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Le blog de Jean-Marie Allain

L'écologie, la plus vieille philosophie du monde

4 Janvier 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #ECOLOGIE - DVLPT DURABLE



Dans le supplément du journal Le Monde de ce 1er janvier 2011, on trouve un remarquable dossier de Frédéric Joignot constitué d’ extraits du livre de Claude Lorius et Laurent Carpentier intitulé «  Voyage dans l’anthropocène » (Actes Sud), terme désignant l’ère nouvelle dans laquelle nous sommes entrés, suivis (pure coïncidence ?) de la présentation de Satish Kumar, philosophe indien, jaïniste et disciple de Gandhi.

 

L’histoire, il y a 6000 ans,  du peuple mésopotamien nomade des Sumer  (sud de l’Irak), première grande civilisation urbaine (première langue écrite), dresse le décor et donne le fil conducteur du raisonnement.

Les sumériens se sédentarisèrent pour transformer, grâce à un système sophistiqué d’irrigation, les marais insalubres en terres cultivables sur lesquelles abondait l’épeautre.

La victoire de l’homme sur la nature, du savoir sur la sauvagerie…

Jusqu’au jour où, quelques siècles plus tard, les eaux irriguées, en infiltrant la terre, firent remonter à la surface les sels minéraux contenus dans la nappe phréatique, salinisant les champs et les rendant incultes, entraînant le déclin, puis la disparition de cette flamboyante civilisation.

 

Toute l’histoire de l’humanité se trouve résumée dans cette tragédie du peuple sumer.

 

La raison ne gagne jamais contre la nature et l’erreur de l’homme a été de l’oublier.

Toutes les sociétés  qui ont adopté un modèle de développement exclusivement dominé par le rationalisme, oubliant que l’homme n’était qu’un élément parmi d’autres et non le centre ou le sommet de l’univers, ont connu ou connaîtront le même sort.

 

Les sociétés occidentales ont un enseignement qui accorde la primauté aux sciences exactes sur les sciences humaines.

L’élite de nos grands corps d’Etat (Polytechnique, Ponts et Chaussée, Centrale…) est d’abord une élite formée aux sciences de l’ingénieur : maths, physique, chimie, mécanique.

Ces intelligences admirables sont capables de concevoir des routes, des ponts, des gratte-ciel et même des fusées mais n’ont pas toujours une connaissance parfaite du milieu dans lequel vont être déployées ces inventions, si ce n’est sous l’angle là encore de la domination de la technique sur la nature et sur les hommes qui peuvent y vivre et en vivre.

 

Ici même, dans notre vallée, n’avons-nous pas connu ce règne de la mécanique industrielle, mise au service d’une industrie uniquement motivée par l’accumulation de bénéfices et complètement insouciante de ses incidences sur la qualité de notre air, de notre eau et de nos sols ?

Je me souviens alors que, fils de cheminot, je prenais régulièrement le train entre Maubeuge et Jeumont, la Sambre, certains jours était rouge comme le sang tellement elle charriait de déchets industriels.

La vallée connaissait l’ivresse de la puissance industrielle au prix d’une destruction brutale et inconsciente de notre environnement.

Cette frénésie de puissance s’est sophistiquée dans ses modes d’agression de la nature et des hommes mais elle est toujours là et toujours aussi folle.

L’arme atomique reste une obsession de la volonté de puissance, le summum du rationalisme devenu fou.

Quelques humanistes ont dès le départ protesté comme le mathématicien Bertrand Russell, arrêté à Londres pour s’être opposé aux essais nucléaires.

L’idéologie de la vitesse est un autre exemple que le triste symbole du Concorde n’a pas épuisé.

Le TGV peut rouler à 300 km / heure mais on réfléchit pour aller encore plus vite…toujours plus vite…

Les marxistes diront que c’est le rationalisme perverti par le profit qui est devenu fou, comme si les pays du collectivisme étatique n’avaient pas commis les mêmes brutalités au nom du progrès.

 

Face à cela, les religions orientales (hindouisme, bouddhisme jaïnisme, shintoïsme…) nous enseignent que l’homme occidental s’est trop longtemps cru supérieur aux autres peuples (lui donnant le droit de les coloniser) mais aussi aux espèces animales et végétales, dont les agressions répétées ont abouti au désastre écologique actuel.

Ces religions, qui sont aussi des philosophies, apparaissent finalement comme une matrice de l’écologie, vieille de plusieurs milliers d’années.

On considère souvent que l’écologie est un courant de pensée moderne.

En réalité, c’est l’entrée de l’écologie dans le champ politique qui est récente.

Mais la philosophie qui en est le fondement est certainement la plus ancienne du monde.

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