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Le blog de Jean-Marie Allain

La théorie du ruisselleMENT

13 Janvier 2019 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Sans dénigrer la coopération intercommunale que nous apprécions au quotidien, notamment avec les services de maintenance voirie ou assainissement, force est de constater qu’à l’image d’une Union européenne trop vite élargie, gavée de compétences et de fonctionnaires, les intercommunalités ont enflé de manière démesurée,  défiant par leur taille, les lois de la proximité.

La grande erreur de la dépense publique a été de confondre trop souvent la quantité avec l’efficacité, de penser par exemple que la coopération intercommunale de grande taille allait permettre de faire des économies. C’est une grave erreur.

Un rapport parlementaire  a récemment démontré que, parce que mal conçue, l’intercommunalité avait augmenté la fiscalité locale, affaibli la responsabilité des élus et diminué la réactivité dans l’action.

Avant, les villes moyennes avaient leur piscine de proximité. Demain, elles seront fermées comme celles d’Hautmont et de Jeumont pour éviter le naufrage de l’Emeraude. Les habitants perdront bel et bien des services de proximité, alimentant une forme « d’agglo-scepticisme » devant des choix  aussi déconcertants.

Aujourd’hui, nous avons le ramassage des ordures ménagères à domicile. Demain, si on laisse faire, l’agglo nous proposera des cloches à verre réparties dans nos communes en remplacement de la collecte actuelle.  Ce serait un recul de la qualité de service, et tout cela pour payer le reste.

Toute la politique communautaire d’investissement se trouve en effet aujourd’hui  confisquée au profit de trois villes (Aulnoye, Jeumont, Maubeuge) qui absorbent chaque année des millions d’euros sous prétexte des « pôles gare » : car il faut quand même  rappeler que c’est l’agglo qui paie tout dans cette histoire : acquisitions, démolitions, reconstructions,  ne laissant aux autres communes que l’espérance de retombées sur tout le territoire de cette frénésie de dépenses : c’est la fameuse théorie du ruissellement.

Cette théorie n’est pas vieille comme le monde mais elle n’est pas  née davantage en mai 2017 avec Emmanuel Macron.

C’est une théorie inventée  dans les années cinquante par le géographe allemand Walter Christaller sous le nom de « théorie des lieux centraux » et  que la métropole lilloise nous a vendu pendant quatre décennies, affirmant que les territoires périphériques comme les nôtres devaient s’armer d’un peu de patience mais finiraient bien par profiter  des retombées des richesses accumulées par la locomotive métropole.

Et quand on fit un beau jour le bilan de cette politique, on s’est aperçu que les écarts de richesse entre Lille et ces territoires n’avaient pas diminué mais au contraire étaient devenus un gouffre. Les wagons avaient carrément décroché de la loco…

Et j’avais, je me souviens, lors d’un colloque, provoqué un certain émoi dans les milieux bien pensants de l’urbanisme lillois  en affirmant que la métropolisation avait surtout été une « métrospoliation ».

Les pauvres territoires mis à l’écart de cette dynamique peuvent toujours se mettre ensemble pour faire la fête. Après tout, on peut toujours faire un festin de miettes.

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