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Le blog de Jean-Marie Allain

La collecte du verre en apport volontaire : çà passe ou çà casse !

27 Mai 2017 , Rédigé par Jean-Marie Allain

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Lors de la Conférence des Maires qui s’est tenue le vendredi 12 mai à Maubeuge, les maires de l’agglomération ont pu avoir l’amorce d’un débat très intéressant sur la question de la collecte du verre.

Le Président a fort opportunément souhaité que cet aspect soit replacé dans la question plus large de la collecte des déchets ménagers.

Je constate en effet que le document remis par M.Bleuze, vice-président en charge des déchets,  est un document trop partiel, « à charge », très orienté sur les supposés bienfaits de l’apport volontaire mais basé sur des approximations discutables et parfois même sur des chiffres erronés.

Aussi ai-je souhaité, dans un esprit de dialogue, faire part au Président et aux collègues maires de ma réflexion sur le sujet.
Le vice-président Bleuze, partant du constat que notre collecte de verre laisse à désirer (nous sommes pourtant dans la moyenne nationale) et que l’extension des consignes de tri pour les recyclables (papier, emballages) va nécessiter d’ici 2022 plus de volume», propose la suppression du compartiment « verre » (pour gagner de la place ») et la mise en place de l’apport volontaire (AV), ce qui, du même coût, facilitera la mise en concurrence des prestataires, aujourd’hui majoritairement incapables de répondre en « triflux », c’est-à-dire en trois collectes simultanées, et par voie de conséquence la baisse du coût.

Examinons les séquences de ce raisonnement.

Séquence 1 : le document annonce une moyenne de récupération de verre pour le territoire de 29 kg / ht / an, contre 40 kg pour le niveau national.

Or, la moyenne nationale est en réalité de 29 kg / ht / an. (source :http://www.sinoe.org/thematiques/consult/ss-theme/6#)

Par ailleurs, la comparaison « local / national » n’a aucune pertinence. Nous sommes dans une agglomération où 23 % environ des ménages vivent en habitat vertical et donc sans possibilité de tri en PAP. C’est que ce les statisticiens appellent un « effet de structure » (c’est comme si on comparait la moyenne de la consommation de lait d’une ville à forte natalité avec celle de la moyenne des français, plus âgée par définition).

Le calcul, pour être objectif, nécessiterait d’extraire ces ménages et de diviser les tonnes de verre collectées par le nombre d’habitants vivant en logement individuel.

En l’état actuel des choses, toute comparaison chiffrée est dénuée de la moindre valeur.

Séquence 2 : le compartiment « verre » de notre poubelle est presque vide alors que nous avons besoin de ce contenant pour accueillir l’accroissement des recyclables qui fera suite à l’extension de consigne de tri (aujourd’hui, ces « faux recyclables » sont des « intrus « puisqu’ils ne disposent pas de débouchés sur le marché (pots de yaourts, emballages plastiques etc…).

Que le compartiment « verre » soit presque vide, c’est vrai. Mais outre que l’on peut envisager de diminuer le volume du compartiment si cela un jour était nécessaire, et que le coût du ramassage du verre, calculé dans le document de manière complètement fantaisiste, est symbolique (puisque réalisé dans le même temps que les autres –ordures et recyclables - et avec le même camion), il est erroné de penser que le volume des recyclables va augmenter (et farfelu d’affirmer que cette augmentation sera de 95 % !) pour deux raisons :

La première, c’est qu’aujourd’hui, faute d’être restés excellents pour le tri (car l’agglo s’est trop vite assoupie sur ses premiers succès pédagogiques), nous retrouvons déjà dans le compartiment recyclable pratiquement 50 % de ces «intrus ».

La seconde raison, c’est que, pour des raisons de culture environnementale (choix d’acheter en vrac par les consommateurs), de marketing environnemental des enseignes, ou tout simplement réglementaires (exemple des sacs plastiques), la tendance nationale est à la diminution légère mais régulière des emballages inutiles qui n’amènera pas une progression brutale de ces futurs recyclables dont beaucoup d’ailleurs, je le répète, se trouvent déjà, par erreur le plus souvent, dans le compartiment qui leur est destiné, qui pourra les accueillir demain sans problème (il est facile de faire l’’expérience chez soi) mais qui n’est pas le leur aujourd’hui.

