurien de l’équipe, artiste à ses heures, m’apprend quant à lui à décoller des chiffres et des livres et à sentir les lieux.

Lors de notre première rencontre, il m’a promené dans la vallée avec son appareil photo et m’a révélé, moi dont la formation était plutôt basée sur les techniques d’entretien et donc sur l’écoute, combien il était aussi important de voir les lieux et les gens pour comprendre.

C’est Didier qui a le premier repéré la vieille poterie de Ferrière la Petite, en a dressé les plans et a amené là un potier, point de démarrage d’une aventure qui n’est pas terminée.

Lui-même avait acheté un tour de potier que je voyais chez lui lorsqu’il m’invitait à déguster avec un bon vin ses plats cuisinés avec des champignons de sa cueillette.

C’est lui qui me fera faire ma première maquette en polystyrène, celle de la zone C1 à Louvroil (aujourd’hui le Port d’argent) dans la perspective d’un futur quartier, toujours à l’ordre du jour.

 

Autant Didier avait l’ élégance dans le geste, autant Jean était un homme de la parole, doué d’une prolixité à vous faire tourner la tête et ce d’autant plus qu’un défaut de prononciation le rendait difficilement audible et qu’il fumait cigarette sur cigarette.

Un jour que nous revenions de Paris, nous montions Gare du Nord dans un compartiment où était assis Hervé Bazin. Je jubilais à l’idée de savoir que nous allions passer deux bonnes heures à côté de ce grand écrivain qui daignerait peut-être discuter avec nous.

Mais notre volubile directeur et sa fumée de cigarette eurent raison de notre illustre académicien qui décida probablement qu’il avait été déjà suffisamment martyrisé par sa marâtre « Folcoche » et changea de compartiment avant même le démarrage du train.

 

Entretemps, je me suis inscrit à l’Université de Paris Nanterre et j’obtiens en 1977, avec Henri Raymond, proche du philosophe marxiste Henri Lefebvre, un DEA de sociologie de l’Urbain.

 

Comme toutes les agences, l’AUBS est une équipe pluridisciplinaire (géographe, juriste, architecte, économiste, sociologue…) qui assure une fonction de veille et de conseil auprès des collectivités locales et de l’Etat.

 

Celui-ci garde d’ailleurs une forme de tutelle sur l’Agence, au point parfois de provoquer les fougues du Président Jouannot qui aujourd’hui peuvent apparaître comme les signes annonciateurs d’une future émancipation.

 

Philippe Creach sort un rapport prémonitoire qui fera date sur l’enclavement routier mettant en exergue le point faible de notre territoire.

 

Maurice Cauchies, le visionnaire

 

1974, c’est l’année du choc pétrolier…

Le Bassin de la Sambre est déjà entré dans la récession industrielle mais les logiques en œuvre dans les têtes et dans les documents restent des logiques de croissance.

Les élus impliqués dans la Commission Locale d’Aménagement et d’Urbanisme (CLAU)  que préside Pierre Briatte, maire d’Aulnoye, lisent nos rapports et font preuve d’une grande lucidité.

Le plus féru d’intercommunalité sera sans conteste Maurice Cauchies.

Cadre de la Fabrique de Fer de Maubeuge, premier adjoint de centre droit à Louvroil, il était aussi militant du Secrétariat Social, « le forum des chrétiens engagés », administrateur de l’Agence (et dont la présidence aurait pu le combler si son beau-frère, le socialiste Jean Jouannot, n’occupait pas déjà la place !).

D’un abord froid, mais profondément humaniste, c’était un passionné de l’aménagement du territoire et probablement le plus visionnaire que la Sambre ait connu. Dès 1971, il présidait la CLAU qui avait publié le Livre Blanc et devait s’atteler à l’élaboration du Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme avec les services de l’Etat.Il était convaincu dès 1975 que la Sambre devait s’ouvrir davantage sur la Belgique (ce que l’Etat ne voyait pas d’un bon oeil !) et qu’elle ne s’en sortirait pas si elle ne se dotait pas d’un District ou d’une Communauté Urbaine, degré le plus avancé de l’intégration intercommunale.

Maurice Cauchies, Pierre Forest et Jean Jouannot sont nos trois parrains en quelque sorte.


Le SDAU est achevé mais ne sera jamais approuvé par le SIBS en raison de l’opposition des communes de Rousies et Ferrière-la-grande au projet du contournement Est (c’est le point de départ de notre fameux retard routier).

 

L’agence apporte son appui technique et s’investit sur l’élaboration des POS de chaque commune du SIBS, tempérant tant bien que mal les ambitions de développement spatial de chacun d’elles au vu de ses projections démographiques.

 

Parallèlement, elle produit, des rapports sur l’urgence du désenclavement routier ou notre positionnement ferroviaire (Philippe Creach) et, sous la plume de Jean Gobron, des études prospectives sur les filières industrielles locales que des élus syndicalistes comme Maurice Lestrez, à Louvroil, lisent avec gourmandise.

 Je me positionnerai moi-même sur ce créneau des études après deux ans d’ancienneté et le besoin de découvrir d’autres missions en réalisant pour le compte de l’Etat  une étude sur les besoins en logements dans le Bassin.

 

Sur le plan opérationnel, l’AUBS assure la conception d’opérations d’aménagement :

-       La ZAC du 8 mai à Aulnoye à laquelle  je participe ponctuellement ,

-       Le Parc des Ruaults à Boussois qui sera mon premier dossier « opérationnel » sous l’égide du maire et ami Georges Woivre

-       La ZAC de la Joyeuse à Maubeuge.


Mais l’opération la plus marquante de cette période restera la création d’un observatoire des friches industrielles (350 hectares de friches) et la reconquête de la friche d’Usinor à Louvroil, inaugurée en 1981 par le Premier Ministre Pierre Mauroy et annonciatrice de la création d’un Etablissement Public Foncier dans la Région Nord-Pas-de-Calais.

C’est l’occasion pour moi de co-rédiger en novembre 1981 avec le directeur Jean Gobron, un premier article dans la prestigieuse revue « Urbanisme ».

 

La Présidence d’Umberto BATTIST

 

L’arrivée à Maubeuge de Pierre Bérégovoy va entraîner la première grande fracture sambrienne.

Pierre Forest vit mal le parachutage du secrétaire national de son propre parti, par ailleurs haut fonctionnaire à Gaz de France.

Le PS l’intronise néanmoins pour mener la bataille des municipales de 1977.

Sa liste d’union de la gauche (PS-PC-PSU) ne parviendra  pas à détrôner le maire de Maubeuge qui, sans état d’âme, et avec quelques fidèles comme Jean-Claude Decagny, s’est allié avec la droite pour garder la mairie.

Jean Jouannot, successeur potentiel de Pierre Forest, n’a pas davantage accepté l’arrivée de Pierre Bérégovoy mais n’a pas pour autant rejoint la liste de droite. Il s’efface dans le silence mais dans la grandeur.

Umberto Battist (ancien responsable local et rocardien du PSU,  qui avait rejoint le PS en 1974 avec les amis de Michel Rocard), élu de Ferrière-la-Petite en 1977, succède dans le même temps à Jean Jouannot à la Présidence de l’Agence, au moment où celle-ci doit faire imaginer des réponses pour faire face à la profonde mutation des espaces économiques et devient le Président de la Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme, la FNAU.

Jean-Claude Fontenelle, le maire communiste  de Recquignies, devient président du SIBS et instaure le 1% transport.

Philippe Creach est chargé de monter la SEMITIB, socle de STIBUS dont il occupera le premier poste de directeur, me laissant la charge des POS à l’Agence.

 

 

Aux législatives de 1978, P Bérégovoy n’a pas su convaincre les leaders locaux (Umberto Battist ou Alain Carpentier) d’être candidat suppléant pour conforter sa candidature et ne sera pas en mesure d’inquiéter sur son fief le député communiste Albert Maton.

Le double échec de Bérégovoy sonne le glas de toutes ses espérances d’obtenir localement une légitimité par le suffrage universel.

Meurtri par ce rejet des sambriens, P.Bérégovoy connaîtra le succès tant attendu six ans plus tard à Nevers.


U.BATTIST va, dans la lignée de Jean JOUANNOT, fortement marquer l’outil de sa présence et de son dynamisme durant ses différents mandats :

-       Elu député en juillet 1981, au moment de la vague rose (jusqu’en 1986)

-       Réélu maire à Ferrière-la-Petite en 1983,

-       Elu maire de Jeumont en 1989

-       De nouveau député de 1988 à 1993.

 

L’Agence, qui déménage rue Robert Majoie à Louvroil avant de s’installer dans les anciens bureaux de l’usine du Tilleul , rue d’Hautmont (aujourd’hui intégrés au lycée Lurçat) s’implique fortement dans la création de la SEMITIB (transports en commun), développe ses compétences en matière d’observation, crée un observatoire foncier, se positionne sur une multitude d’études tant pour les collectivités locales que pour l’Etat, ou des partenaires tels que les bailleurs sociaux, les centres sociaux et même un Comité d’Entreprise, celui de Jeumont-Schneider…

 

Umberto BATTIST succède à André ROSSINOT à la Présidence de la Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme, au sein de laquelle il ne manquait pas de souligner la spécificité des territoires qui opéraient leur mutation économique, celle-ci s’accompagnant d’une mutation culturelle et spatiale.

Sur le plan économique, le titre d’un petit fascicule publié par l’AUBS («la spirale du déclin ») en dit long sur le paysage local.

