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Le blog de Jean-Marie Allain

L'avesnois a t-il besoin de parc éolien ?

5 Janvier 2011 , Rédigé par Jean-Marie Allain Publié dans #ECOLOGIE - DVLPT DURABLE

Le débat impulsé par les associations Houdain Environnement et Nord Maubeuge Environnement a au moins le mérite de sortir du consensus mou sur les énergies renouvelables et de nous forcer à réfléchir sur un sujet moins évident qu’il n’y paraît.

 

J’ai reçu les animateurs de ces deux associations dans le cadre d’une rencontre très cordiale et très intéressante.

J’ai lu sereinement le rapport qu’ils ont rédigé.

Un travail sérieux, documenté, une forte répulsion  à l’éolien industriel mais pas d’hostilité à l’égard de l’éolien domestique.

 

Le point fort de leur démarche consiste à replacer la question de l’éolien industriel dans celle du bouquet énergétique (comme il est logique, lorsqu’on choisit un véhicule, de se poser la question de ses modes de déplacements et de l’offre globale de transport).

 

Mais avant d’aborder les aspects techniques sur lesquels ils construisent leur opposition,

Revenons d’abord aux raisons qui amènent à envisager, ici ou là, des parcs éoliens.

 

LA GENESE DES PROJETS EOLIENS

 

Dans le cadre du Protocole de Kyoto (en 1997), l’Union Européenne s’est engagée à réduire d’ici 2012 ses émissions de GES de 8 % par rapport à 1990.

Le protocole souffrait d’une tare initiale, celle de ne pas concerner le transport aérien sous prétexte qu’il était de nature internationale (alors qu’ un semi-remorque qui traverse l’Europe ne le serait pas ?).

Cet effort  de 8% est réparti entre les Pays de l’Union en fonction de leur contribution au réchauffement.

La France, qui contribue peu au réchauffement en raison de la part dominante du nucléaire, devait veiller d’ici 2012 (date d’expiration du protocole de Kyoto) à stabiliser ses émissions alors que l’Allemagne devait les diminuer de 21 %.

Mais stabiliser les émissions dans un contexte où la consommation d’énergie augmente impose de rechercher des économies.

C’est en ce sens qu’une directive Européenne du 27 septembre 2001 fixe à la France une croissance de 6 % (par rapport à 1997) de sa production d’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelable, lui permettant ainsi de porter de 15 à 21 % la part d’énergie renouvelable dans la production totale.

Il y a un décalage énorme entre cette augmentation de 6 % imposé par l’Europe et l’ampleur  programmée des projets éoliens dans les schémas régionaux.

Pour quelle raison ?

 

Dans l’optique du long terme, les experts insistaient sur la nécessité pour les pays européens de diviser par quatre  leurs émissions de GES d’ici 2050, objectif dit «  facteur 4 » proposé par Nicolas Sarkozy le 15 février 2005.

Dans l’euphorie du Grenelle, Jean-Louis Borloo a entériné par la loi du 3 août 2009 cet objectif ambitieux – étape transitoire - qui suppose, d’ici 2020, d’accroître de  20 % nos économies d’énergie et de 20 % la production d’énergies renouvelable pour réduire au final de 20 % nos GES.

C’est cet objectif ambitieux qui est aujourd’hui décliné dans les schémas régionaux éoliens.

Au regard de la puissance aujourd’hui installée dans la Région Nord Pas de Calais (505 MGW accordées dont 270 déjà effectifs), celle-ci devra se doter de 1000 MGW éoliens supplémentaires d’ici 2020.

Or, le schéma régional éolien, issu du Grenelle rappelons-le, ne retient dans l’Avesnois que la partie Nord Maubeuge (la méthode utilisée a exclu le périmètre du PNR).

Soulignons au passage que cette méthode est surprenante puisque le quercitain compte 5 éoliennes, qu’il existe des projets à Ohain, sur le Solrésis et le pôle aulnésien.

 

Le cadre qui a donc permis de voir émerger le projet d’un Parc éolien sur Maubeuge Nord, c’est d’abord le choix de Nicolas Sarkozy et de Jean-Louis Borloo d’aller au-delà des objectifs fixés par l’Europe.

On peut s’en réjouir comme on peut se demander s’il ne s’agissait pas d’une opération de communication destinée en 2005 à se rallier les suffrages des écologistes.

La loi ayant été votée, il est normal qu’elle s’applique.