L’apport volontaire du verre n’amènera donc aucune économie par rapport au PAP puisque ce dernier, pour le verre, ne coûte pratiquement rien actuellement mais pourrait même très probablement faire perdre de l’argent à l’agglomération dans la mesure où le volume récupéré sera, à n’en pas douter, moindre qu’aujourd’hui pour la simple raison que le geste de tri sera plus volontariste et plus sélectif sur le plan socio-culturel ou encore de l’âge, sans parler des inconvénients annexes : risques de retrouver du verre en dépôt sauvage ou dans la poubelle « ordures ménagères » pour lequel il faudra payer l’incinération, esthétique des containers, verre éparpillé alentours, points de dépôts d’autres détritus, bruit….

Dire que le ramassage du verre en porte à porte coûte cher, c’est vrai lorsqu’il nécessite le déplacement d’un camion mais complètement faux dans le cadre du ramassage simultané où le coût est proche de zéro.

N’oublions pas d’autre part le volet environnemental : en apport volontaire, le camion réalise toujours autant de déplacements que pour le PAP pour moins de verre collecté et des déplacements supplémentaires pour aller chercher les containers à verre… sans parler des allers et retours des usagers qui accablent ce scénario en termes de bilan carbone.

D’ailleurs, l’intercommunalité strasbourgeoise reconnait que le volume de verre récupéré n’a augmenté qu’à la marge (+0,69 kg/ht/ entre 2015 et 2016) et l’entité fourmisienne a même vu son volume baisser en AV de 38,78 kg/ht/an en 2010 à 38,44 kg/ht.an en 2013 avant d’abandonner purement et simplement cette formule.

Séquence 3 : la concurrence insuffisante sur les bacs et la collecte

Une seule entreprise, nous dit-on, fabrique les bacs cloisonnés, ce qui tend à augmenter le coût de ces bacs et le fait pour l’agglo d’avoir mis en place des bacs compartimentés oblige le prestataire à réaliser une collecte prenant en compte cette spécificité (le triflux, c’est—dire un camion pour trois collectes) empêcherait la concurrence.

 

Et bien, tant mieux pour la société innovante qui fabrique des bacs cloisonnés mais rien n’interdit aux autres de produire en option ces mêmes bacs cloisonnés. C’est aux prestataires à s’adapter aux cahiers des charges du territoire, pas l’inverse.

 

Quant au prestataire, local, pourquoi ne pas le dire, est-ce de sa faute s’il a été plus innovant que les autres et avant tout le monde en France (une quarantaine de brevets déposés) pour nous offrir une solution intelligente, exemplaire sur le plan environnemental et moins coûteuse pour la collectivité ?

Là encore, c’est aux autres prestataires à s’adapter aux cahiers des charges du territoire, pas l’inverse.

L’abandon du « triflux » dans nos exigences serait un choix du passé car ce choix fait aujourd’hui de l’agglomération un territoire d’innovation et d’excellence en matière de collecte des déchets ménagers.

 

C’est d’ailleurs parce que nous sommes les plus innovants que 86 % de la collecte verre en France se fait par apport volontaire, ce denier étant le signe que la collecte des déchets se fait en bi-flux, souvent d’ailleurs avec deux camions…

Nous appartenons aux 14 % des territoires qui ont trouvé des solutions tellement innovantes (comme la métropole lilloise) et qui peuvent se passer du coûteux système d’apport volontaire.

En conclusion et en termes de développement durable, on peut considérer que l’Apport Volontaire du verre n’est pas avantageux économiquement (acquisition de bennes et de grues, moins de verre collecté et davantage de déplacements), s’avère négative sur le plan environnemental (bilan carbone), et pénalise socialement les personnes âgées ou sans véhicule.

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