 

La sauvegarde des kiosques à musique

 

En avril 1980, je lance un appel dans la Voix du Nord pour sauver les kiosques musique et réalise l’inventaire dans notre arrondissement.

Contre toute attente, cet appel va susciter une vague de sympathie et de redécouverte de ce petit patrimoine au point que je déposerai, quelques années plus tard (1985) un projet de recherche auprès de la Mission du Patrimoine Ethnologique du Ministère de la Culture et que j’obtiendrai les crédits nécessaires pour travailler sur le sujet intitulé « Patrimoine Ethnologique, espace musical et symbolique urbaine ».

Membre du Conseil scientifique de l’Ecomusée de Fourmies-Trélon, j’y présente les résultats de la recherche.

Elle est vivement accueillie par mon ami Marc Goujard, directeur de l’Ecomusée, qui me confie alors la conception d’une exposition itinérante et du catalogue de présentation.

Le succès est immédiat et pérenne, l’exposition étant même sollicitée jusque dans la région parisienne (Le Vésinet).

Les conférences qui suivront seront innombrables et ne sont d’ailleurs pas terminées.

Le kiosque est aujourd’hui un objet pratiquement sacralisé, certaines communes ayant même choisi d’en reconstruire (Assevent).

 

La découverte des gens du voyage

 

Courant 1981, le SIBS nous demande de réfléchir à la question de l’accueil des gens du voyage.

J’entreprends alors une plongée dans les études sur le sujet, via une visite au Centre de Recherche Tzigane créé par le sociologue Jean-Pierre Liégeois, l’interlocuteur incontournable sur la question.

Accompagné de ma collègue Claire-Marie Curé, je rends visite à des groupes de nomades qui transitent en Val de Sambre : gitans, manouches, roms, sinti, yéniches…le monde des gens du voyage me fascine et la note que je rédige en avril 1982 reçoit un accueil excellent de Jean-Pierre Liégeois qui m’invite à présenter mon travail devant une promotion des élèves  de L’ENA où il anime un séminaire.

Il faudra néanmoins attendre que l’Etat légifère avec la loi Besson de 1990 pour qu’on passe de la théorie à la pratique.

 

L’observation participante à l’Epinette

 

A la demande Promocil, mon collègue Hachemi Medjeni et moi-même sommes chargés d’étudier le quartier des Rois de France sur lequel le bailleur a repéré quelques indices de faiblesse.

Nous fixons comme condition au contrat la mise à disposition d’un appartement au rez-de-chaussée du Charlemagne, déjà désaffecté par une partie de ses locataires.

Durant plusieurs mois, nous mènerons plus d’une centaine d’entretiens auprès des ménages du quartier et proposerons au bailleur une série de mesures, tant sur le plan technique que social.

 

Le virage informatique

 

Dès 1982, sur l’impulsion d’un étudiant en informatique, Christophe Dewulder, avec mon collègue Hachemi Medjeni, nous découvrons l’analyse des données (principalement analyse des correspondances et analyse en composantes principales), et grâce à un logiciel conçu par notre étudiant stagiaire, appliquons ces analyses à l’inconfort du patrimoine bâti.

Ce virage va nous permettre de recourir ponctuellement à ce puissant outil d’analyse que la plupart des agences sous-traitent aux bureaux d’études privés ou aux universités.

 

Le festival Sambre-Hainaut (et  la rencontre avec Didier Fusillier)

 

Courant 84, nous recevons à l’Agence les représentants syndicaux du Comité d’Etablissement de Jeumont-Schneider, Alain Stocker et Noël Noiret.

La révolution polonaise est passée par-là, aboutissant à la scission de la CGT et à l’apparition d’un nouveau syndicat : la CGT-DI (démocratique et Indépendante), majoritaire au CE.

L’idée de nos deux militants est de vouloir investir des fonds du CE dans un projet culturel local, sur les bâtiments de la friche Théophile Haut.

Nous partons au Ministère de la Culture rencontrer Pierre Belleville, sociologue de la culture ouvrière et chargé de mission du Ministre de la Culture Jack Lang sur la culture dans l’entreprise.

L’idée séduit et me voilà de retour avec une étude de faisabilité à mener.

Enquête dans l’entreprise et dans le mouvement associatif local.

Je rends l’étude axée sur le projet d’un Centre Culturel transfrontalier faisant cohabiter la culture académique et la culture populaire, en proposant, dans la conclusion, de tester le bâtiment au travers d’un festival.

Pour ce faire, nos deux syndicalistes nous conseillent de recruter pour deux mois un jeune maubeugeois qui n’est autre que Didier Fusillier.

Avec Didier, et après avoir négocié auprès de la direction de JS, le prêt du bâtiment (3 travées vides sur les 4) nous préparons le festival Sambre-Hainaut du 14 au 23 septembre.

Une radio locale et 800 gradins sont installés dans la friche qui verra passer une diversités d’artistes et de groupes (Castelhémis, Braise Cendar avec Guy Marseguerra, Katraz,Les Forbans, Jean Vallée, Annie Cordy), de spectacles (marionnettes, musique classique, harmonies, moto cross, Gudule et Gédéon, l’humoriste Marc Herman, le cirque du trottoir, le Collectif Théatral du Hainaut, des séances de cinéma, du jeu de paume etc…  etc…), sans oublier les 52 saxophonistes d’Urban Sax qui investiront l’église comble et rejoindront le site de Théophile Haut perché sur des godets de grue et lançant des fumigènes.

Chaque nuit, nous rédigions un journal du festival, imprimé par M Roué et distribué dans les commerces du secteur le lendemain matin.

Le Festival signait en quelque sorte la mort de la fameuse Kermesse de la Bière et confortait Didier Fusillier dans sa mutation du théâtre conventionnel à la mise en scène du théâtre urbain avec la création, l’année suivante, des Inattendus à Maubeuge.

Quant au projet de Centre Culturel transfrontalier, attaqué par la CGT « orthodoxe » (pour qui la culture ne créait pas d’emplois) et soumis par la CGT-DI à un référendum au sein de l’entreprise, il fut abandonné, malgré les crédits que le Ministère de la Culture avait réservés pour le projet.

Quelques années plus tard, en 1994, alors que la Fédération Nationale des Agences tient sa Rencontre annuelle à Lille sur le thème « urbanisme, culture et cohésion sociale », j’aurais le plaisir d’animer un atelier sur «  la ville décor » et d’inviter Didier Fusillier parmi les témoins et représentants d’ évènements culturels urbains comme Martial Gabillard, premier-adjoint de Rennes, pour « les tombées de la nuit ».

C’est à cette époque que l’Agence monte en temps record (deux semaines) les dossiers de candidature Développement Social des Quartiers (DSQ) des villes de Maubeuge (Marie-Paule Mathieu) et Hautmont (moi-même), parvenant à obtenir pour cette dernière ville que la totalité du périmètre communal, au vu de ses indicateurs, soit classée en DSQ.

C’est l’Agence qui organise le recrutement et accueille durant plusieurs mois l’équipe DSQ de Maubeuge, dirigée par Daniel DAZY tandis que la rupture entre la ville d’Hautmont et le SIBS signifie la fin de notre intervention sur cette commune par décision de son maire.

 

La reconquête de la rivière Sambre

 

En 1983, je reçois un étudiant en architecture de Paris-Belleville, Dominique Maison, qui souhaite faire un mémoire sur la friche de Titan-Coder.

L’échange de vues fait vite ressortir que derrière cette thématique ciblée se pose plus globalement la question de la reconquête du fond de vallée.

Avec l’accord de Dominique Maison je dépose, au titre de l’AUBS, une réponse dans le cadre d’un appel à projets du Ministère sur les territoires en reconversion.

Notre projet développe l’idée que la mutation de notre territoire passera aussi par une requalification de la rivière, colonne vertébrale de notre vallée mais qu’il convient préalablement de changer les représentations collectives, véritable obstacle culturel au changement.

Je prends dans le même temps l’engagement auprès de Dominique Maison de répartir les éventuelles subventions à égalité entre son lui-même (via son Atelier de la Voûte) et l’Agence.

Contre toute attente, notre sujet va susciter l’enthousiasme du jury qui nous octroie en juin 1984 des crédits pour « expérimenter » une nouvelle démarche, d’autres partenaires (Conseil Régional, Ministère de l’Environnement et même Voies Navigables) amenant des financements complémentaires.

C’est l’euphorie et le début d’une aventure qui marquera incontestablement ma vie professionnelle.

C’est Isabelle BILLARD, haut fonctionnaire du Ministère de l’Equipement, qui est chargée se suivre ce dossier.

Dominique réalise un gros travail de recherche dans les archives à Lille (nous apprenant au passage les premiers travaux de navigabilité réalisés par les moines et le projet avorté de Napoléon de relier la Sambre à L’Escaut) et rédige un long rapport sur une organisation urbaine dont l’une des spécificités est de « tourner le dos » à la rivière.

De mon côté, je réalise une enquête auprès des élus (par questionnaire) et de la population (par téléphone) pour mieux connaître les différentes représentations de la voie d’eau, une enquête dans laquelle se partagent, pour ne pas dire s’opposent, ceux qui, encore majoritaires, voient dans la rivière un support de développement économique et ceux qui l’imaginent comme un vecteur potentiel pour les loisirs et l’amélioration du cadre de vie.

