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Le blog de Jean-Marie Allain

La république pousse au vice

28 Janvier 2017 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Les élus ont reçu le petit ouvrage du Conseil Permanent de la Conférence de Evêques de France, « dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ».

Une foule de questionnements pour les citoyens, croyant ou pas, en ce début d’année 2017.

On démarre dans le vif du sujet et de l’actualité : la réflexion citoyenne, c’est s’intéresser à la vie en société et à son devenir en portant un regard lucide sur le présent où s’étale la crise de confiance envers les représentants élus de la nation.

L’une des premières questions posées dans cet opuscule est de savoir si c’est l’attitude de quelques – uns qui jettent le discrédit sur l’ensemble (une poignée de profiteurs se transformerait en « tous pourris ») ou si les hommes politiques restant des hommes, ils chercherons toujours à satisfaire leurs propres intérêts matériels et leur obsession du pouvoir au détriment de la recherche du bien commun : l’être humain étant par nature plus attiré par sa satisfaction personnelle que par l’intérêt collectif, tous les élus seraient, dans ce second cas (en tout cas une majorité) de douteux républicains.

Les évêques ne répondent pas à cette question, trouvant dans l’engagement des jeunes en politique un signe d’espérance pour que tout cela soit remis un jour dans le droit chemin.

Pourtant, il n’est pas sûr que les élus qui se font prendre la main dans le sac à détourner des fonds publics ou plus simplement à profiter des privilèges que leur offre notre république monarchienne n’aient pas été dans leur jeunesse des militants sincères, animés d’un idéal et à la recherche du bien commun.

J’ai plutôt le sentiment que c’est le système dans lequel ils gouvernent qui les a fait décoller du réel, un système permissif dans lequel vont sombrer les plus faibles d’entre eux.

Quand un parlementaire fait reposer l’essentiel de son travail sur des « petites mains » pour mieux se consacrer à la représentation politique ou parce qu’il n’a pas le temps en raison des mandats qu’il cumule, il décroche vite du réel.

Quand des élus sont autorisés en toute légalité à recruter sur des fonds publics, à la fois un directeur général des services, une brochette de directeurs adjoints et, de surcroît, un directeur de cabinet sans compter les assistants, ils décrochent vite du réel pour se transformer en républicains féodaux.

La République pousse au vice.

Même les plus petites communes n’échappent pas à ce travers.

Quand je vois que des communes font travailler des entreprises familiales, c’est aussi légal (encore que …) que de payer grassement une assistante parlementaire, mais c’est aussi indigne

Les élus sont là pour servir, non pour se servir.

Quand je constate que des maires font, en toute légalité, baptiser des résidences à leur nom ou se font offrir par des associations des cadeaux à la cérémonie de vœux (tradition que j'ai interdite à Marpent dès 2001),  je me dis qu’on est dans une république bananière.

De Gaulle avait refusé ce genre d’honneur de son vivant me semble-t-il.

Je n’oublierai jamais que, lorsque je suis arrivé en mairie de Marpent, la moitié des conjoints d’élus avait été embauchée par la commune où le népotisme s’était installé avec le temps sans que je remette en doute pour autant la sincérité des engagements initiaux de mes prédécesseurs.

Et je dis souvent regretter que de n’avoir pas fait le dernier mandat avec celui qui devint mon rival et qui avait de l’estime pour moi puisqu’il m’envoya un émissaire en ce sens.

Je pense en effet que je me serai opposé à toute une série de décisions légales mais indignes sauf que lorsqu’ils vinrent me chercher, la ligne rouge avait déjà été franchie.

(illustration : Allégorie du Vice et de la Vertu / Lorenzo Lotto)

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