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Le blog de Jean-Marie Allain

Bonne année, bonne santé !

2 Janvier 2017 , Rédigé par Jean-Marie Allain

Tous mes voeux aux lecteurs de ce blog, fidèles ou occasionnels.

La formule « Bonne année , bonne santé » paraît tellement évidente qu’on oublie que cette formule ne fut pas toujours la plus appropriée.

A une époque pas si éloignée, aussi paradoxale que cela puisse paraître aujourd’hui, il était au contraire souhaitable de ne pas avoir l’air en bonne santé.

Si les représentations de certaines maladies renvoient à l’horreur comme la peste, assimilée en son temps au désordre social, à la corruption morale au point d’être perçue comme un châtiment et de justifier des processions expiatoires, d’autres ont prêté à la maladie des vertus romantiques dignes de susciter l’envie.

C’est le cas de la tuberculose du XVIIIe jusqu’au début du XXe siècle, véritable maladie de la passion qui s’empare des héros de la littérature comme Mme de Mortsauf dans « le Lys dans la vallée » (Balzac) Marceline dans « l’Immoraliste » d’André Gide ou encore Hans Castorp, le personnage central de « la Montagne magique » de Thomas Mann.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce choix par les écrivains de la tuberculose comme la maladie du « mal d’amour ».

D’une part, le traitement de la tuberculose impose la cure, l’exil, le voyage, support déterminant du romantisme.

D’autre part, l’image du corps tuberculeux est celle d’un individu souffreteux, le propre du modèle de la figure aristocratique de l’époque pour laquelle les sentiments ont plus d’importance que la force physique et l’âme plus que le corps au point que les attributs de l’idéal esthétique, encore présents dans les défilés de mode, sont la minceur, la délicatesse, la légèreté, la sensibilité, la mélancolie.

Le héros de Chateaubriand, poursuivant de l'impossible, est malade, et sa maladie est contagieuse.

 

«Vienne, le Romantisme, et les salons et les cénacles seront remplis de pâles élégiaques, de poitrinaires rubiconds, jeunes désabusés qui n'avaient encore usé de rien: Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » (« Mémoires d'Outre-Tombe, Tome I ».

 

Théophile Gautier écrivait de son côté : « Quand j’étais jeune, je n’aurais laissé prétendre au titre de poète lyrique quiconque eut pesé plus de quarante-cinq kilos » et, quelques années plus tard, Camille Saint-Saëns considérait que « Chopin était tuberculeux à une époque où il n’était pas chic d’être en bonne santé ».

Ces considérations font de la tuberculose une maladie au service d’une conception raffinée et romantique du monde, ce qui ne sera plus le cas par la suite lorsqu’elle deviendra la maladie des pauvres, à charge pour le romantisme de trouver dans une autre pathologie, la folie dépressive (elle aussi synonyme de mise à l’écart), de quoi incarner cette sensibilité supérieure qu’il revendique.

 

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