Progressivement nous allons, c’est le cas de le dire, plonger dans l’univers des Voies Navigables, comprendre que la Sambre n’est ni un canal, ni une rivière mais une rivière canalisée avec ce que cela sous-tend de réglementation spécifique lié au domaine public fluvial mais aussi d’aléatoire et de risques.

Nous saisissons que tout le charme de ce cours d’eau,, c’est d’abord qu’il reste une rivière et qu’il garde un gabarit modeste (dit Freycinet du nom de l’ingénieur qui a conçu le système d’écluses), lui donnant cette allure bucolique, champêtre et parfois sauvage que les promeneurs apprécient.

Les canaux à grand gabarit, ici, on les appellera désormais « les autoroutes fluviales ».

Et on dira aussi que la Sambre est à ces canaux ce qu’un chemin de randonnée est à une autoroute.

Pierre Henry, journaliste local de la Voix du Nord, nous apprend que l’écrivain anglais Robert-Louis Stevenson a fait un voyage en canoë sur la Sambre et qu’il en fait le récit dans son ouvrage « un voyage sur le continent » (1878), ouvrage dont la lecture nous conforte dans le bien-fondé de notre projet, malgré une certaine indifférence des élus à ce stade de la démarche.

Un an s’écoule, fait de recherche insolite, d’enquêtes diverses, de productions écrites multiples, de cartographies surprenantes.

Le 27 juillet 1984, j’ai l’honneur de présider le jury de travail personnel de Dominique Maison.

 

Ce projet de « coulée verte » fait l’objet d’une restitution au travers d’une superbe exposition sur une péniche Freycinet, couplée avec une série de promenades sur une « péniche sabot » hollandaise proposées aux scolaires.

Les deux bateaux ont été loués à l’association « la Batellerie Buissonnière », basée à Conflans Ste Honorine.

A chaque ville étape, nous organisons une animation spécifique : lâchers de pigeons, majorettes, fanfare, arrivée aux flambeaux etc.. ;

L’opération rencontre un énorme succès… à tel point qu’une poignée d’élus emmenés par Georges Woivre, maire de Boussois, exprime leur souhait de garder la péniche expo qui est à vendre.

Nous faisons expertiser la péniche pour en conclure que cet achat ne serait pas opportun.

Ce constat intervient alors qu’un propriétaire d’un bateau mouche de Bouchain (Jacques Martin), étonné du mouvement qui est en train de se produire, nous propose d’amener pour l’été son bateau (le Jaman IV) dans le cadre d’une convention avec les communes intéressées.

Ainsi est créé le Club Samara.

En signant la convention, chaque commune s’engage à programmer au moins une sortie et à payer 50 % tout de suite.

Cette technique permet à M Martin de déplacer son bateau en ayant la certitude de ne pas perdre d’argent.

L’opération se déroule correctement avec les communes.

Malheureusement, M.Martin propose des voyages d’une journée avec traiteur et boissons à volonté…., un produit coûteux, inadapté à la clientèle locale.

Pour en lui en faire prendre conscience, Marie-Paule Mathieu, alors directrice de l’agence, et moi-même lui demandons en prêt le bateau (et son capitaine) , lors d’un dimanche des Inattendus, pour organiser, à un prix modique, des promenades de 30 à 40 minutes au départ du pont du moulin.

Table de camping et parasol installés à même le trottoir formeront la billetterie.

Et c’est un succès indiscutable.

Le bateau ne désemplira pas de la journée.
Malgré cette tentative, la gestion restera très ciblée sur une clientèle argentée et contraindra le Jaman IV à repartir sur l’Escaut.

 

En 1985, je mobilise l’association APAD de Sous-le-Bois (dirigée par Dominique Delcroix)pour mettre en place un chantier de « travaux d’utilité collective » (les TUC), avec une aide de l’Agence de l’Eau pour l’achat de matériel.

Une équipe de jeunes part en formation au moulin de Lucy sur les bords de l’Oise avant de défricher plusieurs séquences de berges.

Ce sera la première intervention physique de reconquête de la rivière.

 

Pendant ce temps, nous travaillons à l’élaboration d’un contrat de rivière pour le SIBS, présidé par le maire d’Assevent Michel LOGIACO suite au décès de JC FONTENELLE et sous l’égide de M.Pierre Deboosère, adjoint de Berlaimont et Président de la toute nouvelle Commission Voie d’Eau.

Nous participons même à la mise en œuvre de plusieurs actions de ce même contrat.

Je pense notamment à la conception de 12 valises pédagogiques et à la réalisation d’une étude de faisabilité pour l’acquisition d’un bateau à passagers.

Mais le volet le plus conséquent du Contrat concerne la qualité de l’Eau et la remise en état des berges.

La qualité de l’eau fait l’objet d’une convention spécifique entre l’Agence de l’Eau et le SIBS.

Quant aux berges, après une première enveloppe obtenue de  la DATAR en 1986 (suite au rapport de M Malfois, chargé de mission pôle de conversion) pour stabiliser les séquences les plus menacées, le contrat va permettre de mobiliser 70 millions de francs dont 70 % au titre de l’Europe (fonds Feder).

 

La même année, Anne Querrien, directrice des Annales de la Recherche Urbaine, me sollicite pour rédiger un article dans le numéro consacré l’eau dans la ville.

C’est le début d’une série de conférences ou d’interventions dans toute la France : Paris (Ecole Nationale des Ponts et Chaussées), Poitiers, Strasbourg, Montpellier, Nantes, émission sur France Culture, Table-Ronde franco-allemande en 1991 sous l’égide du CNRS etc…

 

En septembre 1995, nous organiserons à Maubeuge un séminaire «  la Sambre, une rivière à vivre » pour faire le bilan de notre projet.

Seule la question du bateau à passagers n’est pas résolue.

J’entends m’y atteler et réalise l’étude de faisabilité dont la conclusion m’amène à prospecter d’abord auprès de Stibus (que décline cette option), ensuite auprès d’opérateurs privés susceptibles d’être intéressés : transporteurs, traiteurs, agents de voyage.

J’ai la chance de trouver deux opérateurs dynamiques et reconnus pour leur professionnalisme : M Michel Huré, traiteur et M.Jean Debuck, voyagiste.

Ils sont d’accord pour acheter un bateau mais à condition que je ne les laisse pas seuls et que je m’implique avec eux dans le projet.

Nous créons la société « Sambre-Evasion », une SARL dans laquelle, pour des raisons déontologiques, je ne prendrai qu’une part symbolique.

Je me charge du dossier de demande de subvention auprès de l’Europe qui accorde 50 % sur un total estimé à un million de francs.

Puis, nous partons à la recherche d’un bateau compatible avec les exigences de notre rivière : insubmersibilité, pouvoir passer sous les ponts et faire facilement demi-tour.

Après plusieurs déplacements infructueux (Belgique, Luxembourg, Allemagne), un bateau est finalement trouvé sur le canal St Martin et acheté 120 000 euros via une subvention européenne (50 %) et un prêt bancaire.

Il s’agit du Gavroche sur lequel il m’arrivera de temps en temps de faire le guide pour présenter la rivière et ses abords.

La gestion du Gavroche restera toujours problématique.

Mes acolytes ont fait le choix de recruter en début de saison un batelier et son épouse, c’est-à-dire de verser deux salaires… même quand le bateau reste à quai.

Ce poids des charges fixes va plomber le budget d’exploitation que les efforts de l’agglomération, au travers du financement, des classes d’eau, ne parviennent pas à équilibrer.

 

L’aventure d’Habitat Pour Tous

 

En 1989, Dominique Delcroix, devenu directeur du Centre social de Ferrière-la-Grande, et confronté à la question des impayés de plusieurs de familles, me demande pour mettre en place un fonds d’aide aux impayés de loyer.

J’explique à Dominique qu’il me paraît plus important de se poser la question de l’offre adaptée, notamment sur le plan énergétique, plutôt que de renflouer des bailleurs privés qui louent des logements passoires.

L’idée de créer une association germe et nous partons à Nancy avec des élus du CCAS de Ferrière-la Grande, notamment Annie Dorchies et Jacques Deprez, pour faire connaissance avec l’UGILOR (Unité de Gestion Immobilière Lorraine), une association qui se fait mandater par des locataires à faibles ressources pour déposer en leur nom auprès de l’ANAH des demandes de subvention pour travaux.

Dans la foulée nous créons l’UGIF, l’Unité de Gestion Immobilière Ferriéroise que présidera Jacques Deprez (l’Agence en est membre) et nous constatons que des familles vivent des caves ou des réduits infâmes.

Je fais venir sur place un haut fonctionnaire du Ministère de l’Equipement qui, le lendemain même de sa visite, nous octroie une subvention pour recruter un agent et une enveloppe pour financer 10 logements.

Françoise AMANT est recrutée à mi-temps pour accompagner les familles tandis que nous nous tournons vers Promocil qui achètera, sur la base de notre prospection, 10 logements anciens pour reloger les familles.

Au lendemain du vote de la loi Besson en mai 1990, nous passerons le premier bail à réhabilitation en France (avenue Clemenceau), nous engageant à faire les travaux et à gérer le logement pendant douze ans en contrepartie d’un loyer symbolique reversé au propriétaire).

L’UGIF conçoit également,  « la ruche résidentielle », réalisée par Promocil dans une demeure rue de la République (maison dite «  cul de bouteilles ») composée d’une dizaine de petits logements pour les jeunes et de deux salle à usage collectif, financée par la Fondation de France et la CAF.