 

C’est ensuite le schéma régional qui cible Maubeuge Nord et pas le SCOT qui doit prendre en compte ce schéma Régional.

J’ai donc recommandé à mes interlocuteurs d’interpeller la Préfecture et la Région car il est vrai que ce document de cadrage régional a été élaboré de manière très technocratique.

Le sénateur Paul Raoult ne s’est d’ailleurs pas privé d’en faire part au Préfet.

 

LES ARGUMENTS DES OPPOSANTS (mes réponses sont en italique)

 

- Les limites technologiques de l’éolien dont les gains évités de CO2 présentent un caractère infiniment petit (selon les sources,de 0,09 % à 5 % des émissions en France) au regard de la faible production de CO2 dans la  France nucléarisée (comparativement à l’Espagne, l’Allemagne et le Danemark).

Si ces gains sont faibles, c’est aussi à cause de l’intermittence de la production, tributaire du vent, expliquant que l’énergie éolienne produite ne dépasse jamais 25 % de la puissance théorique installée.

* Rappelons que l’éolien est une énergie d’appoint, destinée à se substituer à la production thermique, grosse émettrice de CO2, qui vient en confort du nucléaire pour répondre aux points de la consommation.

(Pour cette raison, l’image insérée dans le rapport d’une France quadrillée de 100 000 éoliennes est caricaturale).

 

- Certes, mais une éolienne qui tourne à 80 % du temps produira sur l’année l’équivalent de deux mois d’électricité, parce que le vent est tantôt trop faible, tantôt trop fort, ou encore parce que la plage de production (été par exemple) ne coïncide pas avec la plage de production attendue (l'éolien arrive quand on a pas besoin et n'est pas là quand on en a besoin) et pour cette raison quelques centrales thermiques (à gaz ou charbon) doivent rester en charge partielle prêtes à intervenir.

* C’est vrai mais reconnaissons qu’il n’existe pas de « panne de vent » et qu’il vaut mieux les avoir en veille ces centrales qu’en pleine activité.

 

- Les nuisances sonores et visuelles exigent de ne pas implanter une éolienne à moins de 3000 mètres d’une habitation (recommandation de l’OMS) au lieu des 500 m appliqués en France.

* Les recommandations de l’OMS restent introuvables.
Par contre, l’Académie de Médecine préconise, dans un rapport contesté, 1500 mètres. Pourquoi pas ?

- Nuisances auxquelles il convient d’ajouter la dévalorisation potentielle de l’immobilier.

* Cela reste à démontrer, mais admettons, c’est le principe de l’intérêt général (comme pour les antennes relais) sur l’intérêt collectif, à charge pour les personnes s’estimant lésées de demander une révision du coefficient de localisation dans la valeur locative (mais cela ne jouera que sur quelques centimes d’euros).

 

- A cela s’ajoute la perturbation des couloirs migratoires et la mortalité des chiroptères.

Tout aménagement d’infrastructure entraîne des ajustements des trajets migratoires.
Avec cet argument, on aurait pas fait les routes, les lignes haute tension, ni le TGV.

La question des chiroptères est par contre essentielle car la mortalité n’est pas liée au heurt des pales mais au barotraumatisme, choc provoqué par la baisse de la pression de l’air et bien connu des plongeurs.

L’avis du Conservatoire Naturel des Site, du Groupement Ornithologique Nord (GON) et de l’Association mammologique du Nord me paraissent incontournables et, en cas d’avis négatif,devrait impliquer l’abandon des projets.
On ne badine pas avec les chauve-souris.

 

- Ajoutons en amont un process qui mobilise des matières ou matériaux non renouvelables, parfois toxiques et importées de très loin.

* Certes, mais c’est le cas aussi des automobiles dans lesquelles nous roulons ou des ordinateurs que nous utilisons quotidiennement.

Et puis, personne n’a obligé Areva, dont l’Etat est actionnaire, à déserté ce marché pour s’orienter sur l’éolien Offshore.

 

- Ajoutons que rien n’oblige le promoteur à démonter les éoliennes en fin de vie (15/20ans).

* Si, l’article L553-3 du Code de l’Environnement prévoit que

l'exploitant  est responsable de son démantèlement et de la remise en état du site, dès qu'il est mis fin à l'exploitation, et que dès le début de la production, puis au titre des exercices comptables suivants, il constitue les garanties financières nécessaires à ce démantèlement.
Le coût du déméantèlement est donc intégré dans le prix du kilowatt éolien alors que pour le nucléaire, le coût du démantèlement n’est pas imputé dans le prix du kilowatt, ce qui fausse le coût de production.