Mais le coût de fonctionnement de ces deux salles contraindra l’UGIF à céder la gestion de cette opération au CAL-PACT.

 

Entretemps, Dominique Delcroix est élu en 1989 adjoint au logement du maire de Maubeuge, Alain Carpentier et me sollicite l’année suivante pour dupliquer l’UGIF sur cette commune.

Craignant une multiplication des structures, je propose de profiter de l’opportunité de la loi Besson (votée en mai 1990) pour créer un collectif à l’échelle de l’arrondissement afin de mettre en oeuvre le droit au logement des plus défavorisés.

Je rends visite à Claude CHIGOT, directeur de Logement Pour Tous à Paris et futur délégué de la Fondation Abbé Pierre, puis de la FAPIL (Fédération des Associations pour l’Insertion par le Logement) où il succèdera au chercheur René Ballain avant de me proposer en 2001 de prendre la relève (mon élection au poste de maire rendait impossible cet investissement).

L’Agence porte sur les fonds baptismaux ce nouvel outil dans lequel on retrouve notamment l’ACID, la Mission Locale, l’UDAF, St Vincent de Paul, Entraide et Accueil et Promotion présidé par Maurice CAUCHIES.

Cette association, initialement présidée par Dominique Delcroix, débutera avec des moyens dérisoires : un demi-poste financé par la Caisse des dépôts et le FAS pour la prospection de baux à réhabilitation.

Le demi-poste est basé à l’Agence qui assure en même temps la comptabilité de l’association dans le cadre d’une convention.

La situation du parc privé ancien va permettre à Habitat Pour Tous de se développer sous la présidence de Mme Hourbette, au rythme de 10 logements par an, de gérer la résidence Jacques Deprez dans le Parc du Tilleul, de louer un local à Sous – le - Bois (avant d’aller rue Jean Jaures) et d’acheter, avec l’aide de l’Etat et de la Fondation Abbé Pierre, un site d’un hectare comportant l’ancien centre de célibataires cheminots de Bachant qui deviendra au fil des ans (sous ma présidence), et avec l’aide du SIBS pour certains travaux, une plate-forme doté d’un foyer de 20 places, de quatre logements familiaux CHRS (neufs), de bureaux et de plusieurs salles multi-activités, le tout encadré et animé par une vingtaine de salariés.

 

Une production d’enquêtes et de rapports d’études

 

Pendant ce temps, je publie différents rapports :

- Un Bilan Diagnostic des Populations Défavorisées

- Une étude sur l’habitat des années 54-75 sous l’égide de Pierre Calame (ancien ingénieur de l’Equipement à la DDE de Valenciennes promu au Ministère avant de rejoindre la Fondation Pour le Progrès de l’Homme), qui anime un réseau d’agences sur ce thème

- Une enquête sur les besoins de santé des jeunes pour le Forum de la santé

- De nombreuses enquêtes pour le Centre socio-culturel de l’Epinette (dirigé par Christian Mathieu) ou celui de Ferrière-la-Grande (dirigé par Dominique Delcroix)

 

L’immersion dans les problématiques de peuplement et d’intégration

 

C’est probablement Promocil qui a permis à l’Agence d’acquérir une reconnaissance sur le sujet de l’intégration.

En 1989, ce bailleur social, par la voix de son directeur Joël Varlet, nous exprime ses questionnements prémonitoires sur l’accroissement surprenant des demandes émanant de familles étrangères, sur les processus de localisation résidentielle et enfin la qualité des relations interculturelles au sein de ses immeubles.

Avec mon collègue Hachemi Medjeni, nous engageons un travail colossal (enquête statistique mais aussi sur le terrain par questionnaires et par entretiens) pour comprendre et préconiser des modes de faire à ce commanditaire.

Trois gros rapports sont publiés et rencontrent un vif intérêt.

Un cadre de la Caisse des Dépôts passe à l’Agence me confier qu’il a rarement lu des choses aussi intéressantes sur le sujet.

C’est l’étude de l’Agence qui sera le plus vendue, des exemplaires partant même à l’étranger (via le Centre d’Exportation du Livre Français).

Les thèses avancées à l’époque restent d’actualité plusieurs années plus tard, si j’en crois l’invitation faite en 1998 par l’Université de Besançon (cf « Ville et immigration » / Revue sur l’Espace humain et Urbain aux Presses universitaires franc-comtoises).

Un peu plus tard, les émeutes de Vaux-en-Velin mettent la question du peuplement (et les sociologues) au cœur de l’actualité.

Je rédige une note faisant état des différentes thèses sur le sujet que j’envoie à la Délégation Interministérielle à la Ville tout en participant activement au club de la FNAU.

Ces écrits me valent l’honneur d’être considéré dans l’ouvrage de Pierre Lassave « les sociologues et la recherche urbaine dans la France contemporaine » (Presses universitaires du Mirail) comme l’un des protagonistes (avec F Dubet, D Béhar, De Rudder, MC Jaillet, D.Lapeyronnie et H.Vieilllard-Baron d’une  «  nouvelle vague » de chercheurs en train de s’affirmer ! (page 98).

 

Très active sur son territoire, l’Agence l’est également en dehors.

Elle est sollicitée en 1989 par le délégué régional du Fonds d’Action Sociale pour les migrants, Michel DAVID, pour expérimenter le schéma local d’intégration (1990-1993), document circonscrit à la problématique de l’insertion des publics issus de l’immigration mais précurseur, dans son esprit, des futurs contrats de ville.

Ce schéma va se décliner en différentes actions telles que les séminaires de rencontre entre police et jeunes issus de l’immigration (confiés à Espace Intégration) ou le festival du film méditerranéen (confié à notre collègue d’alors Olivier Conan).

Le succès de cette opération amènera la contractualisation pluriannuelle d’une mission appelée « mission ADIL (Agir pour le Développement de l’Ingénierie Locale)  consistant à appuyer les équipes locales chargées d’élaborer ces schémas, dans le cadre de leur généralisation à l’échelle régionale et à évaluer ensuite les politiques locales d’intégration, avant de participer à la co-rédaction d’un rapport pour M.Hubert Prévot, le Secrétaire Général à l’Intégration auprès du premier ministre, Michel Rocard.

C’est une période de grand bouillonnement intellectuel, avec la complicité et l’intelligence de Michel David qui me permet d’animer chaque mois un séminaire à Lille réunissant les acteurs locaux de l’intégration.

 

La réflexion sur les personnes âgées

 

Mon oncle Albert Cauchies, élu adjoint de Michel Dorchies à Ferrière-la-Grande,

est un militant chevronné de la cause gérontologique et aborde le sujet en jour en croisant notre président Umberto Battist.

Celui-ci, passant à l’Agence, me glisse la suggestion « sujet intéressant, tu devrais y réfléchir »…

Quelques semaines plus tard, la revue «  Le Moniteur du Bâtiment » relaie un appel à projets de recherche du Ministère de l’Equipement sur l’anthropologie de l’habitat.

Je réponds sur le thème de l’habitat des personnes âgées dépendantes.

Le projet séduit le jury et il est retenu par la Direction de la Construction qui m’octroie un crédit de recherche pour faire un bilan analytique des politiques d’accueil et me demande d’aller faire un tour dans quelques pays européens.

Le crédit de recherche (23000 euros) ne permettant pas un tel voyage, je choisis de m’inscrire pour un colloque sur cette thématique à Malmö (Suède), opportunité pour découvrir une diversité d’expériences.

Je sympathise à cette occasion avec la directrice de l’Institut d’Urbanisme de Sofia qui, surveillée par sa délégation, attendra d’être rentrée dans sa chambre d’hôtel pour m’inviter au restaurant et me parler de son père, passé comme bien d’autres par les geôles staliniennes.

Mon rapport s’intitule « Des maisons de vieux aux maisons de vie » (1987) et  dresse le bilan peu glorieux d’une politique qui, en France, contrairement aux pays anglo-saxons, a privilégié ce que Ivan Illich appelait la médicalisation à outrance et les unités surdimensionnées et impersonnelles, au point de pouvoir parler, pour certaines maisons de retraite, de « totale institution » au sens où en parlait Erving Goffmann lorsqu’il décrivait les pensionnats, les orphelinats, les casernes ou encore les internats.

Je tente d’expliquer cette particularité non pas par des blocages techniques (la preuve étant que les petites structures existent, y compris en France mais à la marge et dans le privé) mais par des blocages culturels issus du processus de fabrication de la commande.

Mon ancien collègue Didier Garnaud, installé comme architecte dans la pointe du Finistère, me paie le billet d’avion pour présenter ce travail aux membres de son Syndicat de l’architecture de Bretagne.

A la suite de ce rapport, communiqué aux élus, Mme Paulette Voloir, sage-femme originaire de Ferrière-la-Grande et fondatrice en Seine-Maritime de plusieurs structures d’hébergement social, tente d’impulser avec l’équipe de Michel Dorchies, la création d’une petite MAPAD.

J’obtiens, pour les accompagner dans ce projet porté par l’Office Départemental d’HLM du Nord, un financement de la Direction de la Construction pour «  tester » une méthode d’élaboration de projet que vient de mettre au point le sociologue Michel CONAN, le responsable de l’équipe sciences humaines du CSTB : la méthode de programmation générative.

Sous une littérature foisonnante, sa méthode se veut participative, ciblée et progressive.

L’idée du projet est d’abord «  découpée » en strates d’espaces allant de l’espace public alentours à l’espace privé du logement ou de la chambre.

Pour chaque type d’espace, l’animateur met en place un petit groupe de travail composé de personnes ayant une légitimité à participer : un facteur et un chauffeur de bus par exemple pour l’espace public, une infirmière et une auxiliaire de vie pour l’espace privé, un cuisinier pour l’espace technique de la cuisine collective si elle est prévue.

Dans chaque groupe, l’animateur prend bien entendu la précaution d’intégrer une ou plusieurs personnes âgées, avec des degrés divers de dépendance physique.

Le projet de MAPAD, compte - tenu de son prix de journée élevé, ne recevra jamais l’avis favorable du CRIMS, indispensable en pareil cas.

Ferrière devra attendre plusieurs années pour finalement voir s’ouvrir (2008) un EHPAD privé sur sa commune.

La méthode de programmation générative sera ensuite déclinée dans le programme expérimental Sepia qui compte une vingtaine de projets dont l’un à Valenciennes (bd Milhomme) et que le Ministère me demande de suivre sur le plan méthodologique.

C’est l’occasion de travailler avec la SLE (Société de Lille et Environs) et l’architecte bruxellois Lucien Kroll dont la renommée n’est plus à faire.

Cette opération originale ne pourra aboutir en raison d’un problème juridique qui se terminera par un procès entre le notaire et la SLE, en faveur de cette dernière.

Lucien Kroll retracera la démarche (et l’apport de l’Agence) dans un ouvrage « Valenciennes ou ailleurs «  publié chez Lharmattan.

 

D’autres missions allaient suivre sur le même sujet, devenu une véritable «  niche commerciale », notamment des interventions pédagogiques à l’Institut de Formation en soins Infirmiers de Maubeuge et une recherche sur les pratiques d’habiter des personnes âgées (enquête à domicile et dans plusieurs maisons de retraite), une étude sur la faisabilité de transformer des maisons de maître en petites maisons de retraite (Direction de la Construction).

 

Mme Mathieu ayant demandé à retrouver un poste de chargée d’études, elle est remplacée par Pierre Launay, détaché de la DDE.

L’Agence occupe alors les anciens locaux de la DDE, rue Saint-Jean à Maubeuge.


Le Contrat de ville de Valenciennes

 

L’Agence assied également sa présence à Valenciennes au début des années 90.

Valérie Létard convainc en effet son maire de travailler avec un cabinet géographiquement proche comme l’Agence plutôt que de solliciter un cabinet extérieur.

Je me retrouve ainsi « détaché » en mairie de Valenciennes pour plusieurs mois, le temps d’y engager, avec Valérie Létard, une concertation dans les quartiers et de rédiger le projet de contrat de ville 1994-1998.

L’expérience se révèle très positive et lors de ma rapide présentation de restitution devant Valérie Létard et Jean-louis Borloo, ce dernier me propose de rester et mettre en œuvre le projet.

Mais je suis attaché à ce que j’appelle «  la culture » des agences et je n’imagine pas quitter un espace de travail où je peux impulser des projets et un territoire où il y a tant à faire.

 

Dans la foulée, je suis chargé par le Ministère d’animer un séminaire sur la sécurité urbaine à l’Ecole des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure (IHESI) où je trouve parmi mes «  élèves », plusieurs commissaires de police, un député, un sous-préfet et des hauts fonctionnaires.

 

Parallèlement, l’Agence produit ses contributions dans le cadre des clubs et des rencontres nationales de la FNAU et développe sa mission d’observation au travers d’une diversité de thèmes sur lesquels elle collecte et traite (notamment par des logiciels d’analyse factorielle) une multitude d’informations statistiques qu’utilisent allégrement tous les cabinets d’études intervenant sur la vallée.

Bref, l’Agence est sur une quantité invraisemblable de thématiques tant en amont (nous travaillons sur des crédits recherche) qu’en aval (implication opérationnelle probablement unique dans l’hexagone).

Le point ultime de cette mutation de l’outil sera le changement de nom en 1995, date qui voit l’AUBS se transformer en AUDS, Agence d’Urbanisme et de Développement de la Sambre tandis que P.LAUNAY quitte l’Agence.

 

Le rapport de Guillaume Prost

 

Comme à chaque fois qu’un étudiant sollicite un rendez-vous, je reçois courant 93 un jeune étudiant de l’université de Paris VII qui prépare, qui prépare sous la direction d’Antoine Haumont, une maîtrise de géographie, Guillaume Prost.

Celui-ci comprend très vite la problématique qui est la nôtre, celle du resserrement urbain, posture indispensable pour contrer un délitement de notre organisation urbaine vers laquelle nous poussent le déclin démographique des communes et les nécessaires démolitions de logements insalubres.

Guillaume rencontre une diversité d’acteurs et rédige un rapport d’une rare qualité intellectuelle, nous aidant à comprendre des aspects de notre géographie restés jusque-là en sommeil.

C’est lui qui utilise pour la première fois le concept de «  coalescence » pour désigner le processus de formation de nos bourgs industriels et finalement de notre agglomération.

C’est lui encore qui souligne la cohérence urbaine de la ville d’Aulnoye qu’il attribue à la continuité politique dans les gestion de cette ville.

Sans surprise, Guillaume décroche une mention très bien après avoir présenté au jury  (M Hautmont et moi-même) le contenu de son excellent travail et, la même année, passe avec succès, l’agrégation.

La première année, il fait le choix d’Hautmont et sera ensuite nommé à Valenciennes puis comme professeur agrégé à l’Université de Lille III.

Personnage brillant et attachant, Guillaume sympathisera avec Francine Auger, directrice de Canal-Sambre et reviendra les premières années de temps en temps passer un dimanche à la maison.

 

 

L’économie sociale et solidaire

Depuis son origine, par le fait d’avoir un sociologue à l’agence, celle-ci s’est trouvée sollicitée pour des missions ou des interventions relevant du champ du social.

Dès le début des années 80, je suis intervenu à l’Institut de soins infirmiers sur la sociologie de la santé (interventions qui perdureront) ainsi qu’au Centre Public de Formation de Directeurs d’établissements à caractère socio-éducatif (CPFD), à l’EFAS de Lille, au CREFO ou encore l’IFTS de Loos.

A partir des années 85, avec l’ouverture d’une école d’éducateurs spécialisés sous l’égide de l’IFAR, interventions d’abord à Monceau St Waast puis à Maubeuge après la construction du bâtiment pédagogique.

A la demande de l’Union des Mutuelles de l’Avesnois, j’anime une Conférence (octobre 1994) devant leurs adhérents sur le thème des exclusions, une autre en octobre 1999 sur le lien entre « innovation et solidarité »dans le cadre d’une journée d’étude sur les nouvelles formes de solidarité, organisée par  le réseau d’économie solidaire à l’université de Valenciennes, une autre à Maubeuge  en janvier 2000 (toujours pour Réseau 21) sur commerce et économie solidaire

Puis, sollicité par Jean-Luc Bonnechère, le directeur de l’agglomération, pour rédiger en urgence le Plan Local d’Insertion par l’Economique (PLIE) que je baptise  du nom de « Péricles » (Programme Economique pour Réussir l’Insertion par la Concertation Locale et l’Economie Solidaire »), un travail qui me vaudra ensuite de siéger au Centre de Ressources sur l’Economie Solidaire et le Développement Local « Réseau 21 » et d’intervenir (1997/98/99/2000)  à l’Université de Valenciennes dans le cadre du DESS d’Economie Sociale et Solidaire créé par Patrick Loquet et du DEUST « Métiers de la Cité » (cours sur les exclusions).

 

L’agence affiche durant ces années une part déterminante de contrats extérieurs dans son budget (jusqu’à 70 %), peut-être trop importante si l’on en croit le dépôt de bilan qui va se produire, suivi d’un dégraissage et d’une période de redressement judiciaire.

La «  gouvernance » d’Umberto Battist touche à sa fin.

Jean Gobron et plusieurs cadres quittent la structure dont les effectifs sont diminués par quatre.

Il est remplacé par Mme Marie-Paule MATHIEU.

Umberto Battist perd la mairie de Jeumont en 1995 (et Alain Carpentier, celle de Maubeuge).

 

Mais il est indiscutablement l’élu qui a le plus compris les problématiques de la vallée.

C’est d’ailleurs sous sa présidence que l’Agence engage un travail sur le linéaire ferroviaire et pose ouvertement la question de la gestion de la décroissance, qui nécessite le resserrement du tissu urbain plutôt que son étalement.

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contrôles sanitaires : pas de quoi faire cocorico

1 Juin 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #ECOLOGIE - DVLPT DURABLE

MC-Blandin-copie-1.JPGMarie-Christine Blandin est passée à Marpent, accompagnée d’une journaliste de la chaîne LCP,  pour faire le point sur plusieurs dossiers : réforme de l’intercommunalité, sénatoriales, trame verte et dioxine.

A ce propos, la sénatrice du Nord a soulevé le problème des contrôles sanitaires.

L’exploitation agricole de Aibes a fait l’objet d’un contrôle aléatoire de la part des services vétérinaires.
Mais on peut s'interroger sur le protocole existant pour la société qui commercialise les œufs, à savoir Cocorette.

Sans ce contrôle des services de l’Etat, la société Cocorette aurait continué à vendre des œufs chargés de PCB et de dioxine.