L’éolien est de loin, avec le photovoltaïque,  l’énergie présentant le moins de coûts externes.

 

- La privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes.

L’obligation pour EDF de racheter l’électricité trois fois plus cher que son prix de revient génère pour les promoteurs privés une rentabilité énorme et sans risque, tout cela payé par le consommateur sur sa facture via la taxe CSPE.

* Le prix du kWh nucléaire vendu au citoyen n’inclut pas davantage les énormes subventions et aides publiques que cette filière peut recevoir.

La rentabilité alléchante dont se gavent les promoteurs privés de l’éolien me gène bien évidemment, c’est la raison pour laquelle je reste un fervent défenseur de la nationalisation du secteur de la production énergétique.

Faute de celle-ci, il convient d’assurer une rentabilité suffisamment correcte pour dynamiser la filière sans tomber dans la spéculation.

La Contribution au Service Public de l’Electricité payée par l’usager ne finance pas que le surcoût accordé au soutien des énergies renouvelables mais également le médiateur de l’énergie, le coût de la péréquation en faveur de zones non reliées, le coût du tarif de première nécessité (ce qui fait de la CSPE un instrument de solidarité) et dans certaines limites le coût du TARTAM, tarif permettant aux professionnels ayant changé de fournisseur de bénéficier de tarifs semi- réglementés.

Selon l’estimation faite par la commission de régulation de l’énergie, l’effort demandé, pour un consommateur moyen est de 3,2 € par an pour l’éolien terrestre et 2,6 € pour l’éolien maritime.

 

- Et comme les opérateurs revendent ensuite à des filiales dont les parts sont détenues par des contribuables aisés qui cherchent un moyen de défiscalisation (même système que pour une SCPI), c’est non seulement une perte de recettes pour l’Etat (1 500 000 € par éolienne) mais une niche fiscale qui accroît les inégalités.

* On pourrait dire aussi que cela permet une participation des citoyens.

90 % des éoliennes danoises appartiennent à des particuliers.

Ma préférence va bien sûr aux projets qui mobilisent l’épargne locale.

Pourquoi ne pas y penser ?

 

- Le miroir aux alouettes pour des élus qui pensaient se faire une cagnotte en récupérant de la TP mais devront se contenter de la taxe sur les réseaux, soit 15 % de la part locale pour la commune et 35 % pour l’intercommunalité.

* Ils percevront également du foncier bâti pour le socle de chaque éolienne ainsi que la cotisation foncière des entreprises (CFE), part foncière de la Contribution Economique Territoriale et calculée à partir des surfaces de socle

Mais il est vrai que l’effet d’aubaine de l’ancienne TP va se dissiper et que c’est plus souvent l’appât de recettes que les convictions écologiques qui motivaient l’acceptation d’es projets.

D’ailleurs, la refonte de la carte intercommunale ne va tarder à clarifier les choses.

 

Globalement, la question essentielle qui est posée selon moi n’est pas locale mais nationale.

Jusqu’où doit-on aller dans l’éolien ?

Rester sur une logique d’énergie d’appoint à la filière nucléaire (pour diminuer les émissions de CO2 en substitution du charbon ou du gaz) comme le sous-tend la directive européenne ou grignoter sur la part du nucléaire comme l’affiche le Grenelle de l’environnement ?

Car nous ne devons pas oublier que le nucléaire, qui coûte cher et qui laisse aux générations futures des déchets radio- actifs dont nous ne savons que faire, fait de nous aussi les prédateurs des minerais d’uranium du Niger et les prisonniers des gisements d’Arabie ou de Sibérie.

Dans le premier cas, les projets sur les zones les plus exposées suffisent (et on peut se passer d’un nouveau parc éolien dans l’avesnois), dans le second cas, il faut utiliser tout le potentiel existant, y compris chez nous.

 

Terminons par le point faible de la démarche de ces deux associations.

Elles n’existaient pas avant que l’on ne parle de ces projets éoliens alors que les enjeux environnementaux ne datent pas d’hier.

Les membres de ces associations vivant dans des secteurs concernés par des projets éoliens, il est difficile de faire la part des choses entre la conviction profonde et la défense d’un intérêt personnel.

 

 

eolienne_couche_soleil-1-.gif

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