De quoi soulever une inquiétude légitime sur la façon dont les produits alimentaires sont commercialisés.

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Paroles d'un malendendant

26 Mai 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #SOCIETE

La règlementation visant à rendre tous les établissements recevant du public aux personnes handicapées (quel que soit le handicap) est sans aucun doute le plus gros challenge pour les communes d’ici 2015, date normalement butoir pour se mettre aux normes.

Bien évidemment, comme c’est souvent le cas dans notre pays, les finances ne suivant pas la réglementation, les communes mettront beaucoup plus de temps que prévu.

J’estime sur notre commune que c’est un programme sur 15 à 20 ans.

Les règles sont en effet très contraignantes.

Par exemple,  pas question d’installer un ascenseur qui soit un peu à l’écart, ce serait une discrimination.

L’entrée doit être commune et distribuer un espace qui laisse le choix à la personne de prendre l’escalier ou l’ascenseur.

Cela va poser des tas de problème
Aujourd’hui par exemple, les plateaux sportifs multis-sports sont équipés de portillons tourniquets pour empêcher aux cyclomoteurs d’y pénétrer.

Demain, ces «  city stades » devront prévoir  un accès PMR (comprenant le fauteuil roulant) au risque d’être taxés de discriminatoires.

Oui mais le problème, c’est que les panneaux de baskett ne sont pas réglables…Faudra t-il les changer ? Sans aucun doute

Aucun équipement n’échappera à la règle

Un terrain de football pouvant accueillir un match de mal-voyants, je suppose que les buts devront être équipés de clignotants et de mains courantes en caoutchouc.

Etant moi-même malentendant, je pourrai, en tant que spectateur, demander à l’arbitre de s’équiper d’un mégaphone plutôt que d’un sifflet (cette remarque vaudra pour les agents de police) et exiger aux guichets de la RATP que la vendeuse affiche le prix de vente si elle ne veut pas me crier dessus derrière sa vitre plastifiée parce que je n’ai pas bien compris.

Finalement, les églises  étant des équipements recevant du public, elles étaient souvent en avance sur leur temps en indiquant l’heure avec des grandes aiguilles et des gros sons de cloches.

Encore que, pour les PMR, va falloir changer généralement toutes les portes de ces églises qu’une personne en fauteuil roulant doit pouvoir ouvrir seule (on ne sait pas ce qui se passera lorsque l’ABF ne sera pas d’accord). Et rendre les chœurs et les sacristies accessibles aux PMR.

Voilà le type d’incidences que la loi entraîne pour les communes.

Le principe est bien entendu louable sauf que nos parlementaires, une fois de plus, ont voté un texte sous la pression d’un lobby certes légitime, mais  sans se demander si les communes auront les moyens de le mettre en œuvre.

D’ici là, nous serons, comme 90 % des communes de France, dans l’illégalité et exposées au moindre recours d’un particulier devant le Tribunal Administratif.

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Fonds de concours pour les petites communes

22 Mai 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain

La création d’un Fonds de concours de l’agglomération pour les communes rurales et péri-urbaines marque un pas important dans le sens d’une plus grande équité territoriale puisque, par définition, les projets d’intérêt communautaire ont plus de probabilité de se localiser sur les grosses communes.

Ce fonds était  réclamé depuis belle lurette par quelques communes (Marpent et Rousies principalement).

J’ai donc voté pour la création de ce fonds en apportant toutefois plusieurs réserves.

D’abord, le souhait de clarifier les objectifs d’utilisation de ce fonds pour éviter qu’il ne finance tout et n’importe quoi.
Par exemple, lorsque la délibération précise «  valorisation et préservation des espaces naturels (place publique, entrée de bourg, set parc… »,  je considère qu’on mélange tout.

Une Place publique n’a jamais été un espace naturel, de même qu’une entrée de bourg, Quant au « set parc », j’avoue mon ignorance et mon irritation devant ce recours aux anglicismes.

Ensuite, le fait qu’à aucun moment , la délibération ne fasse état de règles d’éco-conditionnalité imposant l’exigence environnementale ou la clause d’insertion dans les marchés publics des communes qui vont bénéficier de ces subventions est tout bonnement regrettable.

Enfin, la possibilité pour une commune de déposer des dossiers sans minimum de dépenses risque d’aboutir à une succession de petits projets, c’est-à-dire de saupoudrage.

Il y a en effet mille façons d’utiliser 300 ou 600 000 euros.En deux ou trois projets ou en une succession de petits projets qui n’auront rien de structurant.

J’avais exprimé ces réserves lors de la commission finances et il me semblait avoir été entendu.

La lecture de la délibération m’a quelque peu agacé puisque rien n’avait été changé.

Il a fallu l’intervention du Président de l’Agglo pour demander que ces demandes soient prises en compte.

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Risque nucléaire non périmé

20 Mai 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #SANTE

La loi oblige les communes couvertes par un Plan de Protection contre les Risques Naturels à se doter d’un Plan Communal de Sauvegarde.

Marpent s’est mis en conformité avec la loi en 2009.

Aujourd’hui, nous veillons à actualiser ce Plan.

Un exemple : dans notre fiche «  risque nucléaire », nous indiquons la date de péremption de nos pastilles d’ iodes (à distribuer à certaines catégories de population si Gravelines ou Chooz nous jouaient un mauvais tour).

Constatant que nos pastilles sont périmées, nous sollicitons de l’Etat un nouvel approvisionnement.

Réponse des services de l’Etat : « le comprimé reste valable « …..

A se demander pourquoi les boîtes indiquent une date de péremption.

C'est le risque nucléaire qui n'est pas périmé.

C’est bien la peine de mettre la pression sur les communes pour qu’elles établissent un Plan…

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Dioxine Aibes... suite

20 Mai 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #agriculture et alimentation

La DREAL fait remarquer que la composante PCB est plus importante que la composante dioxine.

L’Etat demande une étude de prélèvement de sol sur l’exploitation considérant que le dépôt de ferrailles situé non loin de là pourrait être la cause des taux élevés de PCB.

Je pense pour ma part que le fait d’avoir des taux élevés ne prouverait pas que la cause soit le dépôt de ferrailles et qu’en conséquence il faut ne faut pas se limiter à la parcelle.

Mais comme l’exploitation est de petite taille, elle ne relève pas de la réglementation des installations classées, donc n’est pas éligible au financement pour les études et sort de la compétence de la DREAL et des services vétérinaires.  (manifestement, il y a un vide juridique sur ce point).

Le principe est retenu d’une étude qui serait faite par l’INERIS sur parcelle et alentours immédiats, à titre exceptionnel, dans le cadre de la convention annuelle entre ce cabinet et l’Etat.

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L'économie solidaire en Val de Sambre

20 Mai 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #EMPLOI ET DVLPT ECONOMIQUE

L’économie solidaire pointe son nez à l’agglo mais timidement.

On devrait dire repointe son nez car l’économie solidaire a une histoire dans l’agglomération et même une pré-histoire.

Dans les années 80, avec l’explosion du chômage, une poignée de militants de gauche (parmi lesquels Christian Lemoine et Eligio Sechs, anciens PSU passés au PS) réunissent leurs réseaux et mettent en place l’ACID.

Je participe aux premières réunions mais j’estime que le projet tend à institutionnaliser une société duale où les petits boulots sont relégués aux exclus.

Je me retire discrètement.

Des militants de l’ultra gauche anarchiste me reprocheront ultérieurement d’avoir pourtant recopié ce modèle en créant Habitat Pour Tous, association de relogement des familles démunies.

J’accepte la juste critique, reconnaissant (et assumant) la contradiction entre la démarche «  humaniste » et la démarche politique.

Mais ce serait une erreur de ramener l’économie solidaire aux «  petits boulots ».
Le marché de l’économie solidaire est le même que le marché traditionnel.

Ce qui caractérise l’économie solidaire, ce n’est pas un marché spécifique, c’est une économie qui privilégie le recrutement de publics en difficultés, dans les cadres juridiques spécifiques : Scop, Unions d’Economie Sociale, SCIC, clauses d’insertion, et parfois associations….

L'ESS a fait l ’objet d’une  « théorisation » de la part de certains chercheurs comme Jean Gadrey (Université de Lille) ou Patrick Locquet (Université de Valenciennes) qui ont su replacer cette économie dans l’ histoire de l’émancipation du monde du travail.

Patrick Locquet a créé le DESS d’Economie Sociale et Solidaire (pour lequel il a  eu la gentillesse de me solliciter) et tandis que mon ami Christian Tytgat a mis en réseau les acteurs de l’ESS dans le Nord Pas de Calais et créé la première Banque solidaire avec l’aide de la Région présidée alors par Marie-Christine Blandin.

Le DESS a servi de tremplin pour des dizaines de projets dans le Hainaut.

J’ai le souvenir (parmi mes étudiants) de l’association « Aide au Quotidien » (services à domicile), de l’association Interleukin (arts plastiques avec les publics en difficultés), de l’association PHARE (transport handicapés), aujourd’hui absorbée par «  Aide au Quotidien ».

C’est sur ce socle que j’ai ensuite créé l’association PERICLES (Programme Economique Pour réussir l’Insertion par la Concertation Locale et l’Economie Solidaire), chargé de mettre en œuvre le Plan Local d’Insertion par l’Economique.

Le PLIE est devenu ensuite un outil pertinent (Mme Christelle Lecomte) pour aider les communes à utiliser la clause d'insertion dans les marchés publics (systématique à Marpent).

L'ACID, avec Eric Besse et Christophe Lemoine, fut la mère porteuse d'une vériable galaxie (Vital Service, AGIEE, Proxim'services etc...)

Le Conseil de développement fait aujourd’hui le constat que nous avons dans notre arrondissement  moins de postes de travail dans ce secteur (240 pour 10 000 habitants) qu’au niveau régional (343) ou national (366).

C’est un constat que l’on trouve déjà dans le diagnostic PERICLES.

En qu’en conséquence il y a lieu de faire un diagnostic pour rattraper la moyenne régionale.

Il faut, cela dit, être prudent sur les indicateurs.

Le fait que l’avesnois emploie moins d’actifs dans l’économie solidaire qu’ailleurs ne veut pas dire que les besoins ne sont pas satisfaits.

Ces besoins peuvent être satisfaits d’une autre manière : solidarité de voisinage (très fréquent pour les pelouses ou jardins , travail au noir (très fréquent pour l’entretien et la réparation des véhicules).
Ils peuvent aussi être satisfaits par des services municipalisés comme on le voit avec le service des repas à domicile.

Par ailleurs, les indicateurs peuvent être faussés en ce sens que 10 000 heures de travail dans le bâtiment peuvent être attribuées à une entreprise d’insertion (dont les effectifs seront comptabilisés) ou attribuées dans le cadre de la clause d’insertion des marchés publics –auquel cas, il n’est pas sûr du tout que ces heures soient prises en compte dans le mode de calcul).

Enfin, signalons que c’est en mairie de Marpent qu’est née la première CIGALE de l’avesnois (Rennais’sambre), animée par Brigitte Divina, outil de collecte d’épargne de proximité qui a permis d’aider financièrement une société de recyclage de l’huile de frites (comme carburant) et une librairie de Fourmies.

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Sous les pavés, pas forcément la plage

18 Mai 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #AGGLO INTERCOMMUNALITE

Le projet de Schéma Départemental de Coopération Intercommunale présenté par le Préfet mérite d’être replacé quelques instants dans son contexte.

L’Etat a réalisé un énorme travail de collecte et fourni trois énormes documents dans lesquels figurent les propositions de réorganisation de la carte des intercommunalités.

Mais, sous les pavés, ce n’est forcément la plage pour reprendre l'image du sénateur Ivain Renar.

Nous ne devons pas en effet oublier que cette refonte de l’intercommunalité s’inscrit dans le cadre de la loi du 16 octobre 2010, la loi :

-          qui crée les métropoles, forme de cannibalisme territorial dénoncé par de nombreux parlementaires

-          invente les communes nouvelles sans consultation des administrés

-          et complète la loi du 18 décembre 2009 qui met fin à la taxe professionnelle

-          et pointait les élus des différentes collectivités territoriales comme les responsables de l’augmentation de la dépense publique et les vampires de nos industries locales.

Le volet de la loi consacré à la modernisation de la  carte intercommunale s’inscrit lui aussi dans ce cadre de l’adaptation de l’organisation administrative française, dans la perspective d’une mise en compétitivité des territoires à l’échelle nationale, mais aussi européenne et mondiale.

Or, pour parvenir à cette adaptation, l’Etat a bien du marquer un pas de plus dans le processus déjà largement engagé de l’évaporation de l’échelon communal, considéré comme un obstacle à cette réorganisation.

Ce n’est pas un hasard si la proportion des élus communaux est passée de 60 à 40 % dans les CDCI.

Ce n’est pas un hasard si la concertation qui a présidé à l’élaboration de ce projet de schéma a laissé les maires des petites communes sur la banquette arrière.

Pourtant, la commune joue un rôle essentiel dans les fonctions de proximité et comme cadre idéal d’exercice de la démocratie locale.

On comprendra donc la prudence de sioux adoptée par un certain nombre de maires et leur examen attentif des arguments séduisants développés par l’Etat pour justifier ce bing bang intercommunal, à savoir la simplification du paysage intercommunal, La cohérence territoriale, L’équité territoriale

Examinons ces trois arguments.

1er argument : la simplification du paysage intercommunal

Le SCDI propose de ramener le nombre d’EPCI de 48 à 18 et celui des syndicats de 188 à 78.

Certes, la multiplicité des structures de coopération intercommunale peut désemparer le citoyen et parfois même l’élu local mais la question est moins de savoir si ces structures sont en nombre trop  important que de savoir si elles sont utiles à la population et, si oui, de savoir si le service rendu à une plus grande échelle sera mieux assuré et au même prix pour la collectivité.

Incontestablement, la nature de la compétence a son importance si l’on veut répondre à cette question.

Or, la loi déroule une logique de transfert maximal à grande échelle, véhiculant complaisamment le stéréotype selon lequel les grandes périmètres seraient synonymes d’économie, même si la réalité fait parfois mentir ce postulat.

La loi ne fait en fait qu’achever le modèle du gigantisme économique, celui des fusions-absorptions  dont l’économie libérale fut la mère porteuse : grandes surfaces commerciales, grandes firmes multinationales, grandes exploitations agricoles productivistes, projet de grandes universités  et aujourd’hui grandes intercommunalités.

De ce fait, elle  mélange et semble confondre mutualisation et concentration, nous faisant miroiter un modèle d’organisation qu’ont déjà adopté certains ex-services publics pour lesquels il devient aujourd’hui plus difficile de trouver un interlocuteur au téléphone que d’avoir un ministre.

«  Pour tel service, appuyer sur la touche étoile » Non merci…

2e argument : La cohérence territoriale

Il est indéniable qu’il existe des anomalies manifestes dans l’organisation territoriale (coupures d’unités urbaines comme avec Hautmont, enclaves, discontinuités territoriales, intercommunalités de deux ou trois communes…), anomalies permises par la loi Chevènement du 12 juillet 1997 et créées avec l’aval de l’Etat.

La loi y met fin et c’est une bonne chose.

Mais pour le reste, là où la coopération intercommunale rassemble un nombre conséquent de communes et fonctionne bien, il devient plus arbitraire de vouloir changer les choses.

L’argument invoqué par les représentants de l’Etat des fameux  bassins de vie fait preuve d’une telle élasticité selon les territoires qu’il perd sa crédibilité.

En effet, ce critère du bassin de vie est mis en avant par l’Etat lorsque çà l’arrange mais occulté lorsque çà le dérange comme dans le cas du quercitain dont le bassin de vie se trouve dans le valenciennois, preuve éclatante que l’Etat, avant de refaire la carte intercommunale, aurait peut-être pu adapter aux réalités contemporaines ses vieux périmètres administratifs hérités de 1789.

Il en est de même avec les découpages électoraux. L’Etat ne voyait pas d’inconvénient à inclure le canton Bavay dans une circonscription électorale mais à le rattacher, pour la carte intercommunale, à une intercommunalité d’une autre circonscription, le quercitain en l’occurrence.

L’incohérence n’est donc pas toujours du côté que l’on croit.

On peut penser au contraire qu’il serait juste que les communes du Bavaisis ou du Solrézis ayant fait le choix de rejoindre le Val de Sambre, puissent le faire puisque la continuité territoriale est respectée.

3e argument : l’équité territoriale

Le principe d’élargir les périmètres vers l’espace rural correspond à un souci compréhensible de justice fiscale, les ménages périurbains étant des utilisateurs de certains services intercommunaux.

En ce sens, ce qui est proposé pour le Val de Sambre peut se comprendre puisque  les intercommunalités rurales rattachées y sont favorables. Ce n’est pas du cannibalisme territorial, c’est un mariage, de raison certes, mais librement consenti.

Mais la logique dominante du SDCI n’est pas celle-là si on prend un peu de recul.

Elle consiste surtout à conforter les entités urbaines d’un côté et de l’autre à regrouper de petites entités rurales en de grosses entités rurales, taillée sur mesure pour répondre aux exigences de quelques élus à forte influence et reconstituer des espèces de baronnies républicaines.

Avec le Pévèle, l’incohérence se révèle… une Communauté de Communes à cheval sur deux arrondissements pour satisfaire les exigences du député-maire de Phalempin, Thierry Lazaro !

A l’inverse, mais toujours aussi incohérent, le SDCI freine les velléités de regroupement de certains élus du cœur de Flandres, pour contenir les ambitions à deux intercommunalités de moins de 50 000 habitants et préserver ainsi un territoire d’influence aux deux élus UMP concernés.

Par ailleurs, quel que soit le territoire, chez nous y compris, une question reste en suspens.

Quelles seront les incidences sur l’exercice des compétences de proximité actuellement exercées par les petites communautés de communes qui vont nous rejoindre ?

-          Soit la communauté d’agglo reprend leurs compétences et les étend à l’ensemble des communes membres

-          soit les petites communes reprennent ces compétences.. mais ce serait pour elles une perte dans la mutualisation des services.

-          Soit l’agglo reprend ces compétences mais sans les étendre à l’ensemble des communes.

mais on peut alors se poser la question, pour les administrés qui seraient exclus de ces services, de l’égalité des citoyens devant l’exercice des services publics qu’ils financeront par ailleurs.

Voir à ce sujet l’exemple de Montpellier où 17 communes de l’agglomération continuent à payer la cotisation au SDIS alors que pour les 14 autres communes qui étaient membres du District, c’est l’agglomération qui honore la facture.

La petite commune de Pignan a déposé un recours devant le tribunal administratif.

Il est à craindre que la liste des recours s’allonge en France après les fusions qui s’annoncent.

Pour conclure,

On peut regretter une méthode quelque peu verticale, un tantinet technocratique, conçue de manière à ne pas faire entendre en amont la voix des petites communes ou des petites intercommunalités

Et qui donne au Préfet le pouvoir d’imposer un Schéma contre l’avis d’une majorité d’élus !

Bref, comme le disait Patrick Kanner, Président du Conseil Général, lors de l’AG des Maires Ruraux du Nord, un pied de nez à trente années de décentralisation.

Heureusement, pour ce qui nous concerne, la proposition est acceptable  parce qu’elle respecte les volontés réciproques des intercommunalités en dehors du cas spécifique d’Hautmont dont l’appartenance à l’unité urbaine de Maubeuge légitime son intégration à cette dernière. Ce n’est pas une question politique, c’est une question de bon sens.

Aulnoye-Hautmont-Jeumont, «  c’est une même ville dont la Sambre est la grand-rue » aurait dit Jules Michelet, lui qui écrivait la même chose à propos de l’axe Paris-Rouen-Le Havre, en parlant de la Seine.

Par contre, dans l’hypothèse où d’autres communes souhaiteraient adhérer en respectant le cadre de la continuité territoriale, nous devons y être favorables et demander en ce sens une modification avant le vote final de la Commission Départementale.

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A force de vouloir produire trop, on finit par produire des choses qui nous empoisonnent.

14 Mai 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #agriculture et alimentation

Invité au Manège ce samedi par le Rotary Club pour participer, dans le cadre d’une Conférence de District,  à une table ronde avec le conférencier Philippe

Exploitant agricole en Sologne, Fondateur du label de l’Agriculture Biologique, expert auprès de Bruxellles, membre de multiples instances de concertation sur l’agriculture, conseiller de Nicolas hulot … , pensez-bien que je n’ai pas hésité une seconde…

J’avais lu lors de la sa parution en 1986, son ouvrage «  le krach alimentaire : nous redeviendrons paysans » publié aux Editions Le Rocher, deux fois réédité depuis, un best-seller de l’agriculture raisonnée.

Philippe Desbroseses soulignait (déjà) dans ce livre le désastre de l’agriculture productiviste, reprenant en quelque sorte les thèses d’Ivan Illich sur la contre-productivité.

A force de vouloir produire trop, on finit par produire des choses qui nous empoisonnent.

C’est la fragilité et l’absurdité des systèmes hyper-centralisés qui était dénoncée et qui fait disparaître tous les quarts d’heure une exploitation agricole pour un résultat, au final, lamentable.

Je n’ai pas manqué de souligner combien cette règle de la grande exploitation ressemblait au postulat qui formule que l’intercommunalité à plus grande échelle serait  plus utile à nos concitoyens, personne n’ayant démontré à ce jour que grande échelle rimait avec efficacité et économie.

Desbrosses est un précurseur, un visionnaire et un grand humaniste.

C’est lui qui a remis à l’honneur sur son exploitation, il y a plus de trente ans, le lupin, une légumineuse qui peut remplacer, dans l’alimentation animale, le tourteau de soja pour un coût trois fois moindre et une efficacité au moins équivalente.

C’est lui qui, à l’époque, prédit que les lobbies agricoles vont essayer de nous vendre la filière bio-éthanol, qui consiste à acheter du pétrole pour le reconvertir en engrais pesticides afin de produire intensivement du blé.. que l’on va reconvertir en carburant.

C’est lui qui, avec ironie, dressait le tableau de cette ménagère qui devait, grâce à l’eau courante, en «  finir avec la corvée d’eau «  comme disait la publicité et qui se retrouve , sortant du supermarché, ployée sous le fardeau d’un caba à provisions… remploi de bouteilles d’eau.

C’est enfin encore lui qui, dans le cadre du Grenelle, a fait acter l’obligation de fournir 20 % de bio dans les cantines scolaires d’ici 2015.

C’est un point qui mérite débat car le produit  bio, s’il faut le faire venir de l’extérieur (et même de l’étranger puisque la France est déficitaire sur ce type de produits), car cela va générer des déplacements (donc des gaz à effet de serre)  mais aussi des augmentations de tarifs que devront supporter les communes et les familles.

D’où la démarche cohérente de Philippe Desbrosses d’exiger un rééquilibrage des aides publiques consacrées à l’agriculture (premier poste de l’Union Europénne) vers les exploitations de l’agriculture bio ou vers les collectivités locales qui s’engagent à respecter l’objectif du Grenelle.

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Les seuls incinérateurs qui ne rejettent pas de dioxine sont ceux qui n’existent pas

27 Avril 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #ECOLOGIE - DVLPT DURABLE

Parmi les 1800 substances chimiques dont la toxicité n’a jamais été évaluée, un incinérateur d’une capacité de 100 000 tonnes par an, même aux normes de l’arrêté du 20 septembre 2002, rejette des métaux lourds et de la dioxine, l’une des douze substances mentionnées dans la convention de Stockholm comme les plus dangereuses de notre environnement planétaire.

Invoquer les contrôles prévus par la loi (deux contrôles annuels), c’est oublier que les préavis de contrôle permettent à l’exploitant de sélectionner par avance les produits de combustion.

Invoquer que les dioxines sont détruites au-delà de 800 degrés, c’est occulter qu’elles se reconstituent lorsque le flux gazeux revient entre 275°C et 450°C, ce qui se passe dans les échangeurs de chaleur nécessaires à la valorisation énergétique (ce qui fait dire à mon collègue maire de Manspach, professeur des sciences de la Vie et de la Terre, que  «  la valorisation énergétique de l’incinération est par essence une déclaration cynique d’infraction préméditée, au sens de la convention de Stockholm » cf son ouvrage «  Déchets Ménagers, le jardin des impostures » chez L’Harmattan, recommandé par Sylvie Fontaine,responsable du jardin de Maroilles et que je remercie au passage).

Invoquer que l’exposition aux dioxines se fait à des concentrations infimes, c’est oublier que le mécanisme d’action des dioxines ne connait aucun effet de seuil , c’est oublier que les normes américaines sont fois plus basses et que, sur le plan sanitaire, le seule dose admissible est la norme zéro.

Il n’y a pas d’incinérateur propre.

La dioxine, en effet,  est à l’origine de différentes pathologies cancéreuses, et en mesure de modifier les potentialités génétiques et de transmettre à la descendance des anomalies irréversibles.

 Au vu des risques, il serait logique que l’exploitant propose aux populations vivant dans un rayon de 30 kilomètres tous les dix ans une analyse graisseuse à sa  charge.

Mais l’enjeu sanitaire ne se limite pas à ce périmètre de proximité puisque la contamination se fait par la consommation d’aliments qui peuvent provenir, sans qu’on le sache, de ce même périmètre.

Autrement dit, le contribuable paie une fois l’emballage et ensuite paie pour s’en débarrasser (sans oublier le transport et ses nuisances), et de surcroît paie pour exposer sa santé.

Notre Communauté d’Agglomération va engager un programme de lutte pour la réduction des déchets.

Certes, un tel objectif renvoie d’emblée au problème de la réduction à la source, celle des fabricants.
Mais cela est de la responsabilité des pouvoirs publics.

En amont, cela n’exonère pas les collectivités de leur responsabilité.

Ainsi, les habitants de l’Intercommunalité de la Porte d’Alsace, grâce au tri et au compostage individuel,  ont réduit leurs déchets ménagers de 400 à 103 kg/habitant et par an.

Pour arriver à ce résultat, la Communauté de Communes alsacienne a mis en place le système de « la pesée embarquée », mode de collecte qui consiste, au moyen d’ »une puce intégrée à la poubelle, et indirectement à rétribuer le bénévolat de l’écocitoyenneté du tri.

On peut aussi organiser la collecte des bio-déchets pour alimenter une unité de méthanisation.

Mais personnellement, je pense que le compostage domestique (qui peut intelligemment se compléter avec le recyclage vers les animaux domestiques) est le meilleur système d’élimination des bio-déchets (environ 80 kg par an et par habitant) car la méthanisation, comme tout système collectif, n’est pas exempt de nuisances.

D’abord, elle suppose la mise en place d’un service de ramassage générateur de coût important et de pollution par le transport.
Par ailleurs, lors de leur stockage et sous l’action conjuguée de l’eau de pluie et de la fermentation naturelle, les déchets produisent une fraction liquide appelée « lixiviats ». Riches en matière organique et en éléments traces, ces lixiviats ne peuvent être rejetés directement dans le milieu naturel et doivent être soigneusement collectés et traités.

Quand on sait qu’un incinérateur ne fonctionne bien que s’il est rempli jusquà la gueule ( l’incinérateur a besoin du suremballage pour augmenter son potentiel calorifique !),  on se dit que la lutte pour la réduction des déchets (validée par un programme de l’agglomération) va contraindre l’incinérateur du SMIAA à importer massivement des déchets de Belgique.

Bref, l’AMVS aura réglé un problème comptable (moins de dépenses au SMIAA) mais le territoire restera avec un problème sanitaire et mais aussi économique.

Car l’incinération coûte très cher, trop cher pour vaporiser de l’eau (les déchets  de nos poubelles contiennent  80 % d’eau).

La gabégie matière imposée par l’incinération n’a plus sa place dans un monde de préservation des ressources .

L’incinération vit son crépuscule